L’Occident blanc et la géopolitique de l’énergie

 Par David Andersson

Il est tout simplement stupéfiant de voir comment les attaques menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran sont présentées et justifiées.

On nous sert le même ensemble d’excuses dans une boucle sans fin : prolifération nucléaire, menaces à la sécurité régionale, corruption du régime iranien, échec de la diplomatie, besoins politiques personnels de Trump ou de Netanyahou, voire la diversion d’autres scandales. Le scénario est recyclé à l’infini, sur chaque chaîne, dans chaque média, sous chaque format. Qu’il soit étiqueté à gauche ou à droite, diffusé dans les médias traditionnels ou les réseaux sociaux, le récit varie à peine d’une virgule.

Même les dirigeants internationaux participent à cette normalisation de la violence. Le Canada, la France, le Royaume-Uni… tous formulent leurs propres versions d’une même justification. Leurs communiqués invoquent la « stabilité régionale » et la « sécurité internationale », mais évitent soigneusement d’appeler à la modération ou de reconnaître les risques catastrophiques d’une escalade.

Difficile de ne pas penser à l’ironie historique profonde : il y a quatre mille ans, cette région donna naissance à l’un des plus anciens systèmes de justice écrits de l’humanité. Le Code d’Hammourabi énonçait des lois régissant la vie sociale, la responsabilité et la modération.

La situation actuelle dépasse largement la question d’un gouvernement ou d’un dirigeant isolé. Il ne s’agit pas du comportement irrationnel d’un « fou », ni d’un phénomène de désinformation propre à l’ère trumpiste. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est la poursuite stratégique d’un projet de long terme : préserver la domination politique et économique de l’Occident dans un monde en mutation rapide.

Le contrôle des flux énergétiques est au cœur de cette stratégie. Les exportations de pétrole iranien vers la Chine menacent cette domination, tout comme l’avaient fait en leur temps les ressources du Venezuela. Le contrôle de l’énergie détermine les prix du pétrole ; ces prix façonnent les coûts de production ; et ces coûts décident de la compétitivité sur le marché. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est de l’économie politique élémentaire.

L’Europe l’a appris à ses dépens. Les sanctions imposées à la Russie après la guerre en Ukraine ont forcé les pays européens à acheter une énergie américaine bien plus coûteuse, affaiblissant ainsi leur propre compétitivité industrielle tout en accroissant leur dépendance envers les États-Unis. Le résultat n’a pas été une « sécurité » accrue, mais une subordination structurelle encore plus marquée.

La même logique se manifeste à travers les interdictions technologiques, les restrictions à l’exportation, les droits de douane et les sanctions. Les entreprises chinoises sont exclues des marchés occidentaux sous prétexte de « sécurité nationale », tandis que les firmes occidentales se heurtent à une réciprocité inévitable.

Cette logique infiltre également la politique intérieure : montée de la rhétorique anti-immigrés, discours islamophobes, attaques contre les universités, hostilité envers les initiatives de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), campagnes contre les personnes LGBTQ et transgenres. Il ne s’agit pas de batailles culturelles isolées, mais d’expressions internes d’un même système défensif, inquiet de son propre effritement.

Personne ne peut prédire jusqu’où ira l’escalade actuelle au Moyen-Orient, ni quelle déstabilisation elle provoquera. Mais une chose est déjà certaine : nous ne sommes pas prêts à affronter les causes profondes de cette crise, car nous refusons de reconnaître le système tout entier qui la produit.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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