La tragédie de l’Europe
Par Juan Miguel Díaz Ferrer Dans les années 1990, j’échangeais par lettres avec un député européen espagnol, Fernández, alors responsable des études au sein de l’Union européenne. À travers nos discussions sur l’Europe et l’Amérique latine, sur les luttes et les perspectives historiques, une idée m’avait profondément marqué. Cet homme, pourtant intégré au cœur de l’appareil européen, affirmait que l’Europe, malgré sa richesse, avait perdu toute direction, tandis que l’Amérique latine, portée par ses dynamiques populaires et révolutionnaires, avançait avec un cap. Ce constat, qui me semblait alors exagéré, apparaît aujourd’hui d’une lucidité presque prophétique. Car ce qui se déroule sous nos yeux, c’est la lente mais inexorable décomposition d’un continent qui a renoncé à toute souveraineté réelle. L’Europe n’est plus un acteur autonome : elle est devenue un appendice stratégique de l’impérialisme états-unien. Ses élites, loin de défendre les intérêts de leurs peuples, agissent c...