« L’internationale réactionnaire » n’est pas un mythe : elle est déjà en marche

Une vague réactionnaire traverse le monde… Mais à qui sert-elle et d’où vient-elle ? Pourquoi ceux qui prétendent représenter « le peuple travailleur » finissent-ils par s’attaquer à ses droits ?

Ces dernières années, on a vu émerger une nouvelle droite qui se grime en « antisystème » tout en protégeant le pouvoir économique. Cet article explore les véritables intérêts derrière cette montée réactionnaire, démasque sa stratégie et explique comment y répondre du côté des classes laborieuses.

Par Cándido Gálvez

Il y a quelque chose, bien qu’elle se présente comme nouvelle, qui sent le renfermé. Ces dernières années, les discours se sont multipliés, avec un ton populiste et un habillage « antisystème », promettant de rendre le pouvoir à « l’homme ordinaire ». On nous parle de « gens simples », de « patriotisme », de « retour à l’ordre », de « valeurs saines ». Pourtant, dès qu’on gratte un peu sous cette surface tapageuse, ce qui apparaît n’est pas une révolution venue d’en bas, mais bien une restauration imposée d’en haut.

Dans ce bref article, nous proposons de démêler les véritables ficelles qui animent cette fameuse « internationale réactionnaire », ce réseau de plus en plus coordonné de forces d’extrême droite qui a su canaliser les craintes, frustrations et colères du présent pour bâtir un projet politique au service du capital.

Le nouveau masque de la réaction

Trump, Bolsonaro, Abascal, Milei, Le Pen… Ce n’est pas un hasard si leurs discours se ressemblent, même s’ils viennent de pays différents. Ce n’est pas un hasard non plus s’ils partagent une même narration : celle qui désigne un « ennemi intérieur » — immigrés, « communistes », syndicalistes, minorités ethniques ou sexuelles. Ils affirment défendre les « majorités oubliées », mais leurs politiques profitent, à la fin, aux puissants de toujours.

Ce paradoxe s’explique par le fait que ce nouveau discours réactionnaire a su capter un véritable sentiment de malaise social. Nous vivons en effet une époque de crise prolongée : travail précaire, perte de droits sociaux, services publics démantelés, jeunesse sans avenir. Pourtant, la réponse promue par ces droites ne vise pas la racine du problème (la logique du capital, sa nécessité d’accumuler aux dépens du bien commun), mais avance de fausses solutions en désignant des boucs émissaires.

À titre d’exemple, un rapport du CETyD (1) analyse comment cette extrême droite se présente même comme porte-parole des travailleurs, « des oubliés », pour ensuite faire reculer leurs droits, limiter l’action syndicale et démanteler les protections sociales. Au nom de la « liberté individuelle », ce qu’elle propose en réalité, c’est de déréguler le marché du travail au bénéfice des grandes entreprises.

La couverture des « gens de bien »

La narration réactionnaire joue avec une idée puissante : elle s’arroge la représentation d’un sujet fictif, l’« homme ordinaire » que personne n’écoute. Ce sujet est presque toujours « la majorité silencieuse » : blanc, hétérosexuel, nationaliste, masculin, travailleur. En face de ce sujet idéalisé se déploient ses « autres » : ceux qui reçoivent des aides, ceux qui ont des droits spécifiques, ceux qui protestent, ceux qui dérangent.

Ce dispositif a une fonction claire : diviser les classes populaires, les dresser les unes contre les autres et empêcher l’union des opprimés. La stratégie n’est pas neuve. Déjà, dans les analyses classiques de l’État en tant que superstructure idéologique, on alertait sur le fait que l’une de ses fonctions centrales était de produire une apparence de consensus – un consensus fabriqué, bien entendu, par ceux qui contrôlent les appareils de propagande et de répression.

Comme le rappelait Engels dans « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État », l’État n’apparaît pas comme un arbitre neutre, mais comme un outil d’organisation de la domination d’une classe sur une autre. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est la réactivation de cet appareil sous de nouvelles formes pour répondre à la crise systémique du capitalisme – une époque où l’administration du mécontentement ne suffit plus ; il faut désormais le façonner, le discipliner et l’orienter vers des objectifs fonctionnels au pouvoir dominant.

Une internationale réactionnaire en marche

La montée de ces droites n’est pas un phénomène isolé. Ce qui se passe, c’est qu’à l’épuisement des anciens consensus néolibéraux, les fractions les plus agressives du capital se réorganisent politiquement. L’extrême droite n’est pas une excentricité, mais une manière de recomposer le pouvoir en temps de crise structurelle.

Il n’est donc pas surprenant qu’il existe des liens, des financements et des stratégies communes entre les droites des États-Unis, d’Europe et d’Amérique latine. Il s’agit d’un réseau avec sa propre stratégie : délégitimer les organismes internationaux, attaquer les syndicats, nier le changement climatique, criminaliser la protestation, encourager le nationalisme économique… mais toujours sans remettre en cause le système qui produit l’inégalité.

Le terme d’« internationale réactionnaire » n’est donc pas qu’une formule rhétorique : il désigne une réalité concrète : une offensive globale, organisée et de plus en plus coordonnée contre les droits sociaux, les conquêtes démocratiques et les tentatives de transformation radicale.

Comment répondre ?

Première étape pour faire face à cette offensive : éviter de tomber dans ses pièges discursifs. La « liberté » n’est pas synonyme de « liberté de marché », ni ne représente « les gens de bien » ou les majorités. Il est urgent de reprendre la parole, les espaces et les outils des classes travailleuses. Car le problème, ce ne sont ni les immigrés, ni les féministes, ni les syndicats. Le problème, c’est un système qui concentre la richesse dans peu de mains et qui cherche aujourd’hui à se blinder par de nouvelles formes d’autoritarisme.

Comme le scandait un slogan entendu dans les rues d’Europe et d’Amérique latine : « Ce n’est pas une crise, c’est le capitalisme ». Face à la barbarie qui s’annonce, seule une réponse collective, organisée, venant d’en bas, sera à même d’y répondre. Car, si nous ne le faisons pas nous-mêmes, eux s’en chargeront…

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

(1) L’internationale réactionnaire contre les travailleurs. Les politiques du travail des gouvernements d’extrême droite

Publié par le Centre d’Études sur le Travail et le Développement (CETyD), de l’Institut des Hautes Études Sociales (IDAES) de l’ Universidad Nacional de San Martín (UNSAM), Argentine.

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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