Une militante panafricaine suisse dans le viseur de l’Union européenne

Par Bernard Tornare

Nathalie Yamb, militante anticolonialiste et panafricaine, est devenue en 2025 la première citoyenne suisse sanctionnée par l’Union européenne pour ses prises de position politiques, soulevant de graves questions sur la liberté d’expression et l’État de droit en Europe. Cette affaire illustre un glissement préoccupant de l’outil des sanctions, détourné de sa cible initiale – les acteurs étrangers – vers des voix dissidentes issues de l’espace démocratique occidental luimême.

Une figure majeure du panafricanisme

Nathalie Yamb possède la double nationalité suisse et camerounaise et réside en Suisse, dont elle détient le passeport. Militante anticolonialiste de premier plan, elle s’est fait connaître par une critique frontale de la présence néocoloniale occidentale, en particulier française, sur le continent africain.

​Son engagement repose sur un plaidoyer en faveur de la souveraineté, de la liberté d’expression et de la responsabilité démocratique, contestant ouvertement les ingérences étrangères et le pouvoir des États qui les rendent possibles.

Des sanctions sans condamnation judiciaire

En juin 2025, l’Union européenne adopte des sanctions individuelles à l’encontre de Nathalie Yamb, l’accusant de relayer des discours alignés sur les intérêts russes et de participer à ce qu’elle qualifie de « manipulation et d’ingérence de l’information étrangère ». Ces mesures ne reposent ni sur un jugement ni sur une condamnation pénale, mais sur une décision de nature exécutive, fondée pour l’essentiel sur ses prises de parole, ses reportages et ses déplacements.

​En ciblant une citoyenne suisse sur la base de son expression politique, l’UE franchit une étape qui brouille la frontière entre lutte contre l’ingérence étrangère et répression de la dissidence interne.

Une mobilité et des droits bancaires neutralisés

Bien que la Suisse ne fasse pas partie de l’UE, les banques suisses ont choisi d’appliquer de facto les sanctions européennes, gelant les comptes de Nathalie Yamb sur le territoire helvétique. Parallèlement, elle se voit interdire l’entrée et le transit sur le territoire de l’UE, y compris son espace aérien, ce qui revient à restreindre drastiquement ses possibilités de déplacement.

​Concrètement, sa marge de manœuvre est quasi inexistante : à l’étranger, elle peut se retrouver dans l’impossibilité de regagner la Suisse ; depuis la Suisse, elle ne peut quitter le pays sans recourir à des routes soumises au contrôle direct ou indirect de l’Union.

Un précédent dangereux pour la démocratie européenne

De nombreuses voix qualifient ces mesures de draconiennes, juridiquement fragiles et emblématiques d’un abus de pouvoir de l’exécutif européen. La dissidence politique d’une citoyenne occidentale y est frappée sans preuve rendue pleinement transparente, sans procédure régulière et sans véritable contrôle judiciaire.

​L’affaire Yamb ouvre ainsi un précédent inquiétant : les dispositifs de sanctions, initialement présentés comme des instruments exceptionnels contre des acteurs étrangers menaçant la sécurité, se muent en outils de marginalisation, voire de mise au silence des voix critiques au cœur même de l’espace démocratique européen. 

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