La chose la plus atroce n’est pas la chaleur : c’est la résignation
Par Francesco Erspamer La chose la plus atroce n’est pas la chaleur. C’est la résignation des gens. Même lorsqu’ils souffrent, lorsqu’ils sont déprimés ou épuisés, même lorsqu’ils voient leurs conditions de vie se dégrader, beaucoup ne parviennent plus à penser, à s’organiser, à lutter. Ils étouffent dans des villes livrées au tourisme de masse, dans des territoires bouleversés par les migrations forcées et l’abandon des services publics ; ils voient les campagnes défigurées par l’agriculture intensive, les entrepôts logistiques et les ruines postindustrielles. Pourtant, au lieu de chercher les causes de ce désastre ou de se réunir pour y répondre, ils se réfugient dans l’évasion. Penser devient angoissant. Alors on allume la télévision, on consulte son téléphone une fois de plus — après l’avoir déjà fait il y a dix secondes —, on fait défiler les images jusqu’à oublier, pour un instant, le sentiment d’impuissance. On se persuade que, malgré tout, nous vivons dans le meilleur des mond...