Comment la destruction de l’environnement est intégrée au cœur du capitalisme
Par Saskia Karges Il y a un siècle, Henry Ford cherchait à réduire le prix de la Model T tout en augmentant les salaires de ses ouvriers. Il déclarait alors : « Mon ambition est d’employer encore plus d’hommes, de diffuser les bénéfices de ce système industriel au plus grand nombre, de les aider à construire leur vie et leur foyer. Pour cela, nous réinvestissons la plus grande part de nos profits dans l’entreprise. » Mais les frères Dodge, actionnaires minoritaires, intentèrent un procès. Leur exigence : arrêter la baisse des prix et distribuer les profits sous forme de dividendes. La justice leur donna raison, consacrant un principe fondamental du capitalisme moderne : une entreprise existe avant tout pour enrichir ses actionnaires. Cette logique n’a jamais disparu. Elle s’est au contraire inscrite dans le fonctionnement quotidien des marchés. Aujourd’hui, nul besoin de tribunal : toute décision qui ne maximise pas rapidement la valeur actionnariale est sanctionnée automatique...