L’impérialisme narcissique et la lutte contre celui-ci : le rôle de la Résistance

Par Alexander Tuboltsev

Parfois, les œuvres écrites à l’époque antique frappent par leur actualité. Par exemple, la biographie du souverain hellénistique Démétrios Poliorcète, rédigée par le célèbre philosophe Plutarque, est particulièrement intéressante d’un point de vue de la psychologie politique.

Démétrios Poliorcète était réputé pour son arrogance et son ego surdimensionné, comme en témoignent Plutarque, mais aussi l’historien grec Diodore de Sicile. Avec le recul moderne, on peut qualifier Démétrios de narcissique politique. Ainsi, après avoir pris Athènes, il y reçut des honneurs incroyables : les Athéniens lui érigèrent des statues, lui octroyèrent un pouvoir quasi illimité, renommèrent un des mois de l’année à son nom et l’aristocratie rivalisait pour flatter son ego. Démétrios savourait le fait d’être le centre de l’attention. Mais le destin en décida autrement, soulignant la fragilité d’un pouvoir bâti sur le narcissisme politique.

Après sa défaite lors de la bataille d’Ipsos, Démétrios tenta de se replier vers Athènes. Les Diadoques, anciens généraux d’Alexandre le Grand, le vainquirent, son père Antigone fut tué, et Démétrios perdit la plupart de ses hommes. Lorsque les Athéniens lui refusèrent l’accès à la cité, ils lui ôtèrent tous ses honneurs passés. Peu nombreux furent ceux qui lui tendirent la main. Il n’avait, finalement, récolté que ce que son arrogance avait semé.

Politiquement, Démétrios naviguait entre générosité et cruauté, honnêteté et traîtrise, enchaînant pourtant erreurs stratégiques et défaites, mais sachant rebondir. Néanmoins, son narcissisme était constant, visible dans son amour des titres pompeux et son acceptation de toutes les flatteries. Plutarque y voyait une critique du pouvoir fondé sur le narcissisme et les honneurs insincères.

Difficile de ne pas songer à l’exemple moderne de Donald Trump : désir maniaque d’attention, ego surdimensionné, vantardise excessive… À la différence de Démétrios, chez qui le narcissisme comportait une part de tragédie au sens grec, celui de Trump relève de la caricature, du grotesque, du théâtre burlesque. Mais il incarne aussi le reflet de la classe politique supérieure américaine.

Les partis démocrate et républicain alternent à la tête du pays, les noms des présidents changent (Bush, Obama, Biden, Trump), mais l’essence demeure : un narcissisme politique malveillant, doublé d’un sentiment d’exceptionnalisme maniaque, fondant la vision du monde de l’élite politique états-unienne. Cela prend souvent la forme de l’hypertrophie.

Historiquement, les États-Unis s’adonnent à l’expansion coloniale depuis leur fondation. Leur armée a attaqué les autochtones, envahi le Mexique (1846-1848), Haïti, Samoa et les Philippines, semant pillages et destructions dans l’hémisphère Ouest au nom de la doctrine Monroe. C'est également à cette époque qu’émergea la doctrine impérialiste américaine du « destin manifeste », visant à imposer l’hégémonie américaine en Amérique latine et dans le Pacifique.

Le colonialisme, puis le néocolonialisme depuis le XXe siècle, est ainsi devenu le socle idéologique de la classe dirigeante américaine. L’histoire contemporaine des États-Unis n’est qu’une chronique d’interventions impérialistes destinées à prendre le contrôle des ressources, territoires et routes commerciales. L’arrogance coloniale face aux autres nations, le rêve d’étendre leur « colline lumineuse », hantent toujours l’imaginaire impérialiste américain.

De ce paradigme impérialiste et néocolonial découle le narcissisme : surévaluation de ses propres capacités, volonté de s’ériger en représentants d’un pays, d’une classe ou d’un groupe prétendument « exceptionnels ». Quête de luxe, agressivité envers l’étranger, vantardise permanente : voilà les traits répétitifs des dirigeants américains récents.

