La fin du culte de la supériorité occidentale
Par Gianni Petrosillo
Le mythe de la supériorité occidentale
L’Occident s’est toujours senti supérieur parce qu’il a
inventé — ou réinventé — la démocratie et la religion de la liberté. Fort de
cette conviction, il s’arroge le droit d’exporter ces prétendus « valeurs
universelles », qui ne sont en réalité que relatives et partielles, y compris
en déclenchant des guerres civiles ou en bombardant ceux qui s’y opposent.
Pourtant, il existe des peuples aux histoires millénaires
qui n’ont que faire de ces valeurs, fruits d’une interprétation très étroite de
notre culture, projetée dans une conquête planétaire.
Liberté et démocratie : des fétiches culturels
Nous feignons l’horreur lorsque quelqu’un rejette la liberté
ou la démocratie — ou toute cette série de « droits » souvent redondants et
inutiles inventés pour multiplier postes et fonctions. Mais il n’y a là rien de
surprenant : pour d’autres peuples, des valeurs plus élevées que la liberté
individuelle — habituellement réduite au pur arbitraire de l’ego — peuvent reposer sur
la primauté du collectif, dans une conception moins égoïste.
De même, la démocratie occidentale, réduite au simple rituel
du vote entre candidats sélectionnés par le système, se décline ailleurs sous
des formes plus participatives, dépassant le dépôt d’un bulletin dans l’urne à
dates fixes.
L’illusion d’un modèle universel
Comme le dit justement Dario Fabbri, l’Occident se croit le
point d’aboutissement de la civilisation, convaincu d’avoir tracé la voie pour
l’humanité entière. Mais l’humanité ne peut se réduire à une seule vision. Elle
s’est d’ailleurs montrée de plus en plus insensible au modèle occidental,
désormais minoritaire et de moins en moins redouté, face à l’essor militaire,
économique et social d’autres sociétés renaissantes ou émergentes.
Cette évolution annonce inévitablement de nouveaux
affrontements, qui repousseront encore davantage l’Occident dans ses certitudes
et sa prétendue supériorité morale.
Il n’existe pas de valeurs universelles
Disons-le clairement : il n’existe pas de valeurs
universelles. Les valeurs ne sont jamais que le produit, partiel et
transitoire, de convictions propres à une époque donnée. Elles évoluent au gré
des rapports de force et des mutations sociales.
Tant que l’Occident n’avait pas d’adversaires, il se
targuait d’être le champion de la paix ; aujourd’hui, il justifie à nouveau la
guerre au nom de cette même paix.
La rhétorique hypocrite des « bonnes démocraties »
Rien n’est plus répugnant que d’entendre un politicien se
poser en leader éclairé, clamant que le monde se divise entre « bonnes
démocraties » et « mauvaises autocraties ». Cette opposition simpliste n’est
qu’un artifice de langage visant à se persuader qu’on est du « bon côté » de
l’histoire.
Mais l’histoire n’a pas de camp, et encore moins de morale :
elle est conflit. Ceux qui gagnent ont raison — non pas la Raison —, et ceux
qui perdent ont tort, du moins jusqu’au prochain renversement des équilibres.
Voilà une intuition qui a valeur de vérité, non absolue, mais confirmée par
l’expérience : la vérité, elle, n’a jamais fait changer le cours de l’histoire.
Un récit qui efface nos fautes
Pour maintenir la fiction de notre supériorité morale,
l’Occident doit constamment effacer ses propres crimes, ne racontant l’histoire
qu’à partir du moment où ses ennemis réagissent.
C’est exactement le cas avec la Russie : nous accusons
Moscou d’avoir envahi l’Ukraine sans rappeler tout ce que nous avons entrepris
dans son voisinage depuis la chute de l’URSS. Nous qualifions ces régimes
d’« autocratiques » ou de « dictatoriaux » pour nous légitimer, mais cette
rhétorique s’épuise. Un peuple qui résiste et gagne en puissance convainc mieux
ses citoyens que nos bavardages creux, derrière lesquels se cachent des bombes
de moins en moins efficaces.
La fin de l’hégémonie scientifique
Même notre primauté scientifique et technologique s’effrite.
Plutôt que de l’admettre, nous répandons des fables dans nos médias. Les
Russes, qu’on disait à bout de souffle et contraints de récupérer des puces
dans des machines à laver, annoncent désormais des missiles à propulsion
nucléaire que nous ne possédons pas.
Quant à la Chine, elle a cessé de nous copier : elle nous
inonde de produits à haute valeur technologique, alors qu’il y a peu, nous nous
plaignions encore de ses meubles bon marché.
Lutte d’hégémonie, non de valeurs
Face aux propagandes croisées — auxquelles aucun système
n’échappe —, il faut savoir lire les véritables dynamiques à l’œuvre. La
prétendue « guerre des valeurs » n’est que la surface des conflits ; la vraie
bataille concerne l’hégémonie des forces et des pouvoirs.
Lorsqu’un politicien vous dit que la démocratie et la
liberté sont en jeu, sachez qu’il joue le rôle du « fou du roi » : ce qui est
réellement en question, c’est la domination mondiale, et ce sont ces rapports
de puissance qui redéfiniront, demain encore, nos « principes éternels ».
Le destin de l’Occident
Nul ne détient la vérité, parce qu’il existe autant de
vérités que de volontés de puissance. Certaines s’imposeront par la force,
d’autres s’effaceront.
Les vainqueurs s’autoproclameront justes et légitimes,
tandis que les vaincus seront diabolisés comme monstres. C’est ainsi que
l’Occident a agi jusqu’ici, et il ne faut pas douter que, lorsque son tour
viendra, il sera traité de la même manière.
Peut-être, avant d’en arriver à notre degré d’aveuglement,
ses successeurs connaîtront-ils une longue période de grâce.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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