Anatomie de l’espèce humaine : idiots, stupides et imbéciles

Par Marcos Roitman Rosenmann

Une vérité incontournable : la stupidité est l’arme la plus destructrice. Une personne stupide inflige un dommage à autrui sans en tirer le moindre avantage pour elle-même, et souvent au prix de sa propre perte. Pourtant, c’est elle qui prolifère et domine nos sociétés.

Il suffit d’écouter les délires de politiciens, d’universitaires vendus, de chroniqueurs télévisés, de soi-disant youtubeurs et d’« influenceurs » écervelés pour comprendre l’ampleur du désastre. Un exemple risible — s’il n’était tragique — est la plainte déposée par Brigitte Macron, épouse du président français, contre une commentatrice américaine qui l’accuse d’être transsexuelle. Preuves à l’appui : photos de ses grossesses, tests biologiques. Une farce sordide, qui ne resterait qu’un ragot misérable… si des millions de commentaires sur les réseaux sociaux ne venaient cautionner l’infamie en l’érigeant en vérité. Voilà où nous en sommes.

Les réseaux sociaux sont devenus l’égout mondial où circulent fake news, complots et mensonges éhontés. Trump en a fait sa marque de fabrique. En campagne, il a répété que les immigrés haïtiens de Springfield dévoraient chiens et chats domestiques. Son slogan ? « Ne mange pas d’animaux de compagnie, vote républicain. » Pathétique, mais efficace. Il a même osé associer la prise de paracétamol durant la grossesse à l’autisme. Un tissu d’absurdités ? Oui. Mais pour une partie considérable de la population, c’est crédible.

Et le sommet de l’abjection : entendre les dirigeants israéliens nier le génocide en cours à Gaza, affirmant que les images d’enfants massacrés seraient produites par intelligence artificielle, ou par de prétendus acteurs du Hamas. C’est ignoble. Et pourtant, ce discours sert d’outil idéologique au projet sioniste et à ses alliés occidentaux pour justifier le nettoyage ethnique, la colonisation et l’extermination des Palestiniens. Tout cela enrobé du rêve cynique d’un futur « resort » touristique, d’un nouveau centre financier, d’une reconstruction juteuse sur les ruines mêmes de la Palestine. Comment avons-nous pu en arriver là ?

Nous voilà dirigés par des négationnistes du climat, des criminels de guerre, des antivax, des agresseurs sexuels, des fraudeurs, des racistes, des xénophobes, des pédocriminels, des psychopathes. Et le plus effrayant : loin d’être isolés, ils ont derrière eux des millions de complices consentants. On les acclame, on les suit, on les élit, on les défend. Ensemble, ils forment une armée sociale où se mêlent idiots, stupides et imbéciles, mobilisés par les élites pour bâtir un pouvoir sans freins ni contrepoids. C’est ce que Carlo Cipolla, historien lucide, avait diagnostiqué : « le pouvoir politique, économique ou bureaucratique multiplie le potentiel nocif d’une personne stupide. »

Idiots, imbéciles et stupides ne naissent pas de la biologie : ils sont produits par la société, par ses structures, par ses éducations dévoyées. Comme l’a montré Karl Lorenz, ce sont des comportements acquis. H. Gerth et Wright Mills parlèrent d’« autrui généralisé », ce processus par lequel émotions, rôles et gestes sociaux forgent des individus médiocres, formés pour l’aveuglement.

Alors que reste-t-il, une fois les trois figures réunies ? Imbéciles, stupides et idiots sociaux se nourrissent les uns des autres, se reproduisent et se multiplient. Pino Aprile, dans son Nuevo elogio del imbécil (2025), en résume la mécanique : 1) l’évolution préfère un sot vivant à un malin mort ; 2) l’homme moderne vit pour sombrer dans l’imbécillité ; 3) l’intelligence elle-même œuvre au service de l’imbécillité et en décuple la force ; 4) l’imbécillité ne fait que croître ; 5) dès que les hommes se regroupent, ils deviennent bêtes.

Carlo Cipolla, dès 1988, nous prévenait dans Allegro ma non troppo que la stupidité est la plus grande menace pesant sur l’humanité. Ses cinq lois de la stupidité restent implacables : nous sous-estimons toujours son ampleur, elle frappe au hasard, elle agit au détriment de tous, elle est plus dangereuse encore que la méchanceté. Et c’est elle qui gouverne nos vies.

Quant à l’idiot social, son origine remonte à la Grèce antique : c’est l’homme qui se détourne de la cité, s’enferme dans sa vie privée, ignore le destin commun. Platon alertait déjà : ces idiots se transforment en égoïstes indifférents et laissent la démocratie à la merci de ceux que nous voudrions le moins voir gouverner.

Voilà où nous en sommes. L’Homo sapiens régresse. Il s’éteint peu à peu dans son incapacité à penser, anesthésié, privé de conscience et de jugement critique. Trois figures se rejoignent en lui : l’idiot, le stupide et l’imbécile. Ensemble, ils préfigurent notre destruction. Car c’est notre survie même, en tant qu’espèce, qui est désormais en jeu.

La seule question qui vaille : sommes-nous encore capables d’éviter l’effondrement ou allons-nous, les yeux grands fermés, droit vers l’extinction ?

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial

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