Nous n’oublierons pas
Par Andrea Zhok
À ce stade, Israël avance à un rythme rapide pour
détruire complètement Gaza ; la mascarade selon laquelle « nous avions des
informations selon lesquelles il y avait des terroristes là-bas » n’est même
plus mentionnée.
Le ministre Smotrich parle calmement de futures et
lucratives opérations immobilières le long du front de mer ; les dépenses
colossales engagées par Israël pour le réaménagement urbain, et la censure
préventive exercée sur les journaux et réseaux sociaux occidentaux, ont réussi
à retarder, mais finalement pas à empêcher, que l’ONU qualifie les actions
d’Israël de génocidaires.
Il existe encore bon nombre de propagandistes européens
payés, ainsi que de nombreux résidus handicapés mentaux qui persistent à
répéter en boucle, tels des perroquets décérébrés : « La seule démocratie du
Moyen-Orient, l’armée la plus morale du monde, et le 7 octobre antisémite ! ».
Pourtant, le poids de l’opinion publique mondiale, et même occidentale, a nettement
changé.
Israël incarne parfaitement – il serait même probablement
juste de dire : de la manière la plus complète de l’histoire – l’idée qu’il
n’existe que la morale de la force, que seule la force crée et justifie le
droit, qu’on peut tout dire et tout faire, pourvu qu’on soit plus intimidant,
plus létal, plus violent et plus dépourvu de scrupules que les autres.
L’expression « État voyou » ou « État hors-la-loi » apparaît
pour la première fois dans des documents américains en 1994, lorsque le
conseiller à la sécurité nationale de Clinton, Anthony Lake, désigne cinq
nations comme « États voyous » : la Corée du Nord, Cuba, l’Iran, la Libye et
l’Irak. La définition d’un « État voyou » : un État qui, par ses violations des
normes internationales, représente une menace persistante pour la paix
mondiale.
Or, un fait s’impose : parmi les cinq pays initialement
qualifiés de « voyous », un seul, l’Irak de Saddam Hussein, a mené une guerre
contre un voisin en violation du droit international (contre l’Iran en 1980 et
le Koweït en 1990). Aucun des quatre autres prétendus « dangers pour la paix
mondiale » n’a attaqué d’autres États.
Cependant, tant Israël que les États-Unis ont mené une
multitude de guerres hors de leurs frontières, en violation totale du droit
international, sans l’approbation de l’ONU.
Pour les États-Unis seulement, depuis la Seconde Guerre
mondiale, rappelons : la guerre de Corée (1950-1953), la guerre du Vietnam
(1955-1975), l’invasion de la Grenade (1983), l’invasion du Panama (1989-1990),
l’invasion de l’Afghanistan (2001-2021), la deuxième guerre du Golfe contre
l’Irak (2003-2011), le bombardement de la Syrie (2014) et la guerre en Libye
(2011). Quant à Israël, depuis 1948-49, mis à part la défaite lors de la guerre
du Yom Kippour, dans tous les autres cas, il a toujours agi dans une logique
d’agression préventive, de la guerre des Six Jours à l’Opération Paix pour la
Galilée, en passant par les récentes agressions contre le Liban ou contre
l’Iran.
D’ailleurs, ces derniers jours, l’armée américaine s’est
vantée d’avoir intercepté une « embarcation suspecte » venant du Venezuela pour
la troisième fois. En substance, alors que tous les rapports internationaux
affirment que le Venezuela est un acteur tout à fait marginal dans le trafic de
drogues international, les États-Unis ont décidé de déployer leur flotte, leurs
marines et leur aviation devant les côtes vénézuéliennes sous prétexte de
réprimer le trafic de drogue (comme si, dans l’histoire, des porte-avions n'avaient jamais pu interrompre un commerce par essence décentralisé et diffus
comme le trafic de drogue).
Tout le monde sait que cet argument est risible, et que le
véritable objectif est de provoquer une insurrection contre l’actuel
gouvernement démocratique vénézuélien pour le renverser. Tout le monde sait
également qu’attaquer des « embarcations suspectes » en eaux internationales –
embarcations transportant probablement des civils innocents – constitue
simplement un crime de guerre, une grave violation du droit international.
Les exemples pourraient se multiplier à l’infini.
L’idée de base est simple. Aujourd’hui, il existe deux États
qui, selon la définition en vigueur, sont des « États voyous », deux États qui
agissent de connivence sur la scène internationale, deux États qui représentent
une menace permanente pour la paix et la sécurité mondiales, deux États qui
tiennent des régions entières du monde sous captivité militaire et économique,
et qui ne cherchent même plus à camoufler leur domination derrière autre chose
que l’exercice d’une violence et d’un chantage sans frein ni scrupule. Ces deux
États – les États-Unis et Israël – ne peuvent être défiés militairement par
quasiment personne ; ils disposent d’une puissance militaire et financière
colossale et seuls quelques États dans le monde peuvent encore échapper à
leurs intimidations.
Dans ce contexte, l’Union européenne apparaît comme le
serviteur visqueux proverbial du despote dans les films, ces valets qui, malgré
leurs courbettes obséquieuses, finissent même par ennuyer l’autocrate et
terminent livrés aux crocodiles.
Aujourd’hui, par conséquent, une seule forme de résistance
est possible, une forme aussi ardue qu’héroïque, mais différente de celles du
passé. Ceux qui pratiquent le mal, la violence et le chantage actuels, ceux qui
chaque jour pulvérisent des civils, enfants ou vieillards, puis ricanent à
demi, ensuite mentent effrontément, volent et crient « Au voleur ! », incendient
et hurlent « Au feu ! », exterminent et se proclament victimes ; ceux-là ne
croient plus vraiment pouvoir modifier le jugement du monde.
Ce sur quoi ils comptent pour échapper au jugement de
l’histoire – une sentence qui, lorsqu’elle tombe, se paie avec intérêts – ce
n’est pas vraiment de convaincre les autres qu’ils ont raison. Ce sur quoi ils
misent, en réalité, c’est sur la prescription qui revient avec l’oubli. Voilà
leur carte maîtresse, celle sur laquelle ils misent tout. Dans le monde
moderne, l’oubli est l’arme ultime dont le mal peut se doter. Toute obscénité,
pensent-ils, s’effacera des esprits avec quelques opérations psychologiques,
quelques distractions massives, un scandale criminel ou deux, quelques séries
Netflix, etc.
Et c’est pour cela qu’aujourd’hui la vraie, la première et
l’essentielle résistance, c’est la mémoire ; une mémoire qui, pour rester
vivante, doit être sans cesse réélaborée et rester indissociable de l’exigence
d’une justice implacable. La résistance réelle, principale, essentielle, c’est
le souvenir de ce qui se passe. Ceux qui ne peuvent pas vaincre le mal
aujourd’hui, ne doivent pas l’oublier demain.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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