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Fascisme : une pensée ancrée dans l’histoire

Par Enzo Traverso Nous ne pouvons plus parler du fascisme comme d’un simple passé En 2026, personne ne peut, sérieusement, considérer le fascisme comme un simple objet d’histoire, un dossier rangé dans les archives. On ne peut pas demander « qu’est ‑ ce que le fascisme ? » sans regarder, en même temps, la réalité qui nous entoure. Cette question ne renvoie pas exclusivement au passé : elle concerne aussi – et surtout – notre présent, un présent marqué par la montée en flèche de l’extrême droite. La nouvelle vague de gouvernements autoritaires à l’échelle mondiale a relancé ce débat, mais le mot « fascisme », qui surgit spontanément quand nous pensons à Donald Trump, Javier Milei, Giorgia Meloni, Viktor Orbán ou Marine Le Pen, devient manifestement insuffisant pour les décrire. Si, comme l’expliquent de nombreux historiens, le fascisme du XXIᵉ siècle diffère profondément de ses prédécesseurs, c’est sans doute que nous avons besoin de nouveaux concepts pour le qualifier. Un interrè...

La tragédie de l’Europe

Par Juan Miguel Díaz Ferrer Dans les années 1990, j’échangeais par lettres avec un député européen espagnol, Fernández, alors responsable des études au sein de l’Union européenne. À travers nos discussions sur l’Europe et l’Amérique latine, sur les luttes et les perspectives historiques, une idée m’avait profondément marqué. Cet homme, pourtant intégré au cœur de l’appareil européen, affirmait que l’Europe, malgré sa richesse, avait perdu toute direction, tandis que l’Amérique latine, portée par ses dynamiques populaires et révolutionnaires, avançait avec un cap. Ce constat, qui me semblait alors exagéré, apparaît aujourd’hui d’une lucidité presque prophétique. Car ce qui se déroule sous nos yeux, c’est la lente mais inexorable décomposition d’un continent qui a renoncé à toute souveraineté réelle. L’Europe n’est plus un acteur autonome : elle est devenue un appendice stratégique de l’impérialisme états-unien. Ses élites, loin de défendre les intérêts de leurs peuples, agissent c...

Le tournant néolibéral fut et reste une victoire du pouvoir, non d’une théorie économique

 Comment la classe dominante a troqué le marché pour la surveillance El Tábano Economista Par Alejandro Marcó del Pont Pendant près d’un demi ‑ siècle, on nous a répété que le « marché » était l’horizon indépassable de l’humanité, la seule boussole possible pour organiser l’économie et la société. Aujourd’hui, ce discours s’effondre sous le poids des dettes, des guerres commerciales et des crises multiples, et les élites économiques se tournent vers autre chose : un système de contrôle total, algorithmique, militarisé, que Yanis Varoufakis appelle le « techno ‑ féodalisme ». L’ennemi n’est plus seulement l’État social, ni même le vieux mouvement ouvrier, mais toute possibilité de démocratie réelle dans un monde dominé par la technologie, les données et la surveillance de masse. Quand les capitalistes se sont sentis acculés La dernière fois que quelqu’un au pouvoir a prononcé le mot « marché » avec une véritable conviction, le monde était un autre. Nous étions dans les...

On vend des bénédictions et la grâce de Dieu

Par Juan Torres López Il y a quelques semaines, un scandale a éclaté dans certains cercles de Washington. Paula White, télévangéliste et désormais employée à la Maison-Blanche, exactement en tant que principale conseillère du Bureau de la Foi, vendait des bénédictions divines à des prix pouvant dépasser les 1 000 dollars. Ce qui m’étonne, c’est que cela ait pu attirer l’attention. Le chef de Paula White est en train de vendre tout ce qu’il a à portée de main. On a démontré, et Trump lui-même l’a reconnu, que certains de ses amis et membres de sa famille ont gagné des milliards de dollars en utilisant des informations privilégiées. Il a promis de construire des complexes de luxe sur la terre volée au peuple palestinien, là où Israël, avec son aide, a commis un génocide. Si, dans le capitalisme, tout peut se transformer en marchandise — le logement, la santé, jusqu’aux parties du corps humain, voire les bébés —, ce qui devrait nous surprendre, ce n’est certainement pas que quelqu’u...

Le cirque du pouvoir

Par Mg. José A. Amesty Rivera Introduction L’image de Donald Trump affublé de traits christiques n’est pas un simple dérapage visuel ni un banal produit de la culture des mèmes. Sa publication sur Truth Social, puis sa suppression face au tollé, ne constituent que la surface du problème. Ce qui est en jeu ici est bien plus profond : une mutation inquiétante de la politique contemporaine, où la manipulation symbolique remplace le débat, et où le spectacle supplante le réel. Le faux débat : détourner l’essentiel Non, il n’existe aucune preuve sérieuse que Trump se prenne littéralement pour un messie. Insister sur cette idée relève du piège : celui de réduire une stratégie politique à une caricature psychologique. Le problème n’est pas de savoir s’il « croit » être une figure divine, mais de comprendre pourquoi ce type d’image est produit, toléré et diffusé. Ce déplacement du débat n’est pas innocent. Il permet d’éviter la seule question qui compte : comment le pouvoir se constr...

Comment sont nées les fake news modernes

Du sensationnalisme imprimé à la manipulation de masse : l’histoire de l’homme qui a compris avant tout le monde le pouvoir de l’information. William Randolph Hearst ne fut pas seulement l’un des hommes les plus riches et les plus puissants de son temps. Il fut aussi le grand architecte d’une nouvelle forme de domination : utiliser la presse comme machine de propagande, de business et de pression politique. De la guerre de Cuba à ses campagnes anticommunistes et ses sympathies autoritaires, Hearst transforma le journalisme en spectacle et la peur en marchandise. Son héritage est toujours vivant, même s’il se présente aujourd’hui sous un costume numérique. Par Manuel Medina Quand les journaux allumaient des guerres Il y eut un temps où les journaux ne se contentaient pas d’informer. Ils déclaraient aussi des guerres, désignaient des « méchants » internationaux, fabriquaient des patriotes instantanés et distribuaient la peur en confortables livraisons matinales. L’encre servait à...

Dans le monde actuel, y a‑t‑il encore une place pour le socialisme ?

  Par Marcelo Colussi « Les peuples conquièrent des droits lorsqu’ils vont au ‑ del à, non lorsqu ’ils s ’adaptent à ce qui est “possible ”. » Sergio Zeta De Marx au mouvement révolutionnaire du XXᵉ siècle Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, Marx et Engels – entourés d’une pléiade de combattants sociaux – voyaient dans le socialisme l’étape vers une société future fondée sur l’égalité et le dépassement des injustices. Marx résumait ainsi l’enjeu en 1850 : il ne s’agit pas d’aménager la propriété privée, mais de l’abolir ; pas d’adoucir les antagonismes de classe, mais de supprimer les classes ; pas d’améliorer la société existante, mais d’en instaurer une nouvelle. Il avait en tête la société communiste mondiale, cette « patrie de l’humanité » dont parle la Marche internationale communiste. Au tournant du XXᵉ siècle, et plus encore dans ses premières décennies, une masse immense de militants, d’activistes révolutionnaires, de lutteurs et lutteuses populaires, de syndic...