Mémoire ou barbarie : le fascisme change de visage
Par Jorge Enrique Jerez Belisario
Les réseaux sociaux sont les nouveaux camps : c’est là que
le fascisme endoctrine, recrute et assassine la vérité à coups de clics. Tandis
que les fours de Buchenwald fumaient sur des cendres humaines, le monde croyait
avoir retenu la leçon. Mais aujourd’hui, le néofascisme n’a plus besoin de cheminées
: il dispose de serveurs numériques, d’algorithmes qui récompensent la haine et
de dirigeants qui se lavent les mains pendant que le poison se répand sans
contrôle.
Buchenwald : une mémoire indélébile
Une expérience m’a marqué à jamais. J’ai été à Buchenwald.
J’ai marché sur cette terre où des milliers d’antifascistes, de juifs, de Roms,
de communistes et d’homosexuels furent réduits en cendres et en numéros. J’ai
touché les baraquements, respiré l’air dense de cette horreur industrialisée et
contemplé les crématoires avec la certitude que cela n’avait rien d’une folie
passagère : c’était la logique du capitalisme dans sa phase la plus prédatrice.
Mais ce qui m’a le plus frappé ne fut ni les fours ni les
barbelés. Ce sont les récits de citoyens de l’ancienne République démocratique
allemande, après la chute du mur de Berlin. Ils ont vu de leurs propres yeux
comment, une fois le socialisme démantelé et leur territoire annexé au système
capitaliste occidental, les crânes rasés, les saluts interdits et les discours
de haine ont ressurgi. Racisme, discrimination, xénophobie et homophobie —
toutes les ramifications du fascisme — sont revenues dans les rues comme si
elles ne les avaient jamais quittées. Le fascisme n’attendait que son heure
pour sortir de la cave.
Un fascisme qui gouverne
Aujourd’hui, 81 ans après le 9 mai 1945, le néofascisme
n’est pas seulement de retour : il gouverne. En Italie, certains pleurent
encore Mussolini. En Allemagne, d’autres relativisent l’Holocauste. En Espagne,
des voix reprennent le slogan phalangiste « Une, grande et libre ».
De l’autre côté de l’Atlantique, l’empire états-unien a
perfectionné la machine : l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) arrête
des enfants menottés, perquisitionne des églises sans mandat et a déjà causé
plusieurs morts depuis le début de l’année. Des assassinats en plein jour, avec
la complicité d’un système médiatique qui les rebaptise « déportations
administratives ». À cela s’ajoute le génocide en cours à Gaza, qui s’apparente
de plus en plus à un camp de concentration à ciel ouvert.
Le retour des fantômes
Que diraient les survivants de Buchenwald face aux images
des rafles au Texas ou en Californie ? La réponse est douloureuse : le fascisme
n’a jamais totalement disparu. Le capitalisme monopoliste l’a maintenu en
incubation. La chute du mur de Berlin a réactivé les vieux démons du
nationalisme extrême, de la persécution de l’Autre et du culte de la force
brute.
S’organiser plutôt que se souvenir
C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, il ne suffit
pas de se souvenir. Il faut s’organiser. Lorsque le peuple s’unit, lorsque les
antifascistes descendent dans la rue et que les travailleurs font bloc, le
fascisme recule. La victoire n’est pas une relique du passé : c’est une tâche
permanente.
Le fascisme à l’ère numérique
La haine a désormais une adresse numérique. Si Buchenwald a
industrialisé la mort au XXe siècle, les réseaux sociaux ont industrialisé le
poison au XXIe. Les algorithmes récompensent le cri, le mensonge, la
déshumanisation. Un migrant devient un « envahisseur » ; un enfant menotté par
l’ICE, une « menace » ; un bébé palestinien, un « terroriste ».
Le plus terrifiant n’est pas la haine explicite, mais celle
qui s’est domestiquée, celle qui se déguise en « opinion » et normalise ce qui
autrefois suscitait la honte. Le fascisme ne brûle plus des livres : il brûle
en tweets.
Une lutte aussi numérique
C’est pourquoi la lutte antifasciste est aussi, aujourd’hui,
une lutte numérique : démasquer, dénoncer, ne laisser aucun mensonge sans
vérité en face.
Le néofascisme s’infiltre par les fissures de l’oubli. Et
seule la conscience, l’organisation militante et la solidarité
internationaliste permettront d’affirmer, enfin : Plus jamais ça.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
Commentaires
Enregistrer un commentaire