Parler de la pauvreté à Cuba sans mentionner les USA ? C’est comme parler de génocide en Palestine sans mentionner Israël

Par José Manzaneda

Pouvez-vous imaginer que les principaux médias internationaux nous informent sur les morts et le drame humain à Gaza sans parler des bombardements israéliens ? Ou qu’ils blâment les autorités locales palestiniennes pour le manque de nourriture et de médicaments ?

Non, ne soyez pas choqués par ces questions. Parce que c’est ce que font les grands médias par rapport à un autre drame humain : celui qui, aujourd’hui, se déroule à Cuba, victime aussi d’une guerre.

Au cours des sept dernières années, s’ajoutant au blocus économique traditionnel plus de 250 nouvelles sanctions et une politique de menaces contre les gouvernements et les entreprises du monde entier, la Maison-Blanche a réussi à détruire totalement ou partiellement les sources de revenus de Cuba. Les trois secteurs bombardés, avec une hargne particulière, au cours de cette dernière étape, sont : le tourisme, principalement celui en provenance d’Europe, mais aussi celui qui a été tièdement autorisé fût un temps, des USA ; les envois de fonds de l’émigration cubaine ; et les services médicaux internationaux, qui sert à soutenir, depuis des années l’achat de médicaments pour l’île.

Il faut ajouter que la qualification de Cuba comme "pays qui parraine le terrorisme" implique des sanctions contre toute banque internationale qui oserait accorder un financement ou même effectuer un simple transfert vers l’île.

Mais les grands médias occidentaux taisent (ou même nient) qu’une telle agression existe. Alors qu’elle est reconnue, chaque année à l’ONU, par 187 gouvernements du monde qui demandent à l’agresseur, d’y mettre fin.

Les ordures ménagères non ramassées dans les rues de La Havane, la mendicité, les panne d'électricité, les pharmacies vides, les effondrements d’immeubles, la vague migratoire… Sur ces sujets, nous lisons des centaines de reportages, dans lesquels pas une seule fois ne sont mentionnés le blocus, l'"embargo" ou les sanctions étasuniennes, causes structurelles de ces problèmes ! Tout au plus, certains médias les mentionnent comme "un facteur de plus" dans la crise. Comme si les bombes israéliennes étaient "un facteur de plus" dans le génocide palestinien.

Non, non. La crise sociale et économique actuelle de Cuba est causée par un projet parfaitement structuré de guerre économique de la part de la plus grande superpuissance mondiale contre un petit pays pauvre du Sud. Une guerre menée, de manière systématique et précise, par des milliers de fonctionnaires du département d’État, du département du Trésor, plus de cent ambassades et les agences de renseignement des États-Unis.

Cette guerre économique est complétée par une guerre communicationnelle, dans laquelle les médias jouent un rôle essentiel. Comment agit-elle ? Premièrement, un réseau de médias numériques qui se présentent comme "cubains" et "indépendants", mais qui sont financés par la Maison Blanche, génèrent des contenus quotidiennement sur la réalité de Cuba, avec le récit politisé (et justificatif de la politique d’encerclement) de Washington.

Puis, les médias internationaux adaptent ces pseudo informations et les diffusent massivement. On y insère de prétendues "voix cubaines expertes" qui proviennent, dans leur grande majorité, des médias précédents financés par la Maison Blanche. Toute voix militante ou intellectuelle, qui dénonce le blocus des USA, est bâillonnée.

Mais les grands médias non seulement nient ou minimisent le blocus, ils ne font pas seulement que censurer les voix qui le condamnent. Ils participent aussi à la stratégie de l’agresseur visant à provoquer une explosion sociale et une guerre civile à Cuba.

Il y a un mois, l’entreprise publique cubaine ETECSA, à cause du manque de devises, a annoncé une hausse exponentielle des tarifs d’Internet. Cela a généré du mécontentement, des critiques, des manifestations logiques, surtout dans les universités. Le gouvernement a alors ordonné un processus de dialogue entre la société publique et les étudiants, d’où sont sorties quelques mesures palliatives. Mais de quoi les médias ont-ils parlé ? Ont-ils mentionné la guerre contre les sources de devises de Cuba ? Ont-ils souligné le fait inédit qu’une entreprise de télécommunications dialogue et négocie ses tarifs avec des collectifs de jeunes ? Non. Ce qu’ils ont fait est mentir. "Le mécontentement à Cuba éclate dans les universités", a titré El Pais, en parlant de "l’appel à une grève" qui n’a jamais eu lieu. "Grève universitaire historique ", a titré El Mundo avec la même fake news.

Cette semaine, une ministre cubaine a été démise de ses fonctions après avoir fait des déclarations déplorables sur la mendicité dans le pays. Mais ce fait a-t-il servi pour que les médias parlent de la guerre économique qui a fait exploser la pauvreté, comme jamais depuis des décennies, à Cuba ? Au contraire. Il a servi à faire endosser au gouvernement cubain les conséquences humanitaires du bombardement étasunien sur son économie.

L’ancien président colombien Ernesto Samper a défini Cuba comme une "Gaza sans bombes". Ou plutôt, sous des bombes économiques... et médiatiques.

Traduction Rose-Marie Lou

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