Articles

Avant de changer de voiture, réfléchissez à ce que vous allez céder

Par Ulisse — texte présenté par la rédaction de CDC Votre vieille voiture a peut-être une qualité que les nouvelles perdent Imaginez : vous possédez une voiture de dix, quinze, voire vingt ans. Elle n’est pas particulièrement belle. Aucun écran géant ne trône au milieu du tableau de bord. Vous ne pouvez pas la commander depuis une application. Elle ne vous envoie pas de notifications. Et, surtout, elle ne sait pas où vous êtes — du moins pas comme les voitures modernes peuvent le savoir. Alors, pourquoi la garder ? La réponse semble évidente : parce que vous n’avez pas le choix. La remplacer coûte trop cher. Et puis, une voiture neuve serait forcément plus sûre, plus efficace, plus sophistiquée. Si vous en avez les moyens, en acheter une devrait donc constituer un progrès. Mais si c’était précisément l’inverse ? Si conserver votre vieille voiture n’était pas seulement une solution moins coûteuse, mais aussi un choix plus rationnel ? Si elle possédait une qualité que les m...

La réalité actuelle révèle une société mondiale en repli et en fuite, hypnotisée par un système violent et inhumain

   Par Peter Noordendorp Je pense que tout le monde connaît le conte allemand du Joueur de flûte de Hamelin. Ce joueur de flûte, avec son instrument magique, qui entraîne tous les enfants à sa suite — comme hypnotisés — pour disparaître dans une montagne. Dans sa version la plus ancienne, c’est une sorte de magicien ou le diable en personne. Ce magicien a refait surface vers la fin des années 1970 et atteint aujourd’hui le sommet de sa puissance. Bien entendu, je ne fais plus référence à un personnage de conte de fées, mais à un Système qui a peaufiné ses méthodes pour convaincre les masses qu’elles sont libres, alors qu’en réalité, elles sont enchaînées par une nouvelle forme d’hypnose mentale. Le Système sait qu’il a besoin de masses dociles et obéissantes pour mener à bien ses projets violents et déshumanisants. Il a donc inventé de nouvelles méthodes — des procédés très sophistiqués que le public ne perçoit pas comme une forme de violence. Il propose en permanence de...

La gauche défend les biens essentiels, mais elle a perdu la bataille du désir

Par Alexandro Sabetti La gauche continue de s’adresser à un peuple imaginaire, tout en sous-estimant la puissance des désirs fabriqués par les médias et la consommation. Les biens publics sont indispensables, mais leur bon fonctionnement les rend presque invisibles. Sans un nouvel imaginaire, la gauche abandonne à la droite le monopole de la représentation. Les meilleurs biens, la pire vitrine Le Brésil est le dernier faux pas d’une gauche qui, depuis trente ans, semble s’être spécialisée dans l’art d’expliquer ses défaites sans jamais en comprendre pleinement les raisons. À chaque revers viennent les analyses, les autocritiques, les procès et les autodafés. Mais un angle mort demeure, que toutes ces explications ne parviennent pas réellement à éclairer : la gauche continue de parler d’un peuple qui, entre-temps, a changé. Elle n’a toujours pas compris qui sont les nouvelles classes populaires, ce qu’elles regardent, ce qu’elles désirent, ni pourquoi elles se sentent davantage ...

Au singe qui accapare les bananes, les humains donnent le nom de milliardaire

Par André Abeledo Fernández Le bon capitalisme n’existe pas. Depuis des décennies, on nous répète qu’il existerait un capitalisme « vertueux », un système qui « crée de la richesse » et la redistribue progressivement, goutte après goutte. Pourtant, les faits démentent sans cesse cette fable : les richesses se concentrent, les inégalités explosent, et ceux qui prétendent les créer ne font en réalité que les accaparer, tels des pies volant tout ce qui brille. Ils ne créent rien. Ils ne redistribuent rien. La richesse est produite par celles et ceux qui travaillent ; elle est accumulée par celles et ceux qui commandent. Keynes s’est trompé sur l’essentiel Keynes, qu’on ne peut guère soupçonner d’avoir été bolchevique, prévoyait que le développement économique nous permettrait, vers 2030, de travailler beaucoup moins et de consacrer davantage de temps à la culture, aux loisirs et à la vie elle-même. Selon lui, le problème ne serait plus de produire assez, mais de répartir la rich...

L'Europe prépare de nouveau sa jeunesse à la guerre

L'Europe militarise ses budgets pendant que l'industrie de l'armement empile les contrats Le retour du service militaire n'est ni un phénomène isolé ni une simple réaction conjoncturelle à la guerre en Ukraine. L'Allemagne, la France, l'Autriche et d'autres États européens réorganisent en même temps leurs budgets, leurs industries, leurs armées et leurs discours publics. Leur but est de soutenir pendant des années un niveau de dépenses militaires inconnu depuis la guerre froide. Une partie des sources de gauche européennes consultées y voit la construction d'une nouvelle économie politique du réarmement. Les gouvernements, eux, justifient tout cela par la « menace russe » et l'« incertitude ». Par Martín Álvarez Pendant trois décennies, une bonne part de l'Europe occidentale s'est contentée d'armées professionnelles relativement petites. Ce modèle change à toute vitesse. Il ne s'agit pas seulement d'acheter plus de chars ou ...

