Bons et méchants, l’Iran et Israël
Cela fait longtemps que l’Occident utilise la critique de certains gouvernements et régimes comme prétexte pour piétiner et violer le droit international.
Par Pascual Serrano
Le récent conflit entre Israël et l’Iran a mis en lumière un débat que je trouve intéressant. À nous qui dénoncions l’agression israélienne, avec ce qu’elle impliquait de violation du droit international, on répondait que nous défendions l’Iran, une théocratie répressive qui oblige les femmes à porter le voile islamique et qui pend des homosexuels. Face à l’Iran, on arguait qu’en Israël, les femmes jouissaient des mêmes droits que les hommes et que son système politique était une démocratie avec des élections libres et pluralistes.
Au-delà des nuances que l’on pourrait apporter à ces
affirmations — par exemple, que le fondement théorique de l’existence d’Israël
est également de nature théocratique, ou que les femmes y sont aussi soumises à
la pression des ultra-orthodoxes israélites, il me semble important de
distinguer les relations et les conflits internationaux, d’une part et la
politique intérieure de chaque pays, d’autre part.
Le débat sur la guerre entre Israël et l’Iran ne fait pas référence — et ne doit pas en faire — à la manière dont chaque gouvernement traite ses citoyens, ni à son modèle politique, ni même à sa légitimité interne. L’élément central à prendre en compte dans les relations internationales et en matière de violations de la paix mondiale ne concerne que le respect de la souveraineté des autres pays et de leurs frontières.
Israël a bombardé le territoire et les infrastructures d’un pays voisin, et cela constitue une violation du droit international et de la Charte fondatrice des Nations unies. Qu’Israël respecte les droits des femmes et soit une démocratie, ou que l’Iran ne les respecte pas et ne soit pas une démocratie, ne transforme pas le premier en « bon » et le second en « mauvais » dans le cadre des relations internationales.
On peut parfaitement être une démocratie et refuser de
signer le Traité de non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que de se
soumettre aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique ; et
l’on peut être une dictature, signer ce traité et se soumettre à ces
inspections.
On peut être une dictature, respecter le droit
international, la souveraineté des autres États, et laisser le reste du monde
tranquille.
Et on peut être une démocratie, commettre un génocide et
constituer un danger pour la paix mondiale.
Le gouvernement d’Israël peut respecter les droits des femmes israéliennes tout en assassinant des milliers de femmes et d’enfants à Gaza, ce qui en fait un gouvernement génocidaire. Et l’Iran peut être une théocratie islamique sans que cela justifie qu’une armée étrangère le bombarde. L’argument fallacieux de ceux qui rétorquent que, si nous critiquons Israël, c’est que nous préférerions sûrement vivre à Tel-Aviv qu’à Téhéran, ne prouve pas que le régime de Tel-Aviv soit plus respectable que celui de Téhéran. Cela démontre seulement que, comme tant de fois dans l’histoire, il vaut mieux être du côté du puissant bourreau que du côté de la misérable victime. Au début des années quarante du siècle dernier, on aurait certainement préféré vivre à Berlin qu’à Varsovie — et pourtant, il ne semble pas que les « bons » se trouvaient dans la première ville.
Il vaudrait mieux cesser de nous arroger le droit de décider qui est bon et qui est mauvais, qui peut posséder l’arme nucléaire et qui ne le peut pas, qui peut bombarder ses voisins et qui ne le peut pas.
Depuis longtemps, la critique de certains gouvernements et régimes est utilisée par l’Occident comme prétexte pour piétiner et violer le droit international. L’usage qu’il fait des droits humains et de ses discours moralisateurs n’est qu’un moyen de servir ses intérêts sur la scène internationale. Il n’existe aucun organisme chargé de superviser les droits humains dans le monde, hormis quelques rapporteurs ou commissions de l’ONU qui se bornent à produire des rapports. Encore moins existe-t-il un gouvernement ou un État mondial chargé d’administrer une hypothétique « justice mondiale ». Ce qui existe, ce sont des lois internationales et des conventions promues par l’ONU qui, évidemment, ne sont pas faites pour régir l’intérieur des pays, décréter qui est une démocratie et qui est une dictature, et encore moins pour jouer les juges et les policiers afin de changer les gouvernements.
Par conséquent, il n’appartient ni aux États-Unis ni à l’Europe, au nom des droits humains et de leur modèle de démocratie, de susciter des levées de boucliers de l’opinion publique internationale contre les régimes qui leur déplaisent. Après avoir été les complices nécessaires du génocide à Gaza, des agressions constantes de l’OTAN, et de la complaisance envers diverses dictatures à travers le monde, le deux-poids deux-mesures est devenu criant, et la communauté internationale ne croit plus à nos désignations de « bons » et de « méchants ».
Mettons fin à cette prétention arrogante qui nous fait croire que nous pouvons décider qui est vertueux ou coupable, qui a le droit de détenir l’arme nucléaire et qui doit en être privé, qui peut bombarder ses voisins et qui doit s’en abstenir.
Traduction Bernard Tornare
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