La propagande de guerre est en marche
Délirant: «Prêts à la guerre contre la Russie» (partie 3)
Par Robert Seidel
En février 2025, l'Europe a officiellement pris le chemin
de la «guerre» contre la Russie. En tête du cortège, les responsables
politiques de l'UE, les gouvernements allemand, français, britannique et des
Etats baltes. Une avalanche de manipulations et de propagande s'abat désormais
sur presque toute l'Europe, relayée par les instances officielles, les ONG
financées par des sources multiples et les médias grand public. Elle est très
virulente dans les Etats baltes, en Allemagne et en Grande-Bretagne, vive au
Danemark et en Suède, plutôt modérée en Suisse faible en Hongrie.
Au cours du dernier siècle, le répertoire de la
propagande de guerre s'est considérablement enrichi, de sorte qu'il est
désormais possible de manipuler les démocraties pour les entraîner dans des
guerres. Depuis une vingtaine d’années, l'image d’une Russie ennemie a été
réactivée de manière ciblée. Les techniques et les processus des campagnes de
relations publiques ont été décrits dans mes deux premiers articles.1,2 Nous allons
maintenant nous intéresser à leur mise en œuvre.
Afin de préparer mentalement la population européenne à la
guerre contre la Russie, l'objectif est clair depuis longtemps: présenter le
peuple russe (ou n'importe quel autre peuple) et ses dirigeants comme
«stupides», «corrompus», «paresseux», «fourbes», «méchants», etc. Au cours des
dernières années, on leur a constamment prêté de mauvaises intentions. Les
événements politiques auxquels la Russie est impliquée sont interprétés de
manière négative et hostile. Cette phase de propagande de guerre a commencé vers
2004. Pour ce faire, le répertoire habituel des techniques de propagande a été
utilisé: créer des modèles d'identification (bon – méchant), générer des
opinions uniformes, susciter des peurs, etc. (cf.partie 2).(2) La stigmatisation («méchant Russe») est constamment
entretenue par de nouvelles «preuves».
En substance, un filtre de perception psychotique est mis en
place: chaque action de son vis-à-vis est filtrée négativement. C'est ainsi
qu'un climat hostile a été systématiquement créé en Europe. Le récit du
«méchant Russe» a ainsi été mis en place et est constamment réactivé. Dès
qu'une campagne de relations publiques est interrompue, par exemple parce que
le vent politique a tourné, un «ennemi» peut rapidement redevenir un être
humain normal. Mais les préjugés et les ressentiments peuvent être réactivés tout
aussi rapidement.
«Le Russe est devant Potsdam»
Des efforts de paix dignes de ce nom n'ont jamais été
sérieusement entrepris par l'Occident, comme l'ont clairement montré les aveux
de François Hollande et Angela Merkel concernant les Accords de Minsk,
contraignants en vertu du droit international. Le torpillage des négociations
de paix d'Istanbul en mars 2022 entre l'Ukraine et la Russie par Boris Johnson
a confirmé cette manière de faire.
Depuis le changement de gouvernement en Allemagne en février 2025, les dirigeants politiques et militaires mènent une campagne sans précédent contre la Russie. En Allemagne, on donne l'impression que l'armée russe est sur le point d'attaquer militairement l'Europe, ou plus précisément la République fédérale d'Allemagne, alors qu’en même temps, les services secrets américains constatent que le gouvernement russe n'a ni l'intention ni la capacité d'attaquer les pays européens membres de l'OTAN.
Qui ne crie pas avec les loups...
Malgré tout, les inhibitions morales tombent, non seulement
chez les agitateurs allemands bien connus, mais aussi parmi les membres du
gouvernement, comme le chancelier Friedrich Merz (CDU) et son ministre de la
Défense Boris Pistorius (SPD). Les médias grand public reprennent sans remise
en question des déclarations incendiaires et souvent fausses. Le climat est
polarisé. Ceux qui ne hurlent pas avec les loups sont désormais soupçonnés,
dans certains endroits, de «travailler pour Poutine». Tout débat public sur le
sens et le non-sens de la politique de guerre actuelle est ainsi étouffé dans
l'œuf. Il en résulte un climat de peur et de fatalisme, beaucoup réagissent
avec résignation, ce qui est peut-être aussi le but recherché.
