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C’est le système, imbécile !

Par Abraham Verduga Nous vivons sous un capitalisme qui a fait de la vitesse une religion, de la productivité une obsession et du profit la mesure de toute chose. Faire de la douleur une question politique Politiser. Politiser la douleur. Transformer la tragédie en question politique. C’est là que commence toute possibilité de changement. La semaine dernière, l’Espagne a subi son deuxième grand accident ferroviaire de 2026. D’Adamuz à Urda, plus de 110 personnes ont perdu la vie dans deux catastrophes ferroviaires, en neuf mois à peine. Une hécatombe. Une anomalie qui devrait ébranler les fondements mêmes du débat public. Puis Javier Barrio est apparu devant les caméras. Un homme brisé par la mort de sa femme, Carmen, dans l’accident d’Urda. Elle effectuait son dernier déplacement professionnel avant de prendre sa retraite. Au milieu des larmes et d’une douleur insoutenable, cet homme a trouvé la lucidité de désigner la responsabilité politique de fond : « Nous vivons la pi...

Quand la rue gronde, le pouvoir crie « Moscou ! »

Le chœur des chefs de clan et de leurs relais médiatiques repart à la charge, des missiles plein les bras. Par Insurgente Accuser des « agents de l’étranger » d’être derrière les protestations, les grèves et les manifestations — sans même parler des boycotts et des sabotages — est une vieille pratique des dictatures. Franco et ses sbires étaient passés maîtres en la matière. Aujourd’hui, alors que plusieurs formes de lutte convergent dans différents pays d’Europe, la recette reprend du service. Avec deux coupables tout désignés : Poutine et le Kremlin. Entretenir la peur de la Russie, comme on le fait depuis le lendemain de la révolution soviétique, guerre froide comprise : la ficelle est si grossière, le scénario si digne d’un mauvais feuilleton, qu’on peine à croire qu’il trouve encore des gens pour y adhérer. Ce mensonge permet, entre autres, de maintenir l’appareil répressif bien huilé, prêt à intervenir si l’ordre des puissants venait à être contesté. Et, accessoirement, de...

Un empire en déclin

Par M arcelo Colussi Les empires naissent dans la cohésion et meurent dans le luxe et la fragmentation Ibn Khaldoun Tous les empires finissent par tomber Tous les empires, absolument tous, finissent par tomber. C’est un cycle immuable, qui s’accomplit inexorablement : ils émergent en accumulant une puissance fondée sur la conquête, atteignent leur apogée, connaissent leur heure de gloire, puis s’effondrent. Leur chute résulte d’une combinaison de facteurs ; elle est rarement provoquée par une défaite militaire retentissante. Ce fut pourtant le cas du jadis glorieux Empire perse, vaincu par Alexandre le Grand, souverain du royaume de Macédoine, dans la Grèce antique, et par son armée. D’autres empires, défaits militairement comme le fut Rome face aux peuples barbares, voient en réalité leur chute précipitée par la guerre alors que leurs contradictions internes les ont déjà condamnés. En général, ils s’éteignent sous l’effet d’un ensemble complexe de forces intérieures : une expa...

Douce France

Par Eric Calcagno La France se soulève contre l’austérité. En lui répondant par la répression, Macron renforce l’extrême droite. Du manifestant « usager » au manifestant ennemi Les pratiques policières ont profondément changé. C’est peut-être l’air du temps, chargé de gaz lacrymogènes, ou celui de ces nouveaux aérosols étranges dont on ignore la composition chimique. Il y a trente ans, la formation des compagnies républicaines de sécurité, les CRS, reposait encore sur une conception presque « orientée client ». « Vous voyez arriver un client de cette manière ? Alors, vous devez le saisir comme ceci », expliquait un brigadier à ses hommes. Non que la police ait renoncé à réprimer, ni qu’elle le fasse avec douceur et prévenance. Mais le manifestant restait un « client » : involontaire, sans doute, mais néanmoins usager du service public. À ce titre, il n’était pas considéré comme un ennemi. Pour qu’un policier dégaine son arme, plusieurs conditions devaient être réunies, notamm...

« Qu’ils mangent de la brioche ! » : l’Europe face à l’explosion sociale

Par Carmen Parejo Rendón Délocaliser, privatiser, déposséder Il y a d’abord eu les délocalisations, avec un seul objectif : garantir les taux de profit des grands monopoles. Puis sont venues les privatisations. À partir de la crise économique de 2008, la même offensive s’est poursuivie : plans d’austérité, étranglement des dépenses sociales, nouvelles privatisations et démantèlement des droits. En somme, l’Europe appliquait à ses propres populations les politiques que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale avaient imposées aux pays dits « en développement » — précisément pour entraver leur développement. Comme si cela ne suffisait pas, les guerres destinées à garantir le pillage international ne se sont pas seulement poursuivies : elles se sont multipliées. Tout comme la guerre menée par d’autres moyens, à coups de sanctions et d’affrontements douaniers. Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, instrumentalisation de la justice à des fins politiques en Amérique la...

