Le traité infâme de l’UE avec les États-Unis : une capitulation sans chars ni conditions
Les États-Unis obtiennent le feu vert pour inonder le marché européen de leurs produits sans payer un seul euro de droits de douane.
Les représentants européens ont une fois de plus signé ce qu’ils savent le mieux signer : leur soumission. L’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis n’est pas un pacte entre égaux, mais la mise en scène d’une humiliation politique acceptée de façon docile par les élites communautaires. Tandis que Trump célèbre sa “grande victoire stratégique”, Bruxelles applaudit et accepte les conditions imposées par Washington. Ce n’est pas un traité, écrit notre collaborateur M. Relti, c’est une capitulation rédigée en termes économiques et scellée, genou à terre.
Par M. Relti
Une capitulation sans chars
Parfois, une guerre ne nécessite pas de canons pour avoir lieu. Il suffit d’un document signé dans un château écossais, d’un chiffre scandaleux, et d’un sourire forcé devant les caméras. Voilà qui résume le nouvel accord tarifaire signé entre l’Union européenne et les États-Unis. Un texte qui n’a pas fait la une des journaux car, pour ceux qui détiennent le pouvoir, l’opacité a toujours été un outil efficace.
Mais ne soyons pas dupes : cet accord, signé par Von der Leyen et Trump —oui, Trump— n’est pas seulement une manœuvre économique de plus, c’est la confirmation d’un ordre international dans lequel l’Europe se courbe sans protester.
En théorie, il s’agirait d’un traité pour “stabiliser les échanges”. En pratique, l’Europe accepte que ses exportations (voitures, vin, huile, acier, entre autres) soient soumises à un droit de douane fixe de 15% pour éviter les 30% dont Washington avait menacé.
En échange, les États-Unis obtiennent carte blanche pour inonder le marché européen de leurs produits sans payer le moindre euro de droits de douane. Et ce n’est pas tout : l’accord comporte des engagements énergétiques de plusieurs milliards, l’achat d’armement et quelques “promesses” d’investissement sans date ni détails.
Et que reçoit l’Europe ? L’apparence d’être assise à la table. Rien de plus.
Le TTIP qui revient par la fenêtre
Pour mieux comprendre ce qui vient de se produire, il
convient de rappeler ce qu’était le TTIP : un accord de libre-échange entre
l’UE et les États-Unis qui, il y a moins de dix ans, avait provoqué une vague
de rejet populaire. On l’a stoppé à l’époque, certes, mais il n’a pas été
annulé : il a simplement été mis au congélateur, en attendant un moment plus
propice.
Ce moment est arrivé. Et il l’a fait par la porte dérobée, sans débats parlementaires, sans manifestations, sans la une de la presse généraliste. Quelques signatures, quelques photos, et c’est tout.
La structure de ce nouveau pacte reprend les principes du TTIP, mais les renforce avec une asymétrie encore plus brutale : les droits de douane ne sont pas supprimés de façon égale, ils ne le sont que pour les Américains. En outre, l’Europe s’engage à acheter du gaz et du pétrole américains pour des montants faramineux, dans un contexte dans lequel la “transition énergétique” n’est plus qu’un slogan vide face aux intérêts réels du capital fossile.
Quel est le secret de la manœuvre ? La narration. Au nom de la “coopération atlantique”, de la “sécurité globale” et de la “stabilité géopolitique”, on impose un accord profondément inégal qui consolide la subordination économique, politique et militaire de l’Europe à son “partenaire” nord-américain.
Un problème qui dépasse le commerce
Mais ce traité ne doit pas être lu comme une simple question d’échanges commerciaux. En vérité, ses conséquences les plus profondes ne se situent pas dans les chiffres ni les grilles tarifaires. Tout se joue dans ce qu’il symbolise : la confirmation du pouvoir d’une classe — le capital financier et transnational — qui a décidé de réorganiser les alliances stratégiques de l’Occident selon une seule logique : continuer à dominer, coûte que coûte.
Ce traité consacre un vassalisme. Il ne s’agit pas d’un accord entre égaux, mais d’un acte d’obéissance politique. L’Europe accepte des conditions défavorables à son économie pour rester sous le parapluie stratégique de Washington. C’est une décision prise par les élites européennes qui, loin de défendre les intérêts des peuples européens, agissent comme gestionnaires des intérêts nord-américains.
Et il y a là quelque chose de plus profond. Car l’enjeu de ce pacte n’est pas seulement qui vend le plus de voitures ou qui contrôle l’énergie. Ce qui est en cause, c’est le type de société qui s’impose. Ce traité favorise les grandes multinationales — surtout américaines —, renforce le complexe militaro-industriel et livre les peuples européens à un agenda étranger, éloigné et de plus en plus autoritaire.
L’arrière-plan de classe
Comme toujours, la clé réside dans la perspective d’en bas.
À qui profite vraiment cet accord ?
- Aux grandes entreprises exportatrices américaines.
- Aux sociétés énergétiques qui ont désormais des contrats
garantis en Europe.
- Aux spéculateurs qui voient des opportunités dans les
nouveaux cadres d’investissement.
- Aux lobbies militaires qui se réjouissent de chaque
“engagement en matière de défense”.
Et qui en pâtit ?
- Les travailleurs européens.
- Les agriculteurs et les petits producteurs verront leurs
produits se concurrencer de manière inégale.
- Les secteurs industriels qui commençaient à peine à
s’engager dans une transition écologique sont désormais sabotés par les
importations négociées de combustibles fossiles.
Le résultat :
Un renforcement de la logique néolibérale la plus brutale.
- Concentration des richesses.
- Dérégulation déguisée.
- Externalisation du pouvoir politique vers des instances
supranationales non élues.
En arrière-plan, la vieille logique impériale : contrôle des ressources, territoires et marchés. Mais avec d’autres manières, et sur d’autres scènes.
La “souveraineté” comme fiction
L’un des effets les plus évidents de l’accord est la vidange totale du concept de souveraineté. Tandis que les dirigeants de l’UE se gargarisent de discours sur l’autonomie stratégique, la défense des intérêts européens ou la “transition écologique juste”, les faits vont dans le sens contraire. L’Union européenne agit comme une coalition dépendante, non seulement militairement, mais aussi sur le plan économique et stratégique.
L’acceptation de conditions aussi déséquilibrées prouve que les décisions fondamentales ne se prennent pas à Bruxelles, mais à Washington. L’Europe agit comme un protectorat, pas comme un bloc autonome. Et le plus grave, c’est que cette situation se normalise, se légitime et se justifie au moyen d’un langage technique qui masque la perte totale de pouvoir et de la souveraineté, déjà bien entamée, de ces pays européens.
Enfin, il faut parler de la démocratie. Ou, plutôt, de son absence totale. Car cet accord a une fois de plus démontré que la démocratie n’est rien de plus qu’une fiction dans nos sociétés. Il a été négocié sans transparence, sans débat public, sans intervention parlementaire. Il a été imposé d’en haut, par des personnes non élues ou par des politiques qui ne représentent pas leurs peuples, mais des intérêts globaux. Une fois de plus, ce qui prime, ce sont les intérêts des grandes corporations, et non les besoins de la majorité sociale.
Traduction Bernard Tornare
Source en espagnol
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