La propagande de guerre ne peut être maintenue que tant
qu'elle n'autorise pas d'autres points de vue équivalents. Le fait qu'une
majorité rejette toujours les préparatifs de guerre n'apparaît guère dans
l'opinion publique.
Les mensonges de la guerre
Que pourrait-il se passer ensuite? L'image de l'ennemi est
créée, l'ambiance est chauffée. On appelle «événement déclencheur» le facteur
qui déclenche une escalade militaire. Il initie un revirement propagandiste et
sert à justifier moralement une action militaire, qui est alors présentée comme
une «défense» ou une «riposte». On peut citer comme exemples les «opérations
sous faux pavillon», comme l'incident fictif du golfe du Tonkin (en août 1964,
des Vietnamiens auraient attaqué un navire de guerre américain, ce qui a
«permis» aux Etats-Unis de bombarder le Vietnam du Nord) ou des mensonges tels
que le «mensonge des couveuses» pendant la guerre du Golfe en août 1990 (des
soldats irakiens auraient arraché des bébés koweïtiens de leurs couveuses).
L'«ennemi» est de plus en plus déhumanisé, de sorte que la
violence militaire apparaît comme moralement possible et «justifiée». La
propagande de guerre fournit des «raisons» pour une action militaire. Il s'agit
par exemple d'événements mensongers mis en scène par les médias, tels que des
actes inhumains et criminels commis par «l'ennemi», par exemple des tortures
barbares ou des assassinats de civils, de préférence des personnes âgées, des
enfants ou des jeunes filles. Le meurtre cruel de bébés constitue souvent le
point culminant d'une vague de propagande (par exemple, les guerres en
Yougoslavie et en Irak). Pour renforcer cet effet, des vidéos et des images
truquées sont diffusées. Les informations doivent bouleverser profondément et
susciter de forts sentiments de haine. Ainsi, une population est prête à
soutenir les actions belliqueuses de son gouvernement afin de «tenir enfin tête
à l'ennemi maléfique».
Le nec plus ultra: la «guerre cognitive»
En juin 2025, on a appris que l'OTAN avait conclu des
accords secrets avec certains gouvernements européens, dans lesquels ceux-ci
s'engageaient à respecter certaines directives. Cette information a été révélée
par le gouvernement néerlandais. Le gouvernement allemand refuse de fournir
toute information à ce sujet.(4) On ignore
dans quelle mesure l'administration suisse se sent liée par son accord
PpP-OTAN. [PpP=Partenariat pour la paix]
Depuis les années 2020, la guerre psychologique connaît un
tournant inquiétant. La «guerre cognitive» de l'OTAN considère désormais toutes
(!) les actions de «l'ennemi» comme une tentative délibérée de nuire dans tous
(!) les domaines. Cette ligne de conduite non seulement détruit d'emblée toute
possibilité de compréhension, mais impose également un biais psychotique à la
population.
Une vision délirante du monde
Mais il y a bien pire: on peut supposer que les stratèges de
la «guerre cognitive» de l'OTAN imposent à la population, de leur point de vue,
leur vision délirante du monde: l'ennemi est si «méchant» que cette
«méchanceté» n’est plus reconnaissable par le grand public. C'est pourquoi il
faut «aider» la population à interpréter «correctement» le monde afin qu'elle
parvienne aux «bonnes» conclusions. Dans la «novlangue» orwellienne, cela
signifie qu'il faut créer une «résilience» au sein de la population.
A l'avenir, quiconque ne se ralliera pas à cette vision
malsaine de l'OTAN risque d'être lui-même considéré comme un «ennemi» (à
l'instar de la «démoralisation de l'armée» nazie, condamnée à l'époque par le
tribunal populaire de Freisler).
Les relations publiques peuvent être punissables
Cela signifie que pour mobiliser en faveur d'une guerre, on
utilise des mensonges, des préjugés et des stigmatisations afin de construire
une image ennemie. Les aversions et les sentiments de haine sont activés et les
fantasmes violents encouragés. Dans une société de masse moderne, cette tâche
incombe à la propagande. Elle s'adresse de manière ciblée aux sentiments qui
permettent les interventions militaires, mais aussi des «incidents» sous forme
de pogroms à l'intérieur du pays.
