La stratégie de sécurité de Trump, une intention résolument fasciste
La T47NSS incite Washington à abandonner toute prétention égalitariste et multipolaire pour se consacrer sans vergogne aux seuls profits financiers dans ses relations avec les autres nations.
Par Paul Street
Le jeudi 4 décembre, la Maison Blanche a publié une nouvelle
stratégie de sécurité nationale, un document qui expose les intentions du
régime Trump en matière d’ordre mondial, sous le slogan “America First”.
Parmi les nombreux aspects notables de la nouvelle stratégie
de sécurité nationale des États-Unis (T47NSS) du régime Trump, dont on n’entend
pas beaucoup parler dans les médias et les commentaires grand public, on peut
d’abord retenir qu’il s’agit d’un document résolument fasciste.
Reprenant la “théorie du grand remplacement” raciste
d’extrême droite et la notion de “génocide blanc” rampant, la T47NSS affirme
que l’Europe est confrontée à un “effacement civilisationnel” en raison de
politiques d’immigration laxistes. Elle engage les États-Unis à “promouvoir la
grandeur européenne” en s’alignant sur les “partis patriotiques européens”
désireux de maintenir la majorité blanche dans leurs nations.
C’est en quelque sorte un appel aux États-Unis à promouvoir
des partis nationalistes racistes et xénophobes, néofascistes et partisans du
sang et du sol, comme l’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, Vox en
Espagne, Austrian Freedom Party en Autriche, The Netherlands Party for Freedom
aux Pays-Bas, le Swedish Democrats, le Danish People’s Party, la Lega en
Italie, le Rassemblement national en France, etc.
La T47NSS appelle les États-Unis à “resserrer les liens”
avec “les nations saines d’Europe orientale, centrale et méridionale”,
c’est-à-dire les nations où les partis autoritaires, racistes, nativistes et
patriarcaux détiennent le pouvoir.
Non content de ne promouvoir que deux des trois grands
piliers du fascisme – la suprématie blanche et le nationalisme xénophobe –, le
document en appelle avec force au troisième, le patriarcat militant, en
déclarant que le régime Trump veut créer un nouvel “âge d’or” américain qui “ne
peut s’accomplir sans un nombre croissant de familles traditionnelles fortes”.
Il s’agit là d’un langage codé à peine voilé pour désigner le recul des droits
des femmes, des homosexuels et des transgenres aux États-Unis — curieuse
revendication dans un document de politique étrangère.
Contrairement au mythe, le fascisme est impérialiste, et non
isolationniste. L’appel très médiatisé de la T47NSS à se retirer de la
prétendue promotion de la démocratie et de la liberté par les États-Unis en
Russie, au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique latine n’est en
aucun cas un argument en faveur d’un retrait mondial des États-Unis. Cet appel
encourage les États-Unis à abandonner toute prétention d’égalitarisme et de
quelque concept multipolaire pour se consacrer sans vergogne aux seuls profits
financiers dans leurs relations avec les autres nations.
La T47NSS adopte une approche ouvertement impérialiste à
l’égard de l’Amérique latine. Il appelle les États-Unis à “appliquer la
doctrine Monroe pour restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère
occidental”, à “protéger... notre accès aux zones géographiques clés de la
région”, à restreindre l’immigration latino-américaine, à empêcher les
entreprises non américaines de décrocher des contrats en Amérique latine et à
“rallier” les gouvernements pro-américains et pro-business de la région à la
cause de la domination américaine.
La lecture de ce document est d’autant plus inquiétante que
les États-Unis procèdent à des exécutions extrajudiciaires de sang-froid de
Vénézuéliens et de Colombiens dans la Caraïbe, et se préparent à une
intervention militaire potentiellement imminente au Venezuela pour imposer un
changement de régime.
Épilogue
❖ L’appel de la T47NSS en faveur
d’un renforcement de la présence militaire américaine dans l’hémisphère
occidental, au détriment de “théâtres d’opérations plus lointains dont
l’importance relative pour la sécurité nationale américaine diminue” suggère que
les crimes de guerre et l’inquiétante concentration militaire dans la Caraïbe
du régime fasciste de Trump vont se poursuivre et même s’intensifier. Ce
document, est perçu à juste titre comme une menace par les Latino-Américains,
et plus particulièrement par les populations du Venezuela et de Colombie.
❖ Ce document me conforte dans
ma vision d’un texte impérialiste non “isolationniste” : la T47NSS appelle les
États-Unis à maintenir leur “supériorité militaire” sur la Chine afin de
dissuader tout conflit autour de Taïwan. Il ne s’agit donc nullement d’un appel
au retrait de la présence militaire massive dans la région asiatique.
❖ La T47NSS 2025 véhicule le
culte fasciste de la personnalité en faisant l’éloge de Trump et de sa vision
prétendument supérieure, censée apporter un “changement de cap” éloignant les
États-Unis de ce que Trump qualifie (dans une lettre d’accompagnement au début
du document) des “désastres et catastrophes” liés à la “vulnérabilité” imposée
par “l’extrémisme” de “l’idéologie radicale du genre” et “la folie woke”.
❖ Quant à la lettre accompagnant
le document, Trump fait — sans doute involontairement — preuve d’un humour
douteux en affirmant que “l’Amérique renoue avec sa puissance et son prestige,
contribuant à rétablir la paix aux quatre coins du monde”, alors que son régime
a exécuté plus de 80 pêcheurs et autres civils dans la Caraïbe et le Pacifique
oriental ces trois derniers mois, et que le Pentagone mobilise des moyens
militaires considérables en vue d’une probable attaque criminelle contre le
Venezuela. Les États-Unis seront sans doute plus méprisés que jamais dans le
monde “grâce” à Trump 47.
Traduction Spirit of Free Speech
Commentaires
Enregistrer un commentaire