Le feu ne connaît pas les sanctions, mais l’Espagne, oui : des forêts ravagées par la rigidité idéologique
Par Alberto García Watson
Il semblerait qu’en Espagne, nous ayons atteint le sommet
de la cohérence politique : nous préférons voir des montagnes calcinées, des
villages plongés dans la fumée et des hectares entiers réduits en cendres
plutôt que de salir la fierté nationale avec le péché mortel d’utiliser… des
hélicoptères russes.
Oui, ces mêmes appareils qui, ô tragédie géopolitique,
pourraient éteindre les feux plus rapidement qu’un politique ne met de temps à
donner une conférence de presse pour blâmer le changement climatique.
L’ironie, c’est que nous parlons des Kamov, des
hélicoptères russes spécifiquement conçus pour la lutte contre les incendies et
reconnus comme infiniment supérieurs en capacité de charge, de manœuvre et
d’efficacité face aux autres modèles que nous tentons à présent d’improviser.
Pourtant, conséquence directe des sanctions contre Moscou, l’Espagne a décidé
de clouer toute la flotte au sol : pas de pièces détachées, pas de
certifications, pas de techniciens. C’est la politique internationale qui
décide, et la montagne brûle.
Parce que, bien sûr, qu’importe que les incendies ravagent
le pays si nous avons la conscience occidentale propre et bien repassée ? Le
feu progresse, mais pas d’inquiétude : les principes diplomatiques ne brûlent
pas. Ce qui part en fumée, ce sont les pins, les maisons, la faune, et, au
passage, la patience des citoyens. Mais tout cela pour ne pas paraître
prorusse. Imaginez la honte qu’un jour, à Bruxelles, on puisse nous accuser
d’éteindre les flammes avec de la technologie de Moscou. Inacceptable ! Mieux
vaut faire suer les pompiers, évacuer les riverains, que la fumée nous rappelle
chaque été notre supériorité morale.
Et ainsi, dans un acte d’héroïsme absurde, l’Espagne réalise
l’impossible : que l’idéologie pèse plus lourd que l’eau, et que le dogme
international s’avère plus inflammable que la forêt méditerranéenne en août.
Mais attention, tout n’est pas tragique : au moins, lors du prochain sommet
européen, nous pourrons bomber le torse et affirmer avec fierté : « Oui,
nous avons brûlé, mais nous n’avons pas collaboré avec Poutine. »
Par contre, tandis que nous laissons nos montagnes se
transformer en charbon de bois, nous nous démenons pour apporter aide, armes et
solidarité sans limites à l’Ukraine, un pays dont l’élite politique flirte
ouvertement avec les symboles et groupes néonazis, qui suspend les élections
aussi facilement que l’on annule ici un conseil municipal, qui a interdit
l’opposition et emprisonné ses membres, mais qui, miracle, est présenté comme
l’incarnation même de la démocratie. Quelle ironie ! Chez nous, nous préférons
laisser brûler les forêts plutôt qu’accepter l’aide d’un hélicoptère russe,
mais à l’étranger, nous embrassons sans vergogne un régime qui ne respecte même
pas les critères démocratiques les plus élémentaires.
En conclusion, il semble que la nouvelle devise nationale
soit :
« Mieux carbonisés que cohérents. » Et si quelqu’un
en doute, qu’il regarde les cendres.
Traduction Bernard Tornare
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