Dans le capitalisme, on vous dit de devenir le marteau si vous n’aimez pas être le clou
Dire « Si ces travailleurs à bas salaire veulent de meilleurs salaires, ils devraient cesser d’être des travailleurs à bas salaire » revient à dire à un homme de ne plus se noyer pendant que vous le maintenez sous l’eau en lui marchant sur la tête.
Par Caitlin Johnstone
Je suis tombée sur un vieux tweet de l’Hampton Institute :
« Si tu n’aimes pas être exploité (employé, locataire),
alors deviens l’exploiteur (patron/propriétaire, bailleur) » – c’est l’esprit
capitaliste qui nous a été inculqué depuis l’enfance. La véritable solution,
c’est de mettre fin à l’exploitation (au capitalisme) tout court.
Vous entendez ce genre d’arguments tout le temps quand vous
échangez avec des partisans du capitalisme.
Si les gens ne gagnent pas assez pour s’en sortir, ils
devraient changer pour un emploi mieux payé.
Si les gens ne veulent pas se faire malmener par un statu
quo abusif, ils devraient gravir les échelons socioéconomiques pour se
retrouver dans une couche sociale qui est moins maltraitée.
Si quelqu’un n’aime pas être le clou, il doit devenir le
marteau.
Ils détournent les critiques du système abusif en babillant
sur ce que chacun peut faire individuellement pour moins souffrir
personnellement.
C’est comme un méchant de film d’horreur qui enferme un
groupe de gens dans une salle en forme de pyramide, puis la remplit d’eau de
sorte qu’il n’y ait d’air qu’en haut, accessible seulement à ceux qui se
battent pour y arriver. Il dit alors : « Tu n’aimes pas te noyer ? Donc ne
sois pas parmi ceux qui sont sous l’eau ! »
Dans ce film d’horreur, les gens ne maudissent pas le
méchant ni ne jurent de le tuer. Ils se contentent de dire : « Bon, ce n’est
pas un système parfait, mais c’est le meilleur possible ! » Si quelqu’un de
moins chanceux parvient à émerger la tête hors de l’eau pour dire « S’il vous
plaît ! Nous avons besoin d’air ! », on le repousse sous l’eau et on grimpe sur
ses épaules en disant : « Eh bien, tu dois te battre plus fort pour arriver en
haut alors. »
Dire « Tu n’aimes pas te noyer ? Alors bats-toi pour arriver
au sommet » ignore complètement le fait que toute la salle est délibérément
conçue pour que nécessairement une grande masse de personnes se noie. Mettre en
avant la possibilité qu’une personne puisse individuellement se hisser au
sommet ne sert qu’à éviter d’avoir à remettre en question la nature abusive
d’un système fondé sur l’existence permanente d’une classe défavorisée.
Tout le monde ne peut pas être employeur ; certains doivent
être employés, sinon leur emploi n’existerait pas. Tout le monde ne peut pas
être propriétaire ; les propriétaires ont besoin de locataires qui payent un
loyer pour exister. Il ne peut pas y avoir dix pour cent de privilégiés qui
vivent confortablement sans quatre-vingt-dix pour cent en bas qui ne le sont
pas.
Cette dystopie entière repose sur une sous-classe de
travailleurs à bas salaire qui fait tourner les rouages de l’industrie ; si
tous quittaient leur emploi aujourd’hui, l’économie entière s’effondrerait
instantanément. Dire « Si ces travailleurs à bas salaire veulent de meilleurs
salaires, qu’ils cessent d’être des travailleurs à bas salaire » revient à dire
à un homme de ne plus se noyer pendant que vous lui marchez sur la tête sous
l’eau.
Ce qui est vraiment fou, c’est que dans ce film d’horreur,
le méchant est à portée de main. Il se tient là-haut, au sommet de la salle,
sur une plateforme sur laquelle il contrôle le niveau de l’eau, et ses jambes sont juste
à portée de saisie. Mais au lieu de saisir ces jambes et de le faire tomber
pour vider la salle et sauver tout le monde, les gens s’entretuent pour avoir
de l’air en disant que ceux qui se noient sont responsables de leur propre
noyade.
C’est vraiment la chose la plus folle qu’on puisse imaginer.
Je ne paierais même pas pour regarder ce film, ce serait trop invraisemblable.
Et pourtant, nous y sommes.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
Commentaires
Enregistrer un commentaire