Les anti-impérialistes veulent transformer le monde ; les libéraux veulent seulement se rassurer
Par Caitlin Johnstone
Ce qui distingue, au fond, la gauche anti-impérialiste des
« humanitaires » libéraux du courant dominant, c’est la finalité de leur
engagement : agit-on pour l’humanité, ou pour son propre confort moral ?
Chez les libéraux, l’aspiration à la paix et à la justice
reste souvent théorique. Elle relève davantage d’un idéal abstrait que d’une
volonté d’affronter les structures de pouvoir concrètes qui produisent la
guerre, l’injustice et la misère.
Le libéral se dit opposé à la mort et à la famine des
enfants — dans l’abstrait. Cette opposition nourrit une image flatteuse de
lui-même, celle d’une personne vertueuse. Mais il n’ira pas jusqu’à dénoncer
frontalement l’empire responsable, à répétition, de ces crimes : un empire qui
mène des guerres d’agression, impose des blocus, orchestre des génocides.
Il dit vouloir un monde sans pauvreté, non par conviction,
mais parce que l’idée contraire lui serait moralement inconfortable. Pourtant,
il se garde bien de remettre en cause le système capitaliste dont la logique
exige la reproduction permanente de la pauvreté et de la rareté.
Il souhaite que chacun vive libre et heureux, à l’abri de la
peur et de la tyrannie, sans pour autant questionner le rôle central que joue
son propre pays dans l’exploitation, la domination et la violence exercées
contre le Sud global. Ce serait trop déstabilisant.
En réalité, son engagement ne vise pas à réparer le monde ni
à améliorer le sort de l’humanité : il sert avant tout à se préserver une bonne
conscience.
L’anti-impérialiste, lui, cherche véritablement à rétablir
la santé et l’harmonie au sein de notre espèce. Il ne fuit ni les vérités
dérangeantes sur les dérives de son gouvernement, ni sur la nature prédatrice
de la civilisation occidentale, ni sur l’origine injuste de ses privilèges
matériels. Son objectif n’est pas de se sentir vertueux : c’est de changer le
réel.
L’anti-impérialiste occidental n’éprouve aucune difficulté à
reconnaître que sa propre société figure parmi les principaux artisans du mal
sur la scène mondiale. Il s’efforce d’en identifier les causes structurelles,
là où le libéral préfère attribuer l’horreur à des régimes étrangers. Se penser
« le bon camp » est plus confortable que d’affronter sa part de responsabilité.
Là où l’anti-impérialiste voit dans les grands partis
politiques des instruments similaires du capitalisme militarisé et de
l’exploitation impériale, le libéral se refuse à cette lucidité. Il distingue
soigneusement le « mauvais camp » du sien, convaincu que voter pour un
gestionnaire plus courtois de l’empire revient à « faire le bien ».
Le premier accepte d’accumuler les défaites et les
désillusions, conscient que la transformation radicale d’un système exige de
nager à contre-courant de toutes ses institutions. Le second savoure les
victoires électorales épisodiques de son camp et tourne en dérision ceux qui
persistent à vouloir renverser l’ordre établi.
L’anti-impérialiste ose regarder en face les massacres en
Palestine, au Liban ou en Iran, et ressent toute la douleur et la colère d’un
monde broyé avec la complicité de son propre pays. Le libéral, lui, détourne le
regard : sa vision du monde repose sur une compartimentation psychologique qui
protège ses émotions bien plus que la vérité.
En somme, la différence essentielle tient entre être
réellement une personne juste et vouloir simplement se vivre comme telle.
Le premier choix demande du courage.
Le second, seulement de la complaisance.
Et vous, de quel côté êtes-vous ?
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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