Coopération du Sud global : une nécessité pour contrer la désinformation hégémonique

Tim Anderson affirme que les puissances anglo-américaines maintiennent leur domination mondiale à travers d’immenses réseaux de propagande. Pour y résister, il appelle à la création d’un front médiatique unifié du Sud global, reliant l’Amérique latine, l’Asie occidentale, l’Afrique et l’Asie, afin de bâtir une communication indépendante, fondée sur la vérité.

Par Tim Anderson

La désinformation systématique est utilisée par les puissances hégémoniques pour déstabiliser, diviser et affaiblir les peuples et les nations indépendants. Elle sert à priver des populations entières de leur pouvoir, à justifier des blocus étouffants, des guerres par procuration, des invasions et des occupations, et à délégitimer la résistance.

Le problème, c’est que la propagande hégémonique est vaste, profonde et parfaitement intégrée.

L’ennemi anglo-américain a perdu ses avantages en matière de technologie, d’industrie et de commerce, mais les conserve dans les domaines de la finance et de la propagande.

La dictature du dollar et du système SWIFT domine toujours, et l’hégémonie médiatique, communicationnelle et idéologique anglo-américaine reste solidement en place grâce à des réseaux bien développés.

Ces réseaux reposent sur :

➤Une chaîne médiatique coloniale établie depuis longtemps,

➤Des moteurs de recherche qui redirigent les questions sincères vers des sources mensongères,

➤Wikipédia et l’intelligence artificielle impériale,

➤Des réseaux sociaux américains étroitement contrôlés,

➤Et des « activistes » médiatiques payés (aujourd’hui temporairement affaiblis par le démantèlement de l’USAID et du NED).

La nouvelle génération de « vérificateurs de faits » occidentaux — dotés d’entrées sélectives et de programmations opaques — collabore désormais activement à la diffusion de fausses nouvelles, en particulier sur les grandes controverses internationales.

Le problème dépasse la simple désinformation ponctuelle, même si la Russie a commencé à créer ses propres « fact-checkers ». La Chine fait face à des difficultés similaires, mais sa première priorité est de répondre aux mensonges sur la Chine elle-même — une démarche naturelle et légitime.

Ainsi :

➤La Russie se préoccupe des mensonges répandus à son sujet,

➤La Chine se préoccupe des mensonges répandus à son sujet,

➤Le Venezuela se préoccupe des mensonges répandus à son sujet,

➤Cuba se préoccupe des mensonges répandus à son sujet, et ainsi de suite.

Cependant, ce sont là des problèmes communs. Et face à de tels défis partagés, comme l’avait écrit il y a 236 ans le héros national cubain José Martí :

« Les arbres doivent se dresser côte à côte pour empêcher le géant aux bottes de sept lieues de passer ! C’est l’heure de la mobilisation, de la marche collective, et nous devons avancer, serrés comme l’argent dans les veines des Andes. »

Nous ne devrions pas accorder trop d’attention à la propagande impériale, mais nous ne pouvons pas non plus l’ignorer, car elle contient parfois des aveux et des révélations importantes.

Comment alors la lire de manière critique ? C’est un défi pédagogique : il faut acquérir des compétences pour identifier, sélectionner et déchiffrer les biais systémiques. Tout cela exige une formation à la méthode médiatique et à l’analyse critique de contenu.

Il est surtout nécessaire d’élargir les plateformes accueillant des voix authentiques. Des partenariats entre acteurs compétents sont indispensables pour multiplier les voix contre-hégémoniques.

Quelques précédents remarquables existent :

➤Telesur, une chaîne continentale de vingt ans, en espagnol et en anglais, dominée par des voix latino-américaines ;

➤HispanTV, un média iranien utilisant des reporters hispaniques ;

➤Al Mayadeen, une chaîne arabe avec des partenaires latino-américains et des sites en anglais et en espagnol.

Ces exemples doivent être considérés comme les prémices d’initiatives transcontinentales.

Il existe déjà des liens entre les médias d’Asie occidentale et des agences latino-américaines comme Prensa Latina et Telesur, mais il faut aller bien plus loin, avec de grandes entreprises conjointes intégrant notamment les poids lourds des BRICS.

Pourquoi ne pas envisager des projets communs entre RT (Russie) et CGTN (Chine) ?

Pourquoi ne pas multiplier les partenariats avec les médias iraniens, les plus solides d’Asie occidentale ?

Pourquoi ne pas créer des coopérations avec les organes médiatiques les plus compétents d’Afrique et d’Asie du Sud-Est ?

Des discussions sont déjà en cours, impliquant des dizaines de pays des BRICS, pour bâtir une « Initiative de coopération médiatique du Sud global », lancée en marge du sommet du G20 à Rio de Janeiro lors d’un événement organisé par le China Media Group (CMG), spécifiquement destiné à amplifier la voix du Sud global.

Des réseaux médiatiques conjoints peuvent renforcer les prises de parole sur les priorités actuelles tout en attirant l’attention sur des questions négligées. Par exemple, les médias iraniens couvrent les luttes du peuple yéménite, ignorées dans la plupart des autres régions du monde. Les médias chinois, russes et cubains ont eux aussi leurs propres préoccupations, souvent absentes ailleurs.

Le Sud global dispose déjà de certains de ces liens, d’échanges d’informations et d’une entraide ponctuelle. Mais nous ne marchons pas encore « en rangs serrés », comme le suggérait José Martí. Et c’est précisément pour cela que les Anglo-Américains continuent de dominer le monde de la propagande.

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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