Développement humain et guerre de classe

Par Stephen Sefton

La crise de 2008 et le renforcement du néolibéralisme

La crise financière internationale de 2008-2009 a intensifié des tendances déjà naissantes, aujourd’hui pleinement visibles tant au niveau national dans les pays occidentaux qu’à l’échelle internationale, avec la formation d’un nouvel ordre mondial.

Pour résoudre à court terme cette crise extrême, les élites dirigeantes occidentales ont sauvé leurs secteurs financiers délinquants et, de la manière la plus ouvertement fasciste, ont transféré les colossaux coûts du sauvetage sur leurs propres populations.

Parallèlement à cette répression économique intérieure, ces élites ont durci leur politique étrangère agressive habituelle, espérant freiner le délitement de leur contrôle néocolonial sur le reste du monde.

Une guerre de classe à double échelle

Aujourd’hui, face à leur défaite politico-militaire en Ukraine face à la Russie et à leur impuissance devant la puissance économique dynamique de la Chine, entre autres facteurs, les élites occidentales intensifient encore une implacable guerre de classe — à la fois interne, contre leurs propres peuples, et externe, contre les gouvernements du « monde majoritaire » qui défendent le développement humain souverain de leurs nations.

En Amérique du Nord comme en Europe, les revenus de la grande majorité des familles ont décroché par rapport à la hausse des prix, notamment du logement, du transport et de l’alimentation.

Appauvrissement généralisé en Occident

Les familles nord-américaines doivent payer des sommes exorbitantes pour accéder à une couverture médicale adéquate. En Europe, ménages et entreprises voient leurs coûts énergétiques exploser — jusqu’à 60% d’augmentation selon certaines estimations — à cause de la décision politique de renoncer à l’énergie russe, bon marché et fiable.

Un dilemme fréquent frappe les familles avec de jeunes enfants : il faut deux salaires pour couvrir les dépenses essentielles, tandis que le coût de la garde augmente sans cesse, conséquence du manque d’investissement public dans le soin et le développement de l’enfance. Résultat : les familles ne peuvent pas épargner et, souvent, s’endettent pour maintenir un niveau de vie basique.

Aux États-Unis, le pouvoir d’achat moyen a chuté de près de 40% en quinze ans — une situation comparable en Europe. Depuis 2005 par exemple, les ménages britanniques ont subi la même perte de 40% de pouvoir d’achat. Dans l’Union européenne, si les salaires réels ont augmenté de 29% au cours de la dernière décennie, les dépenses familiales ont, elles, grimpé de plus de 60% dans des pays comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, la Pologne ou l’Irlande. Cet appauvrissement croissant s’accompagne d’une montée en flèche de la censure et de la répression de la protestation sociale.

Une démocratie de façade

Ce vaste assaut fasciste vise les aspirations et besoins des majorités nord-américaines et européennes, dissimulé sous le vernis d’une démocratie électorale mensongère qui n’offre aucune véritable alternative au pouvoir des élites.

Cette guerre de classe interne trouve son reflet à l’échelle internationale : elle se manifeste par des formes variées d’agression des puissances occidentales contre les gouvernements promouvant un développement humain souverain. Les moyens employés sont connus : sanctions unilatérales, tentatives de coup d’État, interférences électorales, guerres juridiques (« lawfare »), manœuvres militaires, instrumentalisation du FMI, et guerre psychologique incessante via médias, universités, ONG et réseaux sociaux.

L’Amérique latine, un terrain d’expérimentation

L’Amérique latine et les Caraïbes ont longtemps servi de laboratoire à l’agression états-unienne contre les gouvernements soucieux du développement de leur peuple.

Des renversements ont été orchestrés contre des gouvernements progressistes en Haïti (2004), au Honduras (2009), au Paraguay (2012), au Brésil (2016), en Bolivie (2019) et au Pérou (2022). En Argentine, au Chili, en Équateur et en Uruguay, Washington a obtenu des résultats électoraux favorables grâce à la faiblesse des forces progressistes et aux manipulations électorales habituelles.

Aujourd’hui, le Honduras subit à nouveau une tentative de coup d’État électoral, avec un dépouillement encore plus contesté qu’en 2017. Les irrégularités rappellent le décompte frauduleux qui a offert la victoire à Daniel Noboa en Équateur cette année.

