Sans conscience de classe, pas d’avenir

Par André Abeledo Fernández

Sans conscience de classe, il n'y aura pas d'avenir : reconstruisons la gauche pour mettre fin à la barbarie.

L’extrême droite ne progresse pas parce qu’elle serait invincible. Elle progresse parce que des millions de travailleurs ont cessé de croire qu’il existe une alternative réelle au modèle actuel.

Elle progresse parce que trop de gens modestes ont le sentiment que personne ne les représente, que personne ne les écoute, et que la gauche a depuis longtemps cessé de parler leur langue et de fréquenter leurs quartiers, leurs usines et leurs lieux de travail.

C’est le grand drame de notre époque.

Pendant des décennies, le néolibéralisme n’a pas seulement détruit des droits du travail, privatisé des services publics et précarisé la vie de millions de personnes. Il a aussi réussi quelque chose d’encore plus dangereux : détruire la conscience de classe. On a convaincu les travailleurs qu’ils n’étaient plus des travailleurs. On nous a appris à nous faire concurrence pendant qu’une minorité accumulait une richesse obscène au prix de la souffrance collective.

On nous a fait croire que l’exploitation était la liberté. Que la précarité était la modernité. Que finir le mois épuisé relevait d’une responsabilité individuelle et non d’un système conçu pour toujours favoriser les mêmes.

Pendant ce temps, une grande partie de la gauche institutionnelle a abandonné le conflit social pour embrasser une gestion « douce » du capitalisme. Elle s’est trop habituée aux bureaux, aux institutions et aux équilibres parlementaires, tandis que la classe travailleuse continuait de perdre du pouvoir d’achat, de la stabilité et de l’espoir.

C’est là que l’extrême droite prospère.

L’extrême droite ne propose pas de solutions réelles aux problèmes de la classe travailleuse, mais elle identifie au moins le malaise existant et le transforme en colère politique. Le problème est que cette colère est dirigée contre les plus faibles au lieu de viser ceux qui provoquent réellement les inégalités et l’exploitation.

C’est ainsi que l’on voit des travailleurs pauvres voter pour ceux qui veulent encore démanteler davantage les droits sociaux. Car lorsque la gauche disparaît de la vie quotidienne des gens, d’autres occupent ce vide avec la haine, la peur et des discours simplistes.

La reconstruction d’une véritable gauche ne peut pas se faire uniquement depuis les réseaux sociaux, les campagnes de marketing ou les luttes internes pour des sigles et des leaderships. Elle doit se reconstruire par le bas. Depuis les lieux de travail, depuis un syndicalisme combatif, depuis les quartiers populaires, depuis une jeunesse précarisée et depuis ceux qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois tandis que les grandes entreprises battent des records de profits.

La gauche doit à nouveau ressembler aux travailleurs. Elle doit parler clairement. Elle doit désigner les véritables responsables des inégalités : les élites économiques qui contrôlent les gouvernements, les médias et les grandes entreprises, pendant que des millions de personnes survivent avec des salaires indignes et des logements inaccessibles.

Et pour cela, il faut de l’unité. Mais pas n’importe quelle unité. Pas une unité vide, fondée uniquement sur le partage des postes ou la construction de coalitions électorales sans projet de transformation. La véritable unité de la gauche ne peut se construire qu’autour d’un engagement ferme en faveur de la justice sociale, de la défense des services publics, du droit au logement, des droits du travail et de la redistribution des richesses.

L’unité ne peut pas signifier renoncer aux principes. Elle doit signifier placer l’intérêt collectif au-dessus des egos, des quotas de pouvoir et des petites guerres internes qui ont si souvent éloigné la gauche de la majorité sociale.

Car pendant que la gauche se fragmente, le capitalisme s’organise. Pendant que la gauche se dispute, les grands fonds d’investissement achètent des logements, privatisent des services et augmentent leurs profits au détriment de la vie de la majorité.

Nous devons retrouver la conscience de classe, car ce n’est qu’en comprenant qui produit la richesse et qui se l’approprie que nous pourrons construire une alternative réelle. La classe travailleuse existe toujours. Elle est dans les supermarchés, les hôpitaux, les usines, l’hôtellerie, les entrepôts logistiques, les transports et dans chaque emploi précaire déguisé en modernité.

Et cette majorité sociale a la force de changer le pays si elle se réorganise.

L’histoire montre qu’aucun droit n’a été offert. La santé publique, les congés, les retraites, la durée du travail ou l’éducation publique sont des conquêtes arrachées par la lutte, l’organisation et la solidarité collective.

C’est pourquoi l’avenir ne passe ni par la résignation ni par l’acceptation de la barbarie comme inévitable. L’avenir passe par la reconstruction d’une gauche courageuse, cohérente et profondément enracinée dans la réalité de la classe travailleuse.

Une gauche qui n’ait pas peur de parler d’exploitation, de redistribution des richesses et de pouvoir économique. Une gauche qui défende sans complexe la justice sociale face à l’individualisme sauvage imposé par le capitalisme depuis des décennies.

Face à la haine de l’extrême droite, plus de solidarité.

Face au racisme, plus de conscience de classe.

Face à l’égoïsme néolibéral, plus de communauté.

Face à la résignation, plus d’organisation.

Et face à ceux qui veulent transformer la politique en guerre entre pauvres, rappelons une vérité essentielle : le véritable conflit n’a jamais été entre travailleurs d’origines, de genres ou de cultures différents. Le véritable conflit a toujours opposé ceux qui vivent de leur travail à ceux qui vivent du travail des autres.

Il est encore temps de reconstruire l’espoir.

Mais seulement si nous recommençons à marcher ensemble.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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