Cette folle, folle... 80e Assemblée générale de l’ONU

Par Mirko Casale

Traditionnellement, l’Assemblée générale de l’ONU agit comme un excellent somnifère, une suite de discours soporifiques pensés pour ne froisser personne. Mais, signe incontestable des temps mouvementés que nous vivons, celle qui vient de se tenir à New York a offert des moments assez captivants pour inspirer toute une série télévisée.

Trump et ses joyeux « fans »

Il faut bien commencer par Trump, qui, fidèle à son style inimitable, semblait promis à voler la vedette de cette 80e Assemblée générale. Pourtant — autre symptôme de ces temps troublés — on retiendra surtout de son passage ses déboires avec les escalators et le téléprompteur plutôt que ses annonces politiques.

Durant son intervention et ses rencontres parallèles, le président américain a ressassé ses thèmes fétiches — migration, tarifs douaniers, auto-proclamation éternelle au Nobel de la Paix après avoir, selon lui, « mis fin à sept guerres ». Dans la même réunion, il demanda à Erdogan de cesser d’acheter du pétrole russe tout en plaisantant sur sa supposée expertise à truquer les élections. Belle stratégie, Donald.

Fidèle à sa tactique des déclarations tonitruantes, Trump affirma aussi que l’Ukraine pouvait retrouver militairement ses frontières de 1991 et, dans un hommage sans doute involontaire à Mao Zedong, décréta que la Russie était un « tigre de papier ». Le lendemain, il assura ne pas avoir voulu dire cela. Bref, c’est Trump que voulez-vous.

Javier Milei s’est vanté d’une photo avec son homologue et même du message imprimé que celui-ci lui avait offert. Mais en vérité, le libertarien en détresse a aujourd’hui bien plus besoin d’argent que de visibilité sur les réseaux. 

Zelensky, lui, s’est enthousiasmé du changement de ton de la Maison-Blanche, mais il finira bien par comprendre que Trump voulait surtout dire qu’il se désengageait du conflit, se contentant désormais de vendre des armes à l’Europe pour qu’elle les transfère à Kiev. En clair, on est passé du « je te soutiens quoi qu’il en coûte » de 2022 au « je te vends tout ce dont tu as besoin ». Une nuance non négligeable pour un État qui vit exclusivement aux dépens d’autrui.

Autre grand sourire du moment : Javier Milei, très fier de sa photo avec Trump. Mais derrière la façade, le président argentin a urgemment besoin de liquidités plus que d’approbation médiatique. Et comme l’on sait, Trump fut d’abord millionnaire avant d’être président : pour obtenir le fameux « swap » qui repousserait l’effondrement du peso face au dollar — idéalement avant les législatives d’octobre — le chef d’État argentin, ennemi juré de l’État, devra capituler devant les conditions de Washington, aussi lourdes que sa détresse est visible.

Petro déchaîné (dans le bon sens)

À l’inverse, Gustavo Petro n’est pas venu à l’ONU pour faire des courbettes. Le président colombien — que la présidence Trump semble étrangement revigorer — a livré un discours tranchant qui a fait les gros titres, notamment par ses mots sur le génocide israélien à Gaza et sur les hypocrisies du narcotrafic mondial.

« Les mots ne sont plus nécessaires, il est temps d'utiliser l'épée », a déclaré Gustavo Petro à l'ONU, en faisant référence à l'arrêt du génocide en Palestine.

« La plupart des narcotrafiquants sont blonds aux yeux bleus », rappela Petro, « et ils cachent leurs fortunes dans les plus grandes banques du monde. Ils vivent à New York, Paris, Madrid ou Dubaï, là où règne le luxe, pas la misère — mais les bombes, elles, tombent toujours sur la misère. »

Le président colombien rappela encore qu’« il n’existe ni race supérieure ni peuple élu de Dieu : ni les États-Unis ni Israël ne le sont » et appela les armées d’Asie, les peuples slaves qui ont vaincu Hitler, et les armées latino-américaines de Bolívar, Garibaldi, Martí ou Artigas à agir. « Il y a assez de paroles : c’est le temps de l’épée. »

Non content d’agiter les travées de l’ONU, Petro rejoignit ensuite une manifestation dans les rues de New York, mégaphone en main, aux côtés du musicien et militant Roger Waters. Ensemble, ils appelèrent les soldats américains à désobéir à la Maison-Blanche et à se ranger du côté de la Palestine. En représailles, Washington annonça la révocation de son visa, sanction que Petro arborera sans doute comme une médaille d’honneur.

Al-Qaïda en goguette à New York

Pendant ce temps, un autre invité fit sensation sans provoquer le moindre scandale : Ahmed Al Sharaa, ancien chef d’Al-Qaïda en Syrie et, jusqu’il y a peu, recherché par la justice américaine. Rares sont ceux qui peuvent se vanter d’être accueillis à New York, en septembre de surcroît, en tant qu’ex-dirigeant d’Al-Qaïda. Sous le nom de Mohammed al-Golani, il se présenta comme représentant officiel de son pays et prit même la parole à la tribune.

La realpolitik impose parfois d’avaler des couleuvres, mais il y a des limites. Car ce nouveau « djihadiste démocratique », costume sur mesure et sourire de circonstance, fut reçu à bras ouverts par tous les grands du « premier monde ». Aucun n’eut la décence d’évoquer son passé de coupeur de têtes pour Al-Qaïda. On se contenta d’éloges sur son « rôle de dirigeant », un poste que personne ne lui avait confié, si ce n’est Ankara et Tel-Aviv.

Le mal-aimé du sommet : Netanyahu ignoré

Et pourtant, le véritable protagoniste — bien malgré lui — de cette 80e session fut Benyamin Netanyahu. Dès son départ de Tel-Aviv, les ennuis commencèrent : son avion dut zigzaguer, le Premier ministre redoutant toujours d’être arrêté en route.

Arrivé sain et sauf, il vécut son moment le plus humiliant à l’Assemblée elle-même. À peine son discours commencé, des dizaines de délégations se levèrent, huées à l’appui, pour quitter la salle. Face à un auditoire clairsemé, il déroula ses sempiternelles affiches pédagogiques, qu’une institutrice de maternelle aurait jugées trop simplistes. Un incident presque inédit, révélateur du degré d’isolement et de rancune qu’Israël a gagné — amplement mérité — sur la scène mondiale.

Ainsi, cette 80e Assemblée générale ne fut pas une réunion de plus, mais bien le miroir fidèle de notre époque agitée. Et, au rythme où vont les choses, on peut parier que la prochaine n’aura rien à lui envier.

Ce texte est une adaptation d'une vidéo réalisée par l'équipe de ¡Ahí les va!, écrite et réalisée par Mirko Casale.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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