Haïti, l’Ukraine et l’Argentine : élaborer l’État failli
Par Alejandro Marcó del Pont Ce que nous appelons “échec” est, en réalité, une forme de gouvernance extraordinairement réussie pour une poignée d’individus (El Tábano Economista) La narration conventionnelle dominante en relations internationales qualifie « l’État failli » d’anomalie, de désastre politique, de vide de pouvoir ; un territoire plongé dans le chaos, où la loi est supplantée par la violence primaire et où la communauté internationale doit débattre, non sans une part de commisération mêlée à de la lassitude, de l’opportunité d’une intervention humanitaire ou de stabilisation, selon l’intérêt stratégique du moment. La thèse sous-jacente est bien plus directe et révélatrice : ce que l’on diagnostique comme « failli » n’est que rarement le résultat d’un effondrement spontané, mais bien plus souvent celui d’un processus méthodique et délibéré. On prive l’État de sa capacité à servir le bien commun pour le transformer en une machine d’extraction de rentes. Ce que l’on nomme ...