Pendant que l’on attend un verdict crédible au Honduras — ou une annulation pour recomptage —, le Venezuela fait face à une nouvelle menace militaire, issue de l’énorme dispositif états-unien rassemblé dans les Caraïbes.

L’intérêt des élites contre la souveraineté des peuples

Le schéma de l’intervention états-unienne dans la région répond à une logique de guerre de classe menée par Washington et ses alliés oligarchiques locaux. Ces élites refusent toute redistribution équitable de la richesse, car la démocratisation économique réduirait leur contrôle néocolonial et leurs capacités d’extraction.

C’est cette même dynamique révolutionnaire et égalitaire qui a valé au peuple cubain plus de soixante ans de blocus criminel et aux Vénézuéliens vingt ans d’agressions continues visant un changement de régime.

L’échec du coup d’État de 2018 contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua illustre encore une fois cette guerre de classe dont l’objectif est de détruire un projet de développement humain révolutionnaire.

Les gouvernements progressistes élus au Brésil, en Colombie, au Honduras et au Mexique font face à des menaces similaires pour avoir placé les besoins humains souverains au-dessus de l’enrichissement des élites locales et étrangères.

La récente Stratégie de Sécurité nationale publiée à Washington confirme la volonté de renforcer l’ingérence afin de freiner le développement indépendant des peuples de la région.

Une guerre mondiale de classe

L’intervention états-unienne en Amérique latine et dans les Caraïbes illustre la connexion entre guerre de classe interne et guerre de classe internationale.

Cette offensive prend un caractère plus urgent pour les élites américaines, à la lumière de la visite du président Vladimir Poutine en Inde et des multiples accords technologiques, commerciaux et énergétiques conclus avec le gouvernement Modi.

Malgré la rhétorique d’un recentrage sur le « continent américain », Washington ne veut pas se retirer des autres régions, mais plutôt affiner ses méthodes d’ingérence.

Or, cette visite souligne la perte d’influence américaine par rapport à la Chine, à l’Inde et à la Russie.

Un monde en mutation

Les gouvernements du « monde majoritaire » constatent clairement le contraste entre, d’un côté, les relations de respect et de bénéfice mutuel proposées par la Chine, la Russie et l’Inde, et, de l’autre, l’attitude ouvertement néocoloniale des élites occidentales.

Comme l’a souligné le président Nicolás Maduro, la menace américaine contre le Venezuela équivaut à « une attaque contre toute l’Amérique latine et les Caraïbes » — affirmation confirmée par la nouvelle Stratégie de Sécurité nationale du gouvernement criminel de Donald Trump et de ses sinistres complices.

Ce document trace une feuille de route délirante qui vise à refuser à tout pays de la région son droit légitime au développement humain souverain, notamment s’il reçoit le soutien de partenaires stratégiques tels que la Russie ou la Chine.

Le retour de la Doctrine Monroe

Cette stratégie propose ouvertement de restaurer la Doctrine Monroe, cette fois assortie d’un Corollaire Trump mégalomaniaque :

« Après des années de négligence, les États-Unis réaffirmeront et feront appliquer la Doctrine Monroe pour restaurer la prééminence américaine dans l’Hémisphère occidental, protéger notre patrie et notre accès à des zones stratégiques de la région. Nous refuserons à toute puissance extra-hémisphérique la capacité de stationner des forces menaçantes ou de contrôler des actifs stratégiques dans notre hémisphère. »

Une fuite en avant dangereuse

Ainsi, lorsque les élites nord-américaines échouent à imposer leur volonté par les canaux électoraux ou par la guerre de classe locale — comme on l’a vu cette année en Équateur, en Bolivie et peut-être au Honduras —, elles recourent à l’agression militaire, comme elles le menacent au Venezuela.

Cette fuite en avant révèle une angoisse existentielle : elles cherchent à gérer leur propre crise économique et la guerre sociale intérieure tout en affrontant un tournant géopolitique décisif.

Mais elles ne parviendront pas à vaincre la résistance des peuples souverains d’Amérique latine et des Caraïbes, engagés désormais dans la construction irréversible d’un ordre mondial fondé sur le développement humain et la paix entre les peuples.

Traduction de Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial. 

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