Make America Great In Imagination Again (MAGIA)
Rendre l'Amérique à nouveau grande… par l’imagination
(MAGIA)
Aux États-Unis, 770 000 personnes sont sans abri, dont
150 000 mineurs. Dix millions de foyers et 400 000 écoles n’ont pas accès à
l’eau potable. Les inégalités sociales sont la caractéristique la plus
marquante de « l’American way of life ».
Par Dolores de Redondo
Le shérif Donald Trump a dépêché huit cents soldats de la
Garde nationale à Washington pour garantir l’ordre public et la sécurité de la
capitale, annonçant qu’il en profiterait pour éradiquer les migrants sans
papiers et les campements de sans-abri. Sur sa plateforme TruthSocial, le
président des États-Unis a écrit que « les personnes sans domicile doivent
partir immédiatement » et précisé qu’il s’agissait du début d’une vaste
opération pour « reprendre le contrôle » de villes américaines qu’il dit menacées
par la violence urbaine.
Le nombre de sans-abri aux États-Unis bat des records
d’année en année : 770 000 en 2024, dont 150 000 enfants et adolescents. Cela
représente 23 personnes sans logement pour 10 000 habitants. Si l’on ajoute à
ce chiffre que le pays compte officiellement 37,9 millions de pauvres au sens
strict, alors que son produit intérieur brut (PIB) atteint 27 000 milliards
d’euros, selon la Banque mondiale, il n’est pas besoin d’être devin pour
comprendre que les inégalités sociales sont au cœur du fameux « mode de vie à
l’américaine ». Si l’on y ajoute l’énorme dette publique (32 000 milliards
d’euros), l’absence d’un système de santé publique universel ou l’état
déplorable des infrastructures — par exemple, dix millions de foyers et 400 000
écoles privées d’eau potable —, il n’est pas surprenant que de nombreux experts
envisagent un possible effondrement économique de la superpuissance.
L’une des causes majeures de cette dette est le budget
militaire : il a dépassé 1 000 milliards de dollars l’an dernier. Fait
révélateur : 32 882 sans-abri sont des anciens militaires. Qu’un président
passe par les armes de l’armée pour soumettre des États étrangers dans ses
aventures impérialistes n’a rien de neuf ; ce qui l’est, c’est qu’il le fasse
maintenant contre la classe laborieuse de son propre pays. Il balaie la
pauvreté sous le tapis ou l’expulse, tout en accentuant les fractures sociales
par ses politiques.
Pour justifier l’envoi de la Garde nationale à Washington,
Trump a évoqué diverses métropoles à travers le monde, mais en a cité deux en
particulier : « Le taux d’homicides à Washington est aujourd’hui plus élevé
qu’à Bogota ou à Mexico », a-t-il affirmé. Qu’il cite les capitales de deux
États qui défendent farouchement leur souveraineté dans ce que Washington
considère comme son « arrière-cour » n’est pas anodin. C’est la deuxième fois
que Trump déploie la Garde nationale, après l’avoir envoyée en Californie avec
les marines pour réprimer les manifestations contre les déportations massives
et la militarisation de la frontière avec le Mexique. Beaucoup de manifestants
brandissaient alors des drapeaux mexicains, et l’une des pancartes les plus
marquantes affichait : « Personne n’est étranger sur une terre volée ».
Trump et ses proches préconisent aussi de s’en prendre
militairement aux cartels de la drogue au Mexique pour mettre fin au
narcotrafic aux États-Unis. Le président a même signé en secret une directive
autorisant le Pentagone à employer la force militaire à cette fin. Pourtant, la
meilleure solution pour en finir avec le narcotrafic serait de bombarder Wall
Street, la DEA et la CIA. Il faudrait aussi rappeler à Trump, en paraphrasant
la réplique de Rick Blaine à l’officier nazi dans Casablanca : « Au Mexique, il
y a certains groupes avec lesquels je ne vous conseillerais pas de vous
frotter. »
Car tout le monde n’est pas Ursula von der Leyen ni l’Union
européenne, prêtes à accepter une humiliation historique en se pliant aux
volontés du chef impérial : droits de douane de 15 % sur les produits
européens, achat forcé de ressources énergétiques américaines pour
750 milliards de dollars, et 600 milliards supplémentaires en investissements
divers, y compris dans l’armement.
Le mouvement MAGA qui soutient Trump affirme vouloir
« rendre à l’Amérique sa grandeur ». Un slogan qui, déjà dans sa forme, est
trompeur : non seulement ce courant est minoritaire sur le continent américain,
mais il est aussi le moins « américain » qui soit. Sur le fond, rien n’est ce
qu’il paraît dans le cœur de l’empire : ce n’est qu’un tour de MAGIA, une
illusion destinée à flatter l’imaginaire d’une population blanche et
suprémaciste. Le Bureau ovale s’est transformé en foire où un bateleur monte chaque
jour sa tombola : « À toi les droits de douane, à moi les bombardements »,
« Quelle joie, quel bonheur, j’ai vendu un Patriot de plus ». Et, apparemment,
ses billets ne trouvent preneur qu’au sein de l’UE.
— Et moi, je me demande… Une révolution, ce ne serait pas la
solution ?
— Et toi, pourquoi tu me poses la question ?
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
Commentaires
Enregistrer un commentaire