Diviser pour régner : la stratégie des riches
Titre original : Les guerres raciales éclatent juste au moment où « Taxer les riches » devient un mot d’ordre populaire — Quelle coïncidence !
Par BettBeat Media
Nous nous fracturons le long de lignes artificielles
d’ethnicité, tandis que la classe dominante nous précipite tous dans la
pauvreté, viole des enfants et extermine des groupes ethniques entiers. Notre
division est leur planche de salut.
Il arrive toujours un moment, dans le déclin d’un empire, où
les puissants, sentant la fureur croissante des dépossédés, doivent choisir
entre affronter la pourriture systémique ou fabriquer un bouc émissaire.
Aujourd’hui en Grande-Bretagne, comme partout en Occident décadent, ce choix
est fait. Les milliardaires ont choisi leur arme : l’immigré, le demandeur
d’asile, le réfugié — n’importe qui, pourvu qu’il soit assez désespéré pour
servir de paratonnerre à la colère qui devrait légitimement viser ceux qui
pillent systématiquement nos sociétés.
J’ai observé ce théâtre de la diversion se mettre en place
avec la froideur d’une opération militaire. Il y a seulement quelques mois, la
conversation au Royaume-Uni portait sur l’impôt sur la fortune, sur l’obscène
inégalité qui ronge la classe moyenne comme des termites sapant les fondations
d’une maison. Les politiciens se tortillaient sous la question : pourquoi les
milliardaires paient-ils des taux d’impôt plus bas que les infirmières ? Le
débat public avait trouvé sa cible : la classe dominante, qui, depuis des
décennies, transfère la richesse vers le haut tandis que les familles ouvrières
sombrent dans la précarité.
Les baguettes magiques de l’islamophobie et du racisme
Et voilà : soudain, on ne parle plus d’inégalités. Du jour
au lendemain, les mêmes JT, contraints jusque-là d’évoquer la concentration des
richesses, basculent sur un tout autre récit : hôtels réquisitionnés pour
accueillir des demandeurs d’asile, manifestations devant des centres de
réfugiés, la prétendue « invasion » par des désespérés fuyant la guerre ou la
misère. Les oligarques ont dégainé leur arme la plus efficace : la saillance —
le contrôle absolu sur ce qui sera discuté, et ce qui sera étouffé.
Ce n’est ni une coïncidence, ni une inquiétude populaire
spontanée. C’est la fabrication délibérée de la colère, conçue avec une
précision chirurgicale pour détourner la rage populaire des penthouses
et la diriger vers les canots de réfugiés. Les mêmes groupes médiatiques,
propriétés des milliardaires ; les mêmes politiciens, financés par les grandes
fortunes, orchestrent ce basculement avec l’efficacité d’un orchestre bien
rodé.
Les mécaniques de cette manipulation sautent aux yeux de
quiconque ose les voir. Lorsque l’économie s’effondre — comme c’est inévitable
quand la richesse se concentre toujours plus — le peuple exige du changement.
Il sent, à juste titre, que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Il
ressent, avec raison, que le système les a abandonnés. Dans leur désespoir, ils
se raccrochent à n’importe quel récit explicatif, à la moindre promesse
d’espoir.
Le jeu des coupables s’effondre au moindre examen. Même
si les réfugiés « volaient » des emplois — ce qu’ils ne font pas — qui donc les
embauche ? Qui signe les chèques ? Qui fixe les salaires ?
« Ils volent nos emplois »
La classe dominante le sait mieux que la gauche : elle
inonde l’espace public de messages simples et percutants : « Vos problèmes ne
viennent pas des milliardaires qui confisquent le fruit de votre travail, mais
des réfugiés qui prennent votre emploi, des immigrés qui monopolisent vos
services, des étrangers qui menacent votre culture ». Un mensonge d’un cynisme
sans bornes, mais redoutablement efficace : il offre un bouc émissaire commode,
quelqu’un à blâmer à la place du milliardaire.
En réalité, tout s’écroule dès l’instant où l’on regarde la
mécanique : même si un réfugié « prenait » un emploi — ce qui n’est pas le cas
— qui l’a embauché ? Qui encaisse les profits de ses heures ? Toujours les
mêmes. Ils organisent la pénurie, puis accusent les plus vulnérables.
Pendant ce temps, la gauche — fragmentée, narcissique, engluée dans
la pureté idéologique plutôt que la conquête du pouvoir concret — n’offre aucun
récit alternatif. Elle critique, analyse, débat, tandis que l’extrême droite
construit un mouvement. Elle rédige des tribunes pendant que les fascistes font
des TikTok. Elle assiste à des colloques, pendant que les idiots utiles des
oligarques frappent à la porte des électeurs avec des slogans simplistes,
mêlant haine et faux espoirs nationalistes.
Si l’ouvrier britannique et le réfugié syrien prenaient
conscience qu’ils sont écrasés par le même système global, enrichissant la
minorité en appauvrissant la majorité, la partie serait finie pour
l’oligarchie.
