Ah, la bonne vieille propagande de guerre

La confusion la plus répandue au sujet de la « presse libre » du monde occidental, c’est de croire qu’elle existe.

Par Caitlin Johnstone

Alors qu’une nouvelle tombe : Trump vient d’adresser un ultimatum à Maduro, lui ordonnant de quitter le Venezuela immédiatement s’il veut sauver sa peau, le Wall Street Journal, propriété de Murdoch, publie un article de propagande de guerre d’une audace hallucinante intitulé : « Comment les gangs vénézuéliens et les djihadistes africains inondent l’Europe de cocaïne ».

« Le Venezuela est devenu une importante base de lancement pour d’énormes volumes de cocaïne expédiés vers l’Afrique de l’Ouest, où des djihadistes aident à les faire parvenir en Europe en quantités record », commence l’article, en prenant soin de souligner que « la campagne de pression de l’administration Trump contre le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro – que Washington accuse d’être profondément impliqué dans le trafic de drogue – a attiré l’attention mondiale sur le rôle du pays dans ce commerce. »

Le texte vise manifestement autant les Européens que les Américains, reprenant la saillie du secrétaire d’État Marco Rubio le mois dernier, selon laquelle les Européens « devraient nous remercier » de faire sauter les prétendus bateaux de narcotrafiquants venus du Venezuela, car, dit-il, certaines de ces drogues finissent par arriver en Europe.

Tout y est : susciter le soutien international à une guerre de changement de régime ; agiter la peur des « djihadistes » ; présenter le dictateur maléfique et menaçant ; l’ensemble complet de la propagande de guerre.

Les grands médias agissent toujours ainsi dès que l’empire américain se met à saliver pour une guerre. Et la presse de Murdoch est sans conteste la plus outrancière dans ses excès.

Cela rappelle un ancien tweet d’un homme nommé Malcolm Price :

« Je me souviens qu’à l’approche de la guerre en Irak, un ami de toujours me dit soudain : “Nous devons faire quelque chose contre ce monstre en Irak.” Je lui demande : “Depuis quand tu penses ça ?” Il me répond honnêtement : “Depuis un mois.” »

Cet ami de Price avait été happé par la campagne impériale de propagande de guerre qui venait tout juste de commencer, comme des millions d’autres. Mois après mois, la conscience occidentale a été martelée par de faux récits sur les armes de destruction massive, par des liens fallacieux entre Saddam Hussein et le 11 septembre, et par des histoires sur la vie merveilleuse qui attendait les Irakiens une fois le tyran éliminé.

Dans des circonstances normales, il ne serait jamais venu à l’esprit du citoyen occidental moyen qu’un pays à l’autre bout du monde devait être envahi et son dirigeant remplacé par un régime fantoche. Ce n’est pas une idée qui surgit spontanément ; elle doit être implantée.

Et c’est ce qui a été fait.

La confusion la plus répandue au sujet de la « presse libre » du monde occidental, c’est qu’elle existerait. En réalité, les plus influents et puissants organes de presse de l’Ouest ne sont pas là pour rapporter fidèlement les faits d’actualité, mais pour fabriquer le consentement autour des agendas déjà établis de l’empire occidental centré sur les États-Unis.

Ces médias publient bien des faits véridiques, certes ; et quand on développe une certaine alphabétisation médiatique, on peut apprendre à en extraire des informations utiles sans perdre la tête face à la machine de manipulation. Mais rapporter la vérité n’est pas leur raison d’être. Leur but est de manipuler la psychologie collective pour servir les intérêts de l’empire auquel ils appartiennent.

Il ne s’agit pas d’un complot dirigé par un « Ministère de la Vérité » centralisé où des ingénieurs sociaux sinistres conspireraient dans l’ombre. Cela fonctionne ainsi : toutes les grandes institutions médiatiques appartiennent soit à des ploutocrates, soit à des gouvernements occidentaux à travers des diffuseurs publics comme la BBC ; dans les deux cas, elles ont un intérêt direct à maintenir le statu quo impérial.

Ces propriétaires nomment les dirigeants et rédacteurs en chef, qui, à leur tour, façonnent les processus de recrutement et d’édition du média. Les journalistes comprennent vite quelles lignes ils ne doivent pas franchir s’ils veulent continuer à publier et à faire carrière. Alors, ils apprennent à se conformer à la ligne du pouvoir ou disparaissent du paysage médiatique de masse.

Si les gens comprenaient clairement tout ce qui se passe réellement dans le monde, ils démantèleraient l’empire brique par brique.

S’ils voyaient la somme d’atrocités commises en leur nom, et s’ils prenaient la mesure de la richesse que les ploutocrates tirent du statu quo impérial, comparée aux miettes qu’ils en retirent eux-mêmes, une révolution éclaterait aussitôt.

C’est pourquoi les oligarques et les gestionnaires de l’empire verrouillent le contrôle du récit à travers la propriété des médias, les groupes de réflexion, la manipulation algorithmique de la Silicon Valley, les opérations d’information impériales comme Wikipédia, et, désormais, par des chatbots d’IA détenus par des milliardaires, afin que cela n’arrive jamais.

L’empire tout entier repose sur un fondement de mensonges. Toute la structure du pouvoir se maintient grâce à une manipulation incessante de la manière dont les Occidentaux pensent, parlent, consomment, travaillent et votent. Si la vérité parvenait à se frayer un chemin, tout l’édifice s’effondrerait.

Nous savons que c’est vrai parce que les oligarques et les gestionnaires de l’empire dépensent des sommes colossales et une énergie folle à manipuler les esprits. Ils ne le font pas pour le plaisir : ils le font parce qu’ils en ont besoin. S’ils n’en avaient pas besoin, ils ne le feraient pas.

Ce qu’ils font est profondément inquiétant et destructeur, certes, mais cela peut aussi nous redonner du pouvoir, car cela révèle où se trouve leur point faible : ils consacrent toute cette énergie au contrôle du récit dominant, précisément parce que c’est la faille du système impérial.

Ce dont nous avons besoin, dès lors, c’est d’un mouvement populaire pour aider la vérité à se faire entendre. Aider les gens à comprendre qu’ils ont été abreuvés de propagande et trompés par les médias occidentaux et leurs systèmes éducatifs au service du pouvoir, chaque jour de leur vie ; car la propagande ne fonctionne que si l’on ne sait pas qu’elle agit sur nous.

Il faut semer la méfiance envers les médias impériaux et les institutions, ouvrir les yeux des gens sur les mensonges dont ils sont victimes, et leur apprendre à discerner la vérité.

Partout où l’empire sème le mensonge et la distorsion — que ce soit au Venezuela, à Gaza, ou ailleurs — il faut en faire une occasion d’aider davantage de personnes à se « débrancher » de la matrice de propagande.

Un monde meilleur est possible.

La première étape pour y parvenir consiste à réveiller les consciences du coma propagandiste qui les pousse à accepter ce cauchemar dystopique comme une normalité.

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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