Les États-Unis reculent dans la guerre contre l’Iran pour préserver les profits pétroliers et le dollar

Par Gary Wilson

Introduction

L’offensive américaine contre l’Iran n’a pas seulement été une opération militaire : elle visait à renforcer le contrôle de Washington sur le pétrole, le système du dollar et l’ensemble de l’Asie occidentale. Mais lorsque la guerre a commencé à perturber les flux énergétiques, le commerce mondial et les équilibres financiers, les États-Unis ont été contraints de battre en retraite.

Un recul stratégique sous pression

Le mémorandum d’entente accepté par Donald Trump le 17 juin en donne la mesure : levée du blocus naval, suspension des sanctions pétrolières, début de restitution des fonds iraniens gelés et retrait des forces américaines à proximité de l’Iran.

Washington exigeait une capitulation. Il n’a obtenu qu’une pause de 60 jours. Les États-Unis n’ont pas réussi à prendre le contrôle du détroit d’Ormuz, ni à renverser le gouvernement iranien, ni à imposer les conditions permanentes qu’ils espéraient obtenir par la guerre.

L’échec d’une guerre éclair

Le plan initial reposait sur une stratégie rapide de changement de régime : éliminer les dirigeants iraniens, détruire les capacités balistiques et provoquer un effondrement politique.

Au lieu de cela, l’Iran a nommé un nouveau guide suprême, maintenu ses frappes de missiles, attaqué des bases américaines en Asie occidentale, fermé le détroit d’Ormuz dans ses eaux territoriales et transformé l’attaque initiale en un conflit prolongé hors de contrôle de Washington.

Dès le début du mois de mars, ce plan avait échoué. Les États-Unis n’avaient pas brisé l’Iran, ni obtenu le soutien actif des autres puissances impérialistes. Royaume-Uni, Allemagne, France et OTAN ont condamné Téhéran, mais refusé de s’engager militairement ou de placer leurs flottes sous commandement américain.

Washington cherche une porte de sortie

Au sein même de l’administration Trump, certains conseillers cherchaient déjà une issue. L’objectif était de déclarer une victoire avant que le choc pétrolier et le coût politique ne s’aggravent.

Mais l’Iran n’a offert aucune sortie facile. Washington proposait des négociations tout en préparant des bombardements. Téhéran n’avait aucune raison de faire confiance à cette manœuvre, ni de faciliter un retrait américain tant que le blocus, les frappes et les sanctions continuaient.

Le problème était simple : les États-Unis avaient besoin d’une sortie, mais l’Iran en contrôlait l’accès.

Le détroit d’Ormuz : point de bascule

Trump a reculé lorsque le système pétrolier mondial a commencé à se gripper. Lors du sommet du G7 en France le 17 juin, il a averti qu’avec la fermeture du détroit d’Ormuz, les réserves de pétrole ne tiendraient qu’environ quatre semaines.

Le détroit, situé entre les eaux territoriales iraniennes et omanaises, constitue l’un des principaux goulets d’étranglement du capitalisme mondial. À son point le plus étroit, il ne mesure qu’environ 21 milles nautiques, entièrement couverts par les eaux territoriales des deux pays.

Par ce passage transitent pétrole brut, gaz naturel liquéfié, carburants raffinés, produits pétrochimiques et matières premières essentielles à l’industrie mondiale. Ce flux alimente la production, le transport, l’agriculture, la finance et l’appareil militaire.

L’asphyxie du commerce pétrolier

Le trafic maritime s’est effondré. Avant la guerre, plus de 100 navires traversaient quotidiennement le détroit. Fin mai et début juin, ils n’étaient plus qu’une dizaine par jour.

Des dizaines de millions de barils se sont retrouvés bloqués. Selon Kpler, 93 millions de barils de brut non iranien étaient immobilisés dans le Golfe. Vortexa estimait que 54 superpétroliers, transportant environ 87 millions de barils, étaient coincés.

Un pétrole immobilisé ne peut être ni vendu ni transformé en profit. La crise s’est rapidement propagée aux coûts de transport, aux assurances, aux marchés à terme et aux actions. C’est la circulation même du capital qui a été perturbée.

Le cœur du conflit : le contrôle du pétrole

L’objectif historique des États-Unis reste inchangé : reprendre le contrôle du pétrole iranien, perdu après la révolution de 1979.

En 1953, la CIA et les services britanniques avaient renversé Mohammad Mossadegh après la nationalisation du pétrole, réinstallant le Shah et ouvrant les ressources iraniennes aux multinationales. En 1979, une révolution populaire, soutenue notamment par les travailleurs du pétrole, a mis fin à cette domination.

Depuis, Washington n’a jamais accepté cette perte de contrôle. La guerre actuelle visait à reconquérir par la force ce que la révolution iranienne avait arraché.

Le rôle central du dollar

Le second enjeu majeur était le dollar. Les États-Unis détiennent des milliards appartenant à l’Iran, gelés dans le cadre des sanctions. L’accord ouvre la voie à leur restitution.

Trump lui-même l’a reconnu : « Ce n’est pas notre argent, c’est le leur. Si nous ne le rendions pas, plus personne n’investirait dans le dollar. »

Le dollar est la principale monnaie des échanges pétroliers et des réserves internationales. Il permet aux banques et aux multinationales américaines de capter une part des richesses mondiales.

Mais cette domination repose sur la confiance. Chaque saisie de fonds ou blocage de paiements envoie un signal aux autres pays : plus ils s’éloignent du dollar, plus ils se protègent.

Une guerre devenue trop coûteuse

Le rapport coût-bénéfice s’est retourné. Les prix du pétrole montaient, les flux étaient bloqués et le risque d’un choc global augmentait. Trump, conscient des conséquences économiques et politiques, a choisi de reculer.

Le débat à Washington ne portait pas sur la paix, mais sur le moment opportun pour suspendre ou intensifier le conflit.

C’est l’Iran qui a imposé cette pause.

Une défaite partielle, pas une fin

Ce recul constitue une défaite réelle pour l’impérialisme américain. Mais il ne s’agit que d’une pause de 60 jours. La guerre n’est pas abandonnée, seulement suspendue.

Le système pétrolier continue de fonctionner. Le dollar conserve sa place dominante. Les mêmes acteurs — oligarchies pétrolières, banques, appareil militaire — restent aux commandes.

Les autres fronts restent ouverts

Les guerres à Gaza et au Liban se poursuivent. Présentées comme des conflits israéliens, elles reposent en réalité sur un soutien direct des États-Unis.

Washington fournit les avions, les bombes, les missiles et même le carburant militaire. Celui-ci est raffiné au Texas et acheminé vers Israël par des navires affrétés par l’armée américaine.

Israël agit comme une base avancée des États-Unis en Asie occidentale, frappant là où Washington arme et soutient ses opérations.

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial. 

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