J’ai assisté à des rassemblements furieux aux Pays-Bas
devant des centres de réfugiés, et ce spectacle m’a brisé le cœur — non par la
colère, mais par la reconnaissance. Voilà des gens abandonnés par un système
qui a délocalisé leurs emplois, rendu inabordable leur logement, ne leur
laissant que dettes et désespoir. La plupart ne sont pas monstrueux, juste
désespérés. Et dans leur désespoir, ils se voient offrir une cible par ceux-là
même qui les ont ruinés.
Mais la détresse n’efface pas la responsabilité : on ne
saurait excuser des actes immoraux sous prétexte de manipulation. Rien ne
justifie la violence contre des innocents.
Le grand tour de magie des milliardaires
Les milliardaires qui tirent profit de leur labeur, tout en
volant leur salaire, ont réussi à leur faire accuser d’autres victimes. Les
politiciens au service des donateurs, qui négligent les besoins de leurs
administrés, ont convaincu leurs électeurs de blâmer ceux qui ont encore moins
de pouvoir qu’eux. C’est un chef-d’œuvre de manipulation psychologique :
dresser les opprimés les uns contre les autres, tandis que les oppresseurs
engrangent les bénéfices.
Voilà dans quelle société bifurquée nous vivons : une élite
qui, confinée dans son luxe, ne comprend plus rien à la vie quotidienne des
familles populaires et, en face, des classes laborieuses, qui, dans leur
légitime fureur, frappent les plus faibles plutôt que les véritables coupables.
Les riches, dans leurs tours d’ivoire — ou plutôt sur leurs îles privées
d’exploitation sexuelle d’enfants — contemplent la scène d’un œil cynique,
voyant les pauvres s’entredéchirer dans la rue.
Mais voilà ce que craignent le plus les oligarques : l’unité
populaire. Ils savent bien que, si les travailleurs reconnaissent leur ennemi
commun, si l’ouvrier anglais et le réfugié syrien s’aperçoivent qu’ils sont
tous deux broyés par le même système planétaire, leur jeu est terminé. D’où
leurs efforts frénétiques pour nous diviser, d’où ces milliards dépensés en
propagande pour dresser un travailleur contre l’autre, tandis que les patrons
se frottent les mains depuis leurs paradis fiscaux.
Le même schéma s’applique à grande échelle. Pourquoi le
génocide peut-il durer deux ans ? Parce que, encore aujourd’hui, ceux qui
finiront par subir le sort des Palestiniens — nous, les non-riches — utilisons
les arguments de la division imposée par les oligarques : « Aux Arabes d’aider
les leurs », « Pourquoi la Chine ferait-elle quoi que ce soit pour les Arabes ?
», « Les Palestiniens, ce n’est pas le problème de l’Iran ». Nous nous divisons
sur des lignes artificielles de nationalité et d’ethnicité, pendant que la même
classe dominante nous précipite tous dans la misère, viole les enfants et
extermine des peuples entiers. Leur survie dépend de notre division, car notre
unité signerait leur fin.
Quand la gauche comprendra-t-elle enfin ?
La solution n’est pas d’humilier les manifestants ni de
mépriser leur souffrance. La solution, c’est de leur offrir ce que propose
l’extrême droite : de l’espoir, de la communauté, un avenir pour lequel il vaut
la peine de lutter — mais cette fois, ancré dans la vérité et non dans le
mensonge. Il faut frapper à leur porte avant les fascistes. Il faut leur
raconter une histoire autrement plus convaincante que celle du « coupable
immigré » : « Ce sont les milliardaires qui ont volé votre futur, ensemble, nous
pouvons le reprendre. »
Cela exige une chose oubliée par la gauche : la discipline
du message. Chaque vidéo, chaque conversation, chaque initiative doit marteler
la même vérité toute simple : la montée des inégalités détruit nos vies et seule l’affrontement avec la classe milliardaire pourra sauver l’avenir de nos
enfants. Cela implique de mettre de côté les débats universitaires et les egos
intellectuels au profit de la difficile, ingrate et patiente construction de la
puissance collective.
Les oligarques ont choisi leur terrain : nous diviser selon
la race, la nationalité ou le statut d’immigration, tandis qu’eux continuent à
piller tout le monde. Mais leur arme peut se retourner contre eux. Chaque
manifestation contre les réfugiés, chaque moment de colère fabriquée est une
occasion de désigner le véritable ennemi : non pas ceux qui fuient la
misère et l’impérialisme, mais ceux qui créent et entretiennent ces fléaux.
Le grand effondrement du capitalisme
Nous vivons l’effondrement d’un système économique conçu
pour ne profiter qu’au sommet. En de tels moments, les masses suivent qui leur
offre l’espérance. Les fascistes l’ont compris. Reste à savoir si nous sommes
prêts à relever le défi : sommes-nous prêts à accomplir le travail ingrat de
construire un mouvement capable de rivaliser avec leur haine — non par des
arguments plus raffinés, mais par une organisation plus solide ?
Le choix devant nous est limpide : continuer à laisser les
oligarques nous diviser pendant qu’ils nous pillent, ou saisir que notre
émancipation est commune — natifs et immigrés, citoyens et réfugiés, tous
victimes de la même arnaque bien rodée.
Les milliardaires misent tout sur notre division. Notre
survie dépendra de notre unité.
Karim
Traduction Bernard Tornare
⚠ Traduction réalisée pour
diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés
sont ceux de l’auteur initial.
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