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On ne vainc pas l’extrême droite mondiale avec de la propagande

Pourquoi les partis d’extrême droite progressent-ils dans tant de pays ? Par Eloy Cuadra Il y a quelques jours, José Luis Sastre, journaliste de la Cadena SER, s’exprimait avec inquiétude au sujet des résultats extraordinaires du parti d’extrême droite AfD aux élections régionales de Saxe-Anhalt, en Allemagne. L’animateur commentait la manière dont ils avaient tout raflé avec 43,8 % des voix, une bonne part de celles-ci parmi les chômeurs, les précaires, les salariés, les indépendants, les abstentionnistes, les jeunes et les retraités. À la fin de son plaidoyer, le journaliste se demandait si cette progression continue des partis d’extrême droite dans toute l’Europe ne pouvait pas venir du fait que nous ne nous étions pas posé les bonnes questions. Je ne pourrais pas être davantage d’accord avec lui. Alors allons-y, posons-nous les questions qu’il faut se poser. Il y en a essentiellement trois, seulement trois. Et le problème — je le précise — ne réside pas dans les questions, fa...

Les capitalistes reconnaissent que le capitalisme est un désastre

Par Marcelo Colussi Le système socioéconomique et politique qui régit aujourd’hui l’immense majorité des pays, né en Europe il y a au moins cinq siècles, désormais étendu à toute la planète et — surtout — diffusé et profondément ancré dans les consciences de presque toute la population mondiale, c’est le capitalisme. À côté des expériences socialistes qui subsistent encore, clairement non pas en expansion mais en survie dans des conditions étouffantes — à l’exception de la Chine, cas atypique —, il peut se présenter lui-même, dans une falsification absolue de la réalité, comme l’expression suprême du développement, de la prospérité et de la liberté humaine. Pourtant, au-delà de ce récit triomphaliste diffusé avec exaltation, la réalité est tout autre : tandis qu’il produit sans interruption des richesses, sa manière de les répartir engendre simultanément une pauvreté et un mal-être infinis. Il y a suffisamment de nourriture pour alimenter correctement toute l’humanité, et pourtan...

Notes pour comprendre ce monde chaotique

Par Elvin Calcaño Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont constitués en empire mondial. Ils ont précisément exercé leur domination en convainquant le reste du monde que le modèle de société qu’ils incarnaient était moralement et matériellement supérieur. Si cet empire doit aujourd’hui recourir à la force, c’est parce qu’il ne convainc plus. I. Un empire qui ne convainc plus L’histoire — qui, comme le disait Mario Tronti, est la grande maîtresse de la politique — montre que lorsqu’un empire recourt à la force, c’est qu’il n’est plus fort. Pour être durable dans le temps, le pouvoir doit fonctionner comme une domination acceptée, selon Weber. Le pouvoir implique toujours une relation intrinsèquement inégale, puisqu’il divise entre ceux qui le détiennent et ceux qui ne le détiennent pas. Ainsi, lorsqu’on affirme que, pour perdurer, il doit être accepté, cela signifie qu’il doit être perçu comme une bonne chose par ceux qui en sont privés. Après la Seconde Guerre...

La mine que nous portons en nous

Par Txema García À première vue, personne n’appelle cela de l’« extractivisme ». Pourtant, dès qu’on prend le temps de l’expliquer, le mécanisme devient reconnaissable : il s’est imposé comme l’un des maux endémiques de notre époque. L’extractivisme ne concerne pas seulement les mines à ciel ouvert, les forêts rasées, les nappes phréatiques asséchées ou les territoires pillés par de grandes entreprises. Il peut aussi s’installer dans nos couples, nos familles, nos amitiés, nos lieux de travail, nos usages numériques et nos institutions politiques. Car ce que l’on extrait n’est pas toujours du lithium, du pétrole ou du bois. Il peut s’agir de temps, d’attention, de patience, de désir, de soins, de reconnaissance, de relations, d’argent, de présence ou de réconfort. Au début, personne ne le nomme ainsi. Mais nous connaissons tous ces scènes. Elle dit qu’elle a besoin de se sentir aimée. Lui répond qu’il a besoin d’espace. Une mère rappelle tout ce qu’elle a fait pour son fils. ...