Le fascisme de la fin des temps : faire du profit jusqu’à l’apocalypse

Par Naomi Klein et Astra Taylor Le monde assiste à l’émergence d’un nouveau fascisme. Sa différence essentielle avec le cauchemar du XXᵉ siècle est terrible : les monstres d’hier séduisaient les masses en leur promettant un avenir purifié, prospère et stable. Ceux d’aujourd’hui accélèrent vers la catastrophe, sans frein, avec un seul mot d’ordre : que se sauve celui qui en a les moyens. L’alliance qui se consolide entre ethno-nationalistes, techno-oligarques et fanatiques religieux a tourné le dos à toute idée d’avenir commun. Elle ne propose pas de réparer le monde, mais de sélectionner ceux qui pourront s’abriter lorsque tout s’effondrera. Cet été, alors que la sécheresse et une chaleur implacable faisaient baisser le niveau du Danube, le fleuve a commencé à livrer ses secrets. Comme des monstres sortis de la boue du temps, des vestiges engloutis de la Seconde Guerre mondiale sont réapparus. En Serbie, la décrue a révélé au moins vingt navires nazis, dont certains contenaient...

La guerre rendue inévitable

Par Vincenzo Costa L’Union européenne et les États-Unis convoitent les ressources et le territoire russes. Les raisons sont à la fois économiques — réserves énergétiques, productions alimentaires, contrôle de l’Arctique et des routes commerciales — et géopolitiques. L’enjeu est aussi d’encercler la Chine et de freiner son développement. Car l’essor chinois offre aux pays du Sud global des marges de manœuvre nouvelles : la possibilité de reprendre le contrôle de leurs propres ressources, de desserrer l’étau de la dépendance occidentale et de rompre, partiellement au moins, avec les formes contemporaines du colonialisme. On le voit en Afrique, où la France perd progressivement ses positions d’exploitation historique ; en Amérique latine ; en Asie ; partout où les peuples et les États cherchent à sortir de la tutelle économique, financière et militaire de l’Occident. Pendant des années, les puissances occidentales ont bénéficié d’un accès aux ressources russes sans en avoir la plein...

Notes griffonnées à la hâte sur le temps perdu

Par Augusto Zamora R. Peut-on, en ces temps incertains, passer des jours — voire des semaines — sans lire ni écouter les nouvelles internationales et constater que rien de fondamental n’a changé ? La guerre en Ukraine continue exactement comme avant, sans rien de mémorable à raconter. Même chose pour la guerre d’agression contre l’Iran, à ceci près qu’elle ne dure encore que depuis quelques mois. L’Asie-Pacifique offre un autre décor figé, celui-là depuis des décennies. Quant à l’Europe atlantiste, elle reste enfermée dans le cercle vicieux de la russophobie, des délires guerriers et des entreprises qui coulent, pendant que ses politiciens parlent comme s’ils vivaient encore au XIXᵉ siècle. Pour la plupart, c’est le cas, inutile de faire semblant. Comme pour presque tout, il y a une explication. Mais elle apparaît rarement dans les analyses — ou plutôt dans les parodies d’analyse qui font fureur aujourd’hui —, où pullulent les généraux de pacotille du micro et les amiraux de salive...

La chose la plus atroce n’est pas la chaleur : c’est la résignation

Par Francesco Erspamer La chose la plus atroce n’est pas la chaleur. C’est la résignation des gens. Même lorsqu’ils souffrent, lorsqu’ils sont déprimés ou épuisés, même lorsqu’ils voient leurs conditions de vie se dégrader, beaucoup ne parviennent plus à penser, à s’organiser, à lutter. Ils étouffent dans des villes livrées au tourisme de masse, dans des territoires bouleversés par les migrations forcées et l’abandon des services publics ; ils voient les campagnes défigurées par l’agriculture intensive, les entrepôts logistiques et les ruines postindustrielles. Pourtant, au lieu de chercher les causes de ce désastre ou de se réunir pour y répondre, ils se réfugient dans l’évasion. Penser devient angoissant. Alors on allume la télévision, on consulte son téléphone une fois de plus — après l’avoir déjà fait il y a dix secondes —, on fait défiler les images jusqu’à oublier, pour un instant, le sentiment d’impuissance. On se persuade que, malgré tout, nous vivons dans le meilleur des mond...

L’anticommunisme est un discours destiné aux idiots

Par Elvin Calcaño Les gens sont aujourd’hui aussi abrutis que précarisés. Les droites hypernéolibérales construisent leur discours sur l’anticommunisme et agissent en conséquence : elles nous font combattre des fantômes qui n’existent pas. Pendant ce temps, ce qui existe réellement nous pourrit la vie, nous précarise et, au passage, détruit la planète. Le capitalisme qui précarise les existences C’est le capitalisme, dans sa forme techno-financière actuelle, qui précarise la vie des gens. Il transforme la promesse de la propriété privée — avoir une maison, une voiture et des économies — en une illusion que les majorités ne peuvent apercevoir que dans les films ou les vidéos sur les réseaux sociaux. Il engendre ainsi des sociétés composées de majorités de perdants et de minorités — toujours plus réduites et arrogantes — de gagnants. L’économie des services, constitutive de ce que Varoufakis définit comme le « technoféodalisme », produit avant tout des emplois précaires : des emp...