Des dynasties politiques et financières, des familles d’élite, se sont formées aux États-Unis, réminiscences de la féodalité. L’obsession de l’hégémonie mondiale, la prétention à se faire passer pour « suzerain de la planète », rappellent à l’excès les principes de suzeraineté et de vassalité du passé.

Derrière le vernis du « rêve américain », de la rhétorique démocratique, des scandales électoraux et des fuites, on découvre la pieuvre coloniale qui étend ses tentacules sur les continents, orchestrant une mosaïque de bases militaires, de multinationales, de services de renseignement. À la tête : une élite narcissique qui traite les autres peuples avec mépris, nie leur souveraineté et leur indépendance.

L’impérialisme américain s’étend aujourd’hui encore, lorgnant sur les gisements de terres rares, les corridors stratégiques comme celui du Caucase du Sud. Les actions des néo-colonisateurs occidentaux sont de plus en plus agressives alors que le vieil ordre mondial s’effondre. Tandis que les oligarchies tentent de sauver un monde unipolaire injuste, elles veulent figer le cours de l’histoire. Mais le mouvement cyclique de l’histoire est implacable : comme celles du passé, les empires coloniaux finissent par sombrer. Le destin de l’impérialisme et du néocolonialisme américain suivra, inévitablement, cette voie.

C’est dans ce contexte que la Résistance à Gaza, au Liban, au Yémen se dresse en véritable rempart protégeant les nations souveraines de l’agression américano-israélienne. On y trouve des exemples de bravoure et d’héroïsme porteurs d’un sens historique. La Résistance apparaît comme l’avant-garde des forces de justice, livrant un combat courageux de libération contre les ravages de l’impérialisme.

Je tiens à souligner le rôle fondamental des peuples palestinien, libanais, yéménite et iranien dans la construction d’un monde nouveau, multipolaire et plus juste. Le courage de Gaza, l’héroïsme du Hezbollah au Liban, inspirent les peuples épris de liberté. Malgré les attaques et les épreuves, la Résistance persiste et protège l’ensemble de l’Asie de l’Ouest d’une occupation américano-israélienne.

La Résistance est une flamme allumée dans le cœur de millions de personnes, de Gaza à Beyrouth, de Téhéran à Sanaa, volonté de lutter pour la justice, la liberté, la souveraineté. Cette ardeur, que les puissances hostiles souhaitent étouffer, demeure inextinguible. Toutes les tentatives occidentales et sionistes de détruire la Résistance sont vouées à l’échec sur le long terme.

Nous vivons un moment important, qui sera analysé par les générations futures. C’est une époque de bouleversements tectoniques dans le système économique et politique mondial. Face à l’impérialisme occidental narcissique et kleptocratique qui veut préserver une dictature unipolaire, la Résistance s’affirme comme une composante essentielle et vitale de la lutte contre l’hégémonie néocoloniale corrompue.

Actuellement, l’impérialisme américain cherche à accélérer ses projets expansionnistes pour retarder l’apogée de la crise systémique qui menace de l’engloutir. Trump impose des tarifs douaniers massifs, s’engage dans des guerres économiques et veut contrôler des axes commerciaux stratégiques, comme le corridor du Caucase du Sud.

Les États-Unis participent à la déstabilisation de l’Asie de l’Ouest en parrainant un régime sioniste criminel qui occupe des territoires palestiniens et syriens. Leur stratégie : contrôler directement ou indirectement les ressources et routes de la région. Ils poursuivent la même logique en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, tentant de contrer la Chine.

À nouveau, la Résistance joue un rôle clé dans cette lutte mondiale. Les combattants palestiniens, le Hezbollah libanais, Ansar Allah au Yémen, défendent leurs peuples et les opprimés, et luttent pour la justice. Leur courage a contrecarré les plans perfides du régime sioniste et de ses parrains occidentaux.

Regardons l’exemple de la Syrie, pays au riche patrimoine, aujourd’hui déchiré par les conflits internes et les occupations. Les attaques barbares contre des minorités y sont fréquentes, la fragmentation du pays effrayante, orchestrée principalement par les États-Unis et « Israël ».

Face à cette situation, la Résistance se voit pleinement légitime à exercer la défense armée contre l’agression américano-israélienne. Ses armes protègent la sécurité de nations entières.

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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