La fin de l’empire occidental : entre émancipation mondiale et restauration autoritaire

L’année 2025 s’achève sur un panorama mondial dévasté. Le génocide à Gaza, le réarmement de la triade coloniale États-Unis – Europe – Japon, les sanctions économiques généralisées, l’explosion des inégalités, les nouvelles menaces de guerre néocoloniale au Venezuela ou en Afrique…

Par Tito, rédacteur de la revue Investig’Action

Sous la propagande « humanitaire » se dissimule un système de rentes épuisées qui cherche à préserver ses privilèges. Financières, médiatiques, militaires et technologiques, ces rentes constituent la colonne vertébrale d’un ordre mondial fondé sur la prédation.

Mais cette architecture vacille. La domination occidentale s’érode, tandis que le Sud global s’émancipe.

La triade coloniale ne produit plus : elle punit

Pendant des décennies, les États-Unis, l’Europe et le Japon ont contrôlé le commerce mondial, les matières premières et les flux de capitaux. Mais la machine se désagrège.

L’Union européenne, qui exportait plus de 20% de la production mondiale au début des années 1990, n’en représente plus que 15%. Les États-Unis sont tombés à 11%. Quant au Japon, passé de 10% dans les années 1980 à 3% aujourd’hui, il illustre le déclin industriel d’un modèle arrivé à bout de souffle.

Face à ce revers historique, la Triade coloniale se raidit. Elle militarise son économie, verrouille ses médias et multiplie sanctions et interventions armées au nom des « normes internationales » et de la démocratie.

L’automobile, miroir d’un changement global

S’il fallait un symbole du déclin industriel occidental, ce serait sans doute l’automobile. La Triade coloniale en avait fait l’étendard de la modernité ; aujourd’hui, la Chine lui arrache le volant.

En 2023, Pékin a produit 35 % des véhicules mondiaux (avec une croissance annuelle de 15 %), contre un peu plus de 40 % pour la Triade coloniale.

Surtout, cette nouvelle suprématie chinoise est qualitative et avance à grande vitesse. L’innovation n’est plus occidentale ; elle est désormais chinoise, portée par une vision planifiée et souveraine de l’économie.

Les vieux empires industriels découvrent, stupéfaits, qu’ils ne produisent presque plus. Ils gèrent, spéculent et contrôlent. D’où la fuite en avant vers la finance, la guerre et la propagande.

Russie : rationalité contre frénésie belliciste

Le contraste est saisissant : le commerce entre la Russie et l’UE est passé de 250 milliards de dollars à 70 milliards entre 2021 et 2024.

Parallèlement, les échanges entre Moscou et Pékin frôlent les 240 milliards. L’Occident s’éloigne de ses anciens partenaires tandis que l’Orient bâtit ses propres ponts.

Derrière la rhétorique délirante de Washington et Bruxelles – affirmant que la Russie serait agressive et enverrait des drones sur l’Europe – Moscou trace sa voie vers l’Asie.

Grâce aux corridors commerciaux eurasiatiques, aux alliances énergétiques avec la Chine et avec un accès stratégique à l’océan Indien – où la Triade coloniale multiplie sanctions et bases militaires : la Russie consolide ses alliances.

Afrique : l’émancipation contrariée

Sur un autre front, l’Afrique devient un laboratoire d’émancipation. Avec la Confédération des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), créée en 2024, le continent entreprend une rupture politique et symbolique majeure : reprise du contrôle sur ses ressources, coopération avec la Russie et la Chine, dialogue avec les BRICS.

Les investissements occidentaux demeurent dominants – environ 200 milliards de dollars contre 70 milliards pour la Chine et la Russie – mais la nature des partenariats change. Le modèle du Sud repose sur la production et la souveraineté, non sur la rente et le pillage.

Le continent, fort de 1,5 milliard d’habitants, ne représente encore que 2 % du commerce mondial. Mais si son industrialisation s’accélère, c’est tout le capitalisme rentier néocolonial qui s’effondrera. D’où l’annonce de nouvelles campagnes néocoloniales menées par les États-Unis et l’Europe : présence militaire accrue, discours sécuritaires, sanctions au nom de la « bonne gouvernance » et déclenchement de nouvelles guerres.

Les piliers d’un pouvoir qui s’effondre

Quatre leviers assuraient la suprématie occidentale : le dollar, la technologie, les armes et les médias. Tous s’affaiblissent.

➤Le dollar perd son monopole dans le commerce international, concurrencé par le yuan, le rouble et les monnaies régionales ;

➤L’avantage technologique s’érode (le Sud global forme chaque année plus de 4 millions d’ingénieurs, soit quatre fois plus que la Triade coloniale) ;

➤L’hégémonie militaire recule face à la modernisation russo-chinoise ;

➤Et le monopole médiatique se fissure sous l’effet des récits décolonisés venus du Sud.

➤L’Occident demeure militairement puissant, mais il ne contrôle plus toutes les manettes du pouvoir.

Le retour de la logique fasciste

Plus fondamentalement, l’économiste américain Robert Brenner en identifie la cause racine : la tendance à la baisse des taux de profit et la surcapacité industrielle condamnent le capitalisme rentier occidental – et son hyper-concentration de richesses – à perpétuer des guerres sans fin. Quand la rentabilité chute, la coercition croît.

L’oligarchie ne crée plus : elle exploite, privatise et criminalise. Ce cycle d’épuisement engendre sa propre idéologie : un mouvement international ultra-réactionnaire qui ressuscite le fascisme.

Le philosophe italien Domenico Losurdo le résumait bien : le fascisme est le mécanisme de survie des démocraties libérales face à la crise de leur modèle rentier.

Les signes sont là : surveillance de masse, répression syndicale, censure médiatique et banalisation de politiques racistes, génocidaires et bellicistes.

L’Occident, qui prétendait incarner la liberté, tourne systématiquement le dos à la démocratie populaire dès qu’elle menace les profits.

Le choc de deux futurs

Karl Marx l’avait anticipé : la domination occidentale et son capitalisme rentier finissent par détruire leurs propres fondations en dispersant les forces productives. Cette prophétie se réalise. La dispersion des forces productives – aujourd’hui en Asie, demain en Afrique et en Amérique latine – contredit la suprématie de la Triade coloniale et de son capitalisme rentier.

L’humanité se trouve à la croisée des chemins :

➤D’un côté, l’émancipation portée par les peuples, par une nouvelle coopération internationale qui ne s’appuie plus sur une économie de rente concentrant la richesse entre les mains de moins de 1 % de la population occidentale, mais sur la souveraineté des peuples dans la maîtrise de leurs forces productives au service de la société entière ;

➤De l’autre, la restauration ultra-réactionnaire, par laquelle les oligarchies occidentales tentent de sauver leur hégémonie rentière par la répression, la peur, la guerre permanente et les exterminations.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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