La neutralité comme complicité structurelle

Quand le silence signifie prendre parti

Par Rita Agüero

Tout au long du XXIᵉ siècle, nous avons été témoins d’une saturation du monde occidental par des musées, des films, des séries et une multitude d’activités culturelles consacrés à l’Holocauste nazi. Nous visitons des musées dédiés à la Seconde Guerre mondiale et partageons avec nos proches les émotions bouleversantes que suscite en nous le souvenir d’un génocide. Condamner de tels faits historiques et en prendre conscience est chose aisée, surtout lorsqu’ils se sont produits bien avant notre naissance.

Cependant, le panorama change radicalement lorsque le génocide et la tuerie se déroulent sous nos yeux, alors que nous continuons à vivre nos vies quotidiennes. Le scénario se transforme quand les victimes ne sont pas blanches, mais appartiennent à un peuple historiquement opprimé et déplacé, à qui l’on a systématiquement refusé le droit d’habiter sa propre terre. La situation devient encore plus complexe lorsque des puissances occidentales comme les États-Unis et l’Union européenne soutiennent, commercent et entretiennent des relations diplomatiques avec un État responsable de ces crimes. Dans ce contexte, une prise de conscience urgente s’impose, de même qu’une révision profonde des valeurs dites occidentales et des droits humains, dont l’application s’avère sélective et profondément biaisée.

Une réflexion collective est nécessaire sur l’absence d’exigence de positionnement sociopolitique chez ceux qui occupent des positions de privilège. Cette exigence devient d’autant plus cruciale lorsqu’il s’agit de figures dotées d’une influence publique et d’un pouvoir symbolique — médias, personnalités du monde culturel, acteurs, chanteurs, « influenceurs » — qui collaborent avec des marques et s’intègrent dans un système articulé autour du marché international. Ce système global s’est souvent montré complice de guerres, de violations des droits humains et de multiples formes de violence structurelle, privilégiant les intérêts économiques au détriment de la vie humaine.

Il est désormais évident que toutes les vies ne sont pas valorisées de la même manière, ni par le système international, ni par les valeurs occidentales. Celles-ci se sont érigées sur les fondations de la colonialité, instaurant un ordre mondial hiérarchisé, suprémaciste et oppressif entre centre et périphérie. Par ailleurs, le modèle néolibéral actuel érode peu à peu les valeurs démocratiques, dédaigne les savoirs non occidentaux, minimise la justice sociale et glorifie des figures nourries de l’« incorrection politique ». Tout cela se fait au nom d’une liberté dévoyée, réduite à la puissance individuelle et au privilège, rejetant toute conception solidaire de la société et de la communauté.

L’un des symptômes les plus flagrants de cette dynamique est l’absence généralisée, dans la plupart des cas, de prise de position claire et ferme face au génocide perpétré par l’État d’Israël contre la population de Gaza. Cette omission révèle non seulement une crise éthique dans les discours publics, mais également une inquiétante indifférence face à la déshumanisation systématique de peuples entiers.

Il ne suffit pas d’éprouver de l’empathie à distance. La souffrance d’autrui ne peut être observée avec passivité : elle exige une position claire et engagée. La neutralité face à l’injustice n’est pas une posture morale, mais bien une forme de complicité active. Croire que l’on est exempt de responsabilité dans des contextes de violence et d’oppression relève d’une illusion dangereuse née du privilège. Le confort, loin d’être neutre, agit comme une carapace qui protège le pouvoir en place, tandis que le silence devient une forme d’alliance avec ceux qui perpétuent le mal.

C’est précisément l’inconfort éthique — ce malaise qui surgit lorsque nous reconnaissons notre place dans des structures injustes — qui doit nous pousser à l’action collective, à la transformation sociale et à un engagement réel pour un monde plus juste. Assumer cet inconfort n’est pas seulement nécessaire : c’est impératif.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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