L’anonymat sur les réseaux sociaux : la lâcheté érigée en modèle économique

Par André Abeledo Fernández

Il existe une différence fondamentale entre celui qui défend une idée à visage découvert et celui qui se cache derrière une photo volée, un faux nom ou un profil anonyme. Le premier peut se tromper ou avoir raison, mais il a au moins le courage d’assumer les conséquences de ses paroles. Le second, trop souvent, utilise l’anonymat comme un bouclier pour insulter, diffamer, menacer ou mentir sans avoir à rendre de comptes.

Les personnes dotées d’un minimum d’honnêteté, d’éthique, de cohérence ou simplement de sens du ridicule signent ce qu’elles écrivent. Lorsqu’on publie une opinion, il est logique d’être prêt à en répondre. De la même manière qu’un journaliste signe ses articles, un écrivain ses livres ou un syndicaliste ses communiqués, quiconque participe au débat public devrait le faire en indiquant clairement qui il est.

C’est pourquoi il est difficile d’accorder du crédit à certaines opinions provenant de profils anonymes. Non pas qu’une idée soit vraie ou fausse en fonction de celui qui l’énonce, mais parce que la valeur morale de défendre une position publique implique d’en assumer la responsabilité. Celui qui n’est pas prêt à le faire révèle une inquiétante absence de conviction dans ce qu’il prétend croire.

Les grandes entreprises technologiques ont transformé cette situation en un véritable modèle économique. Elles ont construit des espaces où prolifèrent les faux comptes, les armées de bots, les campagnes de désinformation, les escroqueries, le harcèlement et toutes sortes de comportements toxiques. Pendant ce temps, les profits continuent d’augmenter et la responsabilité demeure faible, voire inexistante.

Il est paradoxal que pour ouvrir un compte bancaire, signer un contrat de travail, s’inscrire à l’université ou accomplir la moindre démarche importante, il soit nécessaire de prouver son identité, alors que pour participer à des espaces numériques capables d’influencer des élections, de détruire des réputations ou de diffuser la haine à des millions de personnes, il suffise d’inventer un nom et une photo.

Si l’on souhaitait réellement des réseaux sociaux plus sûrs, la voie semble évidente. L’ouverture de comptes devrait être liée à un document officiel d’identité permettant de vérifier qui se trouve derrière chaque profil. Il ne s’agit pas nécessairement de rendre publiques les données personnelles de quiconque, mais de faire en sorte que les plateformes connaissent l’identité réelle de leurs utilisateurs et puissent collaborer avec la justice lorsque des délits sont commis.

Une telle mesure rendrait extrêmement difficile la création massive de faux comptes, réduirait les escroqueries, protégerait mieux les mineurs face aux prédateurs et aux harceleurs, limiterait l’impunité de ceux qui transforment les réseaux en dépotoirs de haine et contribuerait à construire des espaces numériques bien plus sains.

Bien entendu, ceux qui tirent d’énormes bénéfices de la situation actuelle présentent généralement toute proposition de régulation comme une atteinte à la liberté. Pourtant, la liberté n’a jamais signifié l’impunité. La liberté implique des droits, mais aussi des responsabilités. Et c’est précisément parce que nous défendons la liberté d’expression que nous devons exiger que ceux qui l’exercent répondent de leurs paroles et de leurs actes.

Les réseaux sociaux ne peuvent continuer à fonctionner comme une loi de la jungle numérique où les plus agressifs, les plus manipulateurs ou les plus malhonnêtes agissent sans conséquences. Une démocratie saine a besoin de citoyens libres, mais aussi responsables. Et la responsabilité commence, tout simplement, par le fait d’assumer publiquement ce que l’on dit.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ne sont pas dominés par le débat rationnel ni par la recherche de la vérité. Trop souvent, ils sont envahis par des faux comptes, des campagnes d’intoxication informationnelle et des discours de haine promus par ceux qui cherchent à dresser les travailleurs les uns contre les autres en fonction de leur origine, de leur religion ou de leur couleur de peau. L’extrême droite a parfaitement compris le potentiel de ces outils pour diffuser des mensonges, alimenter la peur et désigner de faux ennemis, tandis que les véritables responsables des inégalités continuent d’accumuler richesse et pouvoir. Et les grandes plateformes, loin de combattre sérieusement ce phénomène, préfèrent bien souvent détourner le regard pendant que la haine, le mensonge et la polarisation génèrent des clics, des interactions et des profits.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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