Et le pays hausse les épaules
Par Elizabeth
Subercaseaux
Les
Américains ont perdu leur capacité à s’étonner. Face à l’humiliation, à la
folie, à la corruption et à la vulgarité, ils haussent les épaules. Voilà la
véritable victoire de Donald Trump : épuiser le pays, le laisser plongé dans la
confusion, sidéré. Et profondément fatigué.
Donald Trump
a attaqué le Capitole pour renverser une élection, puis il a gracié les
assaillants, et personne ne s’en est étonné.
Donald Trump
utilise le département de la Justice pour poursuivre ses détracteurs et cela
suscite à peine une réaction.
Selon
l’agence AP, 126 personnes qui se trouvaient sur des embarcations près du
Venezuela ont été tuées lors d’attaques ordonnées par Donald Trump, et cela n’a
plus provoqué d’étonnement.
Sur ordre de
Donald Trump, des forces américaines sont entrées à Caracas, ont capturé le
président Maduro, pris le contrôle du pétrole, et le silence a été
assourdissant.
Donald Trump
a fait démolir une aile de la Maison-Blanche pour construire une salle de bal,
et cela est passé comme si de rien n’était. Que voulez-vous !
Donald Trump
insulte pratiquement chaque jour les journalistes en les traitant d’« imbécile
», de « stupide », de « quelle question idiote ! », et plus personne ne s’en
étonne. C’est comme ça, c’est lui.
Donald Trump
se déguise en roi et en Jésus, et cela ne semble même pas attirer l’attention.
Ce doit être une plaisanterie du président.
Le 28 février
de cette année, Donald Trump a déclenché une guerre totalement inutile contre
l’Iran. De nombreux Américains l’ont justifiée en arguant que les ayatollahs
représentent un régime autoritaire et répressif. Lorsque les ayatollahs ont
fermé le détroit d’Ormuz et que le prix du pétrole a grimpé, cela leur a paru
moins justifiable ; et maintenant que la guerre dure depuis près de quatre mois
et que l’on pense que l’Iran est en train de la gagner, les gens se demandent
si Trump saura comment y mettre fin.
Donald Trump
gagne des milliards de dollars grâce à la présidence, et presque personne ne
semble le remettre en question. Après tout, il a toujours fait des affaires.
Il y a
quelques années, l’historien Timothy Snyder avait averti que l’autoritarisme
triomphe lorsque les citoyens obéissent par anticipation. Aux États-Unis
aujourd’hui, l’autoritarisme triomphe parce que les citoyens sont
émotionnellement épuisés. Ils ne veulent plus regarder les informations à la
télévision, ils ne veulent plus voir le visage de Trump à l’écran, ils ne
veulent plus entendre ses mensonges et ses insultes au quotidien, mais ils ne
savent pas non plus comment assumer que la guerre, l’inflation, les droits de
douane, les coupes dans les programmes sociaux, les vols, les scandales et leur
dissimulation… tout commence avec Donald Trump. Et ils ne peuvent pas accepter
que cela soit la conséquence de ce qu’ils ont eux-mêmes toléré, que le pays ait
fini par devenir ce qu’ils ont laissé advenir. Ils ont ouvert la porte et
maintenant ils ne savent plus comment la refermer.
Traduction
Bernard Tornare
Source en espagnol
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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