Pour la propagande, le citoyen responsable n'est pas la
référence, l'individu n'est qu'une partie d'une masse manipulable. Etant donné
que la propagande peut, dans certaines circonstances, constituer une aide à des
crimes contre la paix, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité,
ses actes peuvent être poursuivis en justice depuis les procès de Nuremberg.
Les mensonges ont les jambes courtes
Il est bien connu que les mensonges ont les jambes courtes.
En y regardant de plus près, on constate aujourd'hui déjà les contradictions et
les déclarations falsifiées. Un coup d'œil sur la vie quotidienne révèle une
réalité effrayante: la désintégration rapide des systèmes sociaux et
l'appauvrissement croissant en Europe. L'argent manque, mais on continue à le
jeter par les fenêtres à pleines mains. Depuis février 2025, des centaines de
milliards d'euros supplémentaires sont dépensés pour l'armement («fonds
spéciaux»). Des dettes que les générations futures devront rembourser –
notons-le bien, de l'argent qui manque déjà aujourd'hui.
Les milliards provenant des impôts vont aux prêteurs, aux
fournisseurs d'armes, aux profiteurs de guerre et aux futures «entreprises de
reconstruction». Les problèmes brûlants sont tout simplement ignorés: déficit
des retraites, pauvreté, migrations massives, manque de soins médicaux, zones
de non-droit, renchérissement de l'énergie, délocalisation des emplois, etc.
Cette fois encore, il faut agir vite pour mener les populations à la guerre et
les détourner des véritables problèmes.
Mais «l'Europe» n'est plus hermétiquement coupée du monde.
Les informations provenant du monde entier peuvent être comparées à l'opinion
dominante dans son propre pays. Les différences entre ces informations peuvent
avoir un effet correcteur. Même aux Etats-Unis, la répression de la liberté
d'expression en Europe est perçue de manière critique. Aujourd'hui encore, la
majorité des populations européennes souhaite continuer à mener de véritables
actions en faveur de la paix.
Le mensonge prend l'ascenseur, la vérité emprunte les
escaliers
Toute guerre a une fin. L'après-guerre est une période de
deuil, de désillusion et de réflexion: les morts, les blessés, les mutilés, les
disparus, les traumatisés, les déplacés, les réfugiés. Puis la destruction,
l’appauvrissement, le délabrement, la brutalisation, l’irradiation, la
contamination, l’empoisonnement, les dettes.
Une fois de plus, on devra constater que la guerre est
l'affaire d'une poignée d'individus avides de pouvoir et d'argent, comme
l'avait déjà décrit en 1936 le général américain hautement décoré Smedley
Butler. Il avait d'ailleurs souligné que les «décideurs» ne partaient jamais
eux-mêmes à la guerre, mais menaient leurs affaires depuis le confort de leur
bureau.
Conclure la paix aujourd'hui!
Il est beaucoup plus facile de choisir dès aujourd'hui la
voie de la raison et de l'humanité que de répandre sciemment la souffrance et
la misère dans le monde. Des possibilités existent aujourd'hui aussi. La
majorité est toujours favorable à des négociations constructives et opposée au
réarmement et à la guerre!
Pour l'avenir, il ne peut s'agir que de garantir une vie
paisible pour tous. Il n'y a pas d'autre voie que de continuer à développer et
à faire respecter le droit international.
Traduction «Point de vue Suisse»
Notes
1
https://www.schweizer-standpunkt.ch/news-detailansicht-fr-gesellschaft/la-maniere-dont-fonctionne-la-propagande-de-guerre.html
2
https://www.schweizer-standpunkt.ch/news-detailansicht-fr-gesellschaft/la-maniere-dont-fonctionne-la-propagande-de-guerre-2.html
3
https://www.wuv.de/Themen/Kreation-Design/Castenow-mit-neuer-Employer-Kampagne-fuer-die-Bundeswehr
4 cf. https://multipolar-magazin.de/meldungen/0286
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