Les trois blocs du XXIe siècle
Par Mauricio Herrera Kahn
Au milieu du vacarme des armes et du murmure des marchés,
trois blocs marquent la boussole de ce siècle : l’OTAN et sa puissance
militaire, l’OCS et son engagement en faveur de la sécurité asiatique, et les
BRICS et leur défi économique à l’ordre établi. Le destin du monde se joue
entre eux.
Le XXIe siècle ne peut être compris sans trois acteurs
collectifs qui réorganisent la géopolitique. L’OTAN, héritière de la Guerre
froide, continue de déployer ses bases et ses missiles comme si la planète
était un échiquier. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), fondée en
2001, construit discrètement un axe asiatique réunissant la Chine, la Russie,
l’Inde, le Pakistan et l’Iran – quatre puissances nucléaires – sous une même
égide. Et les BRICS, qui n’étaient au départ qu’un acronyme économique, rassemblent
aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale et appellent à un monde
multipolaire.
Ces trois blocs ne sont pas égaux et ne poursuivent pas les
mêmes objectifs, mais ils se croisent à chaque frontière, dans les accords
commerciaux, les négociations énergétiques et dans chaque guerre qui éclate.
Les comprendre, c’est comprendre la direction que prend le monde.
L’OTAN, le bras armé de l’Occident
L’OTAN est née en 1949 de la peur de l’Union soviétique,
mais soixante-quinze ans plus tard, elle conserve le même réflexe de considérer
la Russie comme un ennemi. Elle regroupe trente-deux pays, avec les États-Unis
à sa tête, dépense plus de mille milliards (1000 000 000 000) de dollars par an
pour la défense et représente plus de cinquante-cinq pour cent des dépenses
militaires mondiales.
L’OTAN ne se contente pas de défendre ses frontières : elle
est intervenue en Yougoslavie, a occupé l’Afghanistan pendant deux décennies, a
bombardé la Libye et mène aujourd’hui la guerre en Ukraine. Ses bases
s’étendent à travers l’Europe, la Turquie, la Méditerranée et se rapprochent de
plus en plus de l’Asie. Son langage est celui des armes ; sa légitimité est
présentée comme une défense de la démocratie, alors qu’en réalité elle protège
les intérêts stratégiques de Washington et de Bruxelles.
L’OCS, la sécurité asiatique sous les projecteurs
En 2001, à Shanghai, six pays ont décidé de créer
l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Chine et la Russie ont
ouvert la voie, aux côtés du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de
l’Ouzbékistan. Ils ont ainsi bâti un espace de confiance mutuelle. Son objectif
initial était de lutter contre le terrorisme et le séparatisme, mais en
quelques années, il s’est étendu au commerce, à l’énergie et aux transports.
Aujourd’hui, elle comprend également l’Inde, le Pakistan et
l’Iran. L’OCS représente 40 % de la population mondiale et 30 % du PIB mondial.
Elle dispose d’abondantes ressources en gaz, pétrole, uranium et minéraux
stratégiques. Il ne s’agit pas d’une alliance militaire obligatoire comme
l’OTAN, mais plutôt d’un réseau coopératif qui réduit l’influence des
États-Unis en Asie.
L’OCS ne fait pas grand bruit dans les médias, mais
construit des corridors ferroviaires, des projets énergétiques et des accords
qui façonnent un bloc eurasiatique sans précédent. Contrairement à la
rhétorique des sanctions, elle propose l’intégration ; contrairement au
déploiement de troupes, elle propose une sécurité partagée.
Les BRICS, la puissance économique du Sud
En 2009, les BRICS n’étaient qu’un acronyme économique
inventé par une banque d’investissement ; aujourd’hui, c’est bien plus que
cela. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud formaient le
bloc. En 2024, il s’ajoutera à l’Arabie saoudite, à l’Iran, à l’Égypte, à
l’Éthiopie et aux Émirats arabes unis.
Les BRICS ont déjà dépassé le G7 en termes de PIB mesuré en
parité de pouvoir d’achat et contrôlent plus de 40 % de la production mondiale
de pétrole. Ils ont créé la Nouvelle Banque de Développement basée à Shanghai
et envisagent de réduire leur dépendance au dollar dans les échanges
internationaux.
Contrairement à l’OTAN, ils ne disposent pas de missiles à
exhiber et, contrairement à l’OCS, ils ne recherchent pas d’architecture de
sécurité. Ils se concentrent sur les questions économiques et financières,
s’appuyant sur la force du nombre et le poids démographique de plus de quatre
milliards d’habitants.
Trois visions concurrentes
Les trois blocs représentent des modèles distincts : l’OTAN
représente la sécurité en tant que domination militaire, l’OCS représente la
sécurité en tant que stabilité régionale et les BRICS représentent la sécurité
en tant que justice économique.
Le contraste est évident. L’OTAN justifie les guerres sous
couvert de démocratie, l’OCS cherche à protéger les frontières et à ouvrir les
voies énergétiques en Asie, et les BRICS remettent en cause l’ordre économique
imposé par l’Occident et réclament un système plus équilibré.
Les peuples, pas les gouvernements
Derrière ces alliances se cachent non seulement des
gouvernements, mais aussi des personnes qui en subissent les conséquences.
Chaque bombe de l’OTAN sur la Libye a provoqué le déplacement de milliers de
personnes, chaque sanction économique imposée à la Russie ou à l’Iran a des
répercussions sur des millions de citoyens, chaque mégaprojet énergétique en
Asie remodèle des territoires et déplace des communautés. Ces blocs prennent
des décisions qui affectent des personnes spécifiques, des femmes et des hommes
qui travaillent, migrent et cherchent à survivre dans un jeu qu’ils n’ont pas
choisi.
L’avenir multipolaire
La planète ne tourne plus uniquement autour de Washington ou
de Bruxelles. L’essor de la Chine, de l’Inde et de la Russie, ainsi que
l’influence énergétique de l’Iran et de l’Arabie saoudite, bouleversent
l’équilibre. Les BRICS et l’OCS expriment un Sud qui exige sa propre voix,
tandis que l’OTAN, de son côté, insiste pour utiliser le feu des canons.
L’avenir multipolaire n’est pas assuré ; il pourrait être
plus juste ou bien reproduire d’anciennes hégémonies sous de nouveaux noms.
Mais le fait est que l’ordre unipolaire de l’après-Guerre froide n’existe plus.
Le monde est divisé en trois voies : l’une dominée par les armes, une autre
soutenue par la coopération régionale, et une troisième fondée sur l’économie
du Sud. Le défi de l’humanité n’est pas de choisir quel bloc l’emportera ; il
est de se rappeler qu’aucun bloc ne vaut plus que la vie d’un peuple.
La transformation doit être envisagée de manière critique,
sans applaudir ceux qui bombardent, sans se taire face à ceux qui pillent. Car
entre l’OTAN, l’OCS et les BRICS, la seule chose qui ne peut être perdue, c’est
la dignité des peuples.
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