Ils s’inquiètent des biens abîmés, pas des vies brisées

Par André Abeledo Fernández Ils défendent la propriété privée, mais se moquent de celles et ceux que l’on prive de toute propriété. Ce sont les mêmes qui se préoccupent des enfants jusqu’à leur naissance : ils s’opposent à l’avortement, mais protègent des individus soupçonnés de pédocriminalité. Les mêmes qui s’arrogent le droit de décider du corps des femmes pour les contraindre à enfanter, mais détournent les yeux pendant qu’en Palestine, on assassine des milliers et des milliers d’enfants. Hypocrites. Ceux qui mesurent tout à l’argent Cette extrême droite, ces libéraux, ces gens sans empathie ne connaissent qu’une mesure : l’argent. Ils ne pensent ni à la vie ni aux êtres humains. Pour eux, tout se réduit à l’économie. Leur mépris de classe est profond : ils se croient au-dessus de nous parce qu’à leurs yeux, nous qui sommes en bas valons moins qu’eux. Ou ne valons rien. Et ce sont ces mêmes gens qui prétendent nous représenter. Ils nous représentent comme le berger qui mè...

J’ai vécu sous le socialisme et sous le capitalisme : derrière la vitrine occidentale

Témoignage d’un citoyen d’un ancien pays socialiste Après avoir passé ses vingt-cinq premières années dans l’Europe socialiste, puis plusieurs décennies dans des pays capitalistes, un ingénieur confronte les deux expériences. Il revient sur les conquêtes sociales de sa jeunesse, reconnaît les limites du système dans lequel il a grandi et dénonce les inégalités d’un Occident dont il avait d’abord admiré les promesses. Par Marcelo Colussi Une éducation publique qui m’a donné les moyens de réfléchir Je m’appelle V. J’ai 63 ans. J’ai été marié, je suis aujourd’hui veuf et j’ai trois enfants. Jusqu’à l’âge de 25 ans, j’ai vécu dans un pays socialiste d’Europe de l’Est dont il n’est pas nécessaire, ici, de préciser le nom. J’écris dans ma langue maternelle, celle dans laquelle je m’exprime le mieux, même si je parle plusieurs langues : l’anglais, le russe, le français et l’espagnol. J’ai également quelques rudiments de grec ancien et de latin. Tout cela, je le dois à l’enseignement...

Le rapt néolibéral de l’Europe

Par Jorge Elbaum Dans la mythologie grecque, Zeus, métamorphosé en taureau blanc, enlève la princesse phénicienne Europe et l’emporte en Crète. De leur union naissent trois fils, dont Minos, qui fera construire le labyrinthe où sera enfermé le Minotaure. Depuis plus d’un demi-siècle, l’Europe subit un nouveau rapt. Enfermée dans le labyrinthe néolibéral, elle est sommée de renoncer à l’État social au nom de la « responsabilité budgétaire » et de se soumettre à l’ajustement perpétuel. En France, le gouvernement d’ EmmanuelMacron veut amputer le budget de 2027 de 54 milliards d’euros, un projet qui a provoqué la mobilisation de huit organisations syndicales. En Espagne, les fonds vautours achètent des milliers de logements, chassent les habitants de longue date et transfèrent leurs bénéfices loin de la péninsule Ibérique, tout en ne versant que de maigres contributions fiscales. L’austérité pour les peuples, les privilèges pour les riches En Allemagne, les conservateurs de Fr...

Je vais te dire la vérité

  Par David Andersson Dans un monde de fiction préfabriquée, la vérité exige des efforts Un week-end d’été, alors que nous faisions un barbecue, une amie — militante progressiste pour la paix — et moi discutions de manière très informelle lorsqu’elle a exprimé ses doutes quant au fait que les humains aient réellement marché sur la Lune. Son argument était simple : nous n’y sommes allés qu’une seule fois, ce qui rend la chose suspecte. À ce moment-là, j’étais trop détendu pour répondre sérieusement, alors j’ai laissé tomber le sujet. Mais ce commentaire m’est resté en tête. Comment est-il possible qu’une personne intelligente, engagée et habituée à questionner le monde puisse être confuse face à quelque chose qui peut être vérifié si facilement ? Car nous ne sommes pas allés sur la Lune une seule fois. Des humains ont marché sur la Lune à six reprises — Apollo 11, 12, 14, 15, 16 et 17 — entre 1969 et 1972. Douze astronautes ont foulé son sol. Ce simple fait m’a fait penser...