Un capitalisme agonisant

Par Prabhat Patnaik Les signes de décomposition et de décrépitude d’un capitalisme agonisant sont aujourd’hui trop manifestes pour être ignorés. Ce n’est évidemment pas la première fois que le système donne de tels signes : il l’avait déjà fait entre 1914 et 1945, période qui avait confirmé le pronostic de Lénine selon lequel il s’agissait d’un système moribond. La différence entre cette époque et la nôtre réside dans la réponse que le système avait alors apportée à la crise qui l’avait englouti. Les réformes de l’après-guerre À cette époque, le système avait réagi — que ce fût par choix ou sous la contrainte — en se « réformant » d’au moins trois manières distinctes. La première consistait en la décolonisation politique, à laquelle des dirigeants bourgeois tels que Winston Churchill s’opposaient alors avec véhémence, tout en cherchant à conserver le contrôle des ressources du tiers-monde par d’autres moyens. La deuxième fut l’introduction généralisée de la démocratie élector...

Le décret « Sauvons les défilés » : comment l’Europe a remplacé le gaz par la zibeline d’État

Par Patrizia Pisino Préambule réel à une histoire absurde Avant de poursuivre la lecture, le lecteur doit savoir une chose fondamentale : ce qu’il s’apprête à lire n’est pas un article de politique-fiction, ni un délire satirique né au cours d’une nuit d’été. À la fin juillet, l’Union européenne a bel et bien approuvé son 21ᵉ paquet de sanctions contre la Russie. Comme l’ont documenté les canaux officiels et des enquêtes internationales, au détour des codes douaniers, l’UE a introduit une dérogation réelle afin de débloquer l’importation de peaux de zibeline. L’article qui suit est une contestation ouverte et ironique d’un paradoxe historique : le moment précis où l’Europe a décidé que, tandis que les citoyens ordinaires doivent composer avec des sanctions énergétiques qui se sont retournées contre nous et une essence vendue à des prix vertigineux, la véritable urgence humanitaire de l’Occident consistait à sauver le chiffre d’affaires de la fourrure de luxe. Le décret « Sauv...

Sommes-nous à un moment fasciste de l’histoire ?

Par Elvin Calcaño À une époque où une poignée d’oligarques de la technologie concentrent des fortunes astronomiques et contrôlent tout ce qui parvient à nos appareils numériques sous l’étiquette d’« information », tout en achetant directement certains présidents et en imposant d’autres par la manipulation massive sur les réseaux sociaux, c’est bien un fascisme renouvelé qui est à l’œuvre. L’une des grandes faiblesses des secteurs de gauche, progressistes et démocratiques en général, aujourd’hui, réside dans leur incapacité à nommer les choses telles qu’elles sont. C’est pourquoi, malgré les signes évidents indiquant que nous traversons un moment fasciste de l’histoire, peu de personnes issues de ces courants osent l’affirmer aussi clairement. Pourtant, pour celles et ceux qui abordent l’analyse politique dans une perspective historique, une chose ressort avec évidence de tout ce que nous observons aujourd’hui — génocide, discours de haine, antisémitisme de gauche ou plutôt anti-g...

L’infaillibilité des « fallutos »

Par Javier Tolcachier « Falluto » est un terme familier employé dans plusieurs pays d’Amérique latine pour désigner l’attitude d’une personne qui ne tient pas ses engagements. Il sert aussi à dénoncer l’hypocrisie ou la déloyauté de quelqu’un. La « fallutería » — cette propension à trahir sa parole — apparaît comme une conduite habituelle lorsqu’on compare les promesses faites par certains candidats à ce qui se produit une fois qu’ils sont élus. Cette façon d’agir explique largement le divorce croissant entre la population et ceux qui prétendent se consacrer à la gestion des affaires publiques. Pire encore, elle constitue l’une des principales raisons pour lesquelles les majorités s’éloignent de l’activité politique, qu’elles considèrent, à juste titre, comme fondamentalement dépourvue de probité. Le comportement « falluto » n’a évidemment rien de nouveau. Dès les années 1980 et 1990, les hérauts du prétendu « libre marché » — euphémisme destiné à glorifier le privé et à ouvrir l...

Des personnes jetables, ou l’autre comme ressource

Par Txema García Un extractivisme qui nous traverse Cela fait des années que nous parlons d’extractivisme comme s’il s’agissait d’un problème réservé aux latitudes lointaines : les mines de Bolivie, les salars du Triangle du lithium, les aquifères exploités au Congo, ou encore le fléau du tourisme de masse, intensif et prédateur, aux quatre coins de la planète. Et c’en est un. Mais il existe une autre forme d’extractivisme, bien plus proche de nous. Elle n’a besoin ni d’excavatrices ni de contrats avec des multinationales. Elle ne laisse pas de déchets visibles à la surface des sols, mais au plus profond des personnes. Elle s’appelle « extractivisme émotionnel » et constitue probablement la forme d’exploitation la plus répandue — et la moins dénoncée — dans les sociétés occidentales contemporaines. Dans sa définition la plus simple, et la plus brutale, il consiste à entretenir des relations avec les autres exactement comme le capitalisme traite les territoires dont il extrait l...