Gaza n’oubliera pas, la Palestine se souviendra
Par Jamal Kanj
Gaza n’oubliera pas la profondeur de la haine sioniste, en
contemplant les décombres qui recouvrent son paysage, les fosses communes où
reposent des milliers de Palestiniens assassinés. La Palestine se souviendra de
ceux qui l’ont soutenue — et de ceux qui l’ont trahie.
Une fumée suffocante plane encore sur ses ruines, imprégnée
de l’odeur âcre de la poudre explosive et de la poussière, portant à la fois le
parfum de la trahison et la trace du courage. Ses rues, jadis remplies des
rires des enfants, sont devenues des champs de massacre israéliens. Elles
résonnent désormais des noms et des souvenirs des martyrs.
Les fosses communes, le béton brisé et l’acier tordu ne sont
pas seulement les preuves de la haine sioniste. Ce sont les témoins de ceux qui
ont soutenu Gaza — et de ceux qui l’ont abandonnée. Aujourd’hui, les ruines de
Gaza gardent plus de mémoire que toutes les bibliothèques du pays.
La Palestine se souviendra
Elle se souviendra du dévouement désintéressé des médecins
et des soignants qui ont refusé d’abandonner leurs patients pendant que les
bombes s’abattaient sur leurs hôpitaux ; des journalistes devenus eux-mêmes
sujets de l’actualité, attaqués pour avoir osé dire la vérité ; des mères qui
ont enveloppé leurs enfants dans le drapeau rouge, noir, vert et blanc d’une
nation qu’Israël s’acharne à effacer.
Ce ne sont pas des récits de désespoir, mais de défi,
d’obstination à revendiquer le droit de respirer la vie au cœur même de la
mort.
Gaza n’oubliera pas
Elle n’oubliera pas le silence des démocraties occidentales.
Dans une inversion tragique, la plupart des nations européennes, prisonnières
des fantômes de leur passé, ont sacrifié la morale sur l’autel de l’absolution.
Les autoproclamés défenseurs des droits humains ont offert les Palestiniens en
holocauste symbolique, pour expier les péchés d’une Europe coupable.
Gaza n’oubliera pas l’administration Biden, qui a opposé son
veto à toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à mettre
fin au génocide. Ni Donald Trump, qui attisa les flammes avant de réclamer les
honneurs pour avoir tenté d’éteindre son propre incendie.
Cette semaine, des dirigeants arabes, musulmans et mondiaux
se rassemblent tels des papillons de nuit autour du pyromane américain
transformé en pompier, « célébrant » les cendres de Gaza.
La Palestine se souviendra
Elle se souviendra de ceux qui se sont levés pour Gaza — du
Yémen à Dublin, du Cap à Londres et Madrid — tandis que les capitales arabes,
du Caire à Riyad, dormaient. L’Irlande et l’Espagne ont mené le boycott, alors
que les pays arabes, du Golfe à la Jordanie, ouvraient leurs ports et leurs
routes pour acheminer les produits israéliens, tandis que le Yémen imposait un
blocus maritime en mer Rouge.
Gaza n’oubliera pas — ni ne pardonnera — aux gouvernements
arabes qui ont ouvert leurs ports pendant que des ouvriers des chantiers navals
italiens refusaient de charger les armes américaines destinées à anéantir leurs
enfants et à réduire en poussière leurs hôpitaux.
La Palestine se souviendra
Elle se souviendra de l’Afrique du Sud — nation ni arabe ni
musulmane — qui a porté l’affaire devant la Cour internationale de Justice,
accusant Israël de génocide. Ce pays autrefois marqué par l’apartheid est
devenu la conscience morale d’un monde trop lâche pour parler. Par cet acte de
solidarité, l’Afrique du Sud a ravivé une vérité universelle : la justice ne
connaît pas de frontières.
La Palestine se souviendra de la résistance libanaise, qui
livra ses dirigeants à la défense de Gaza ; du Yémen, pauvre en ressources mais
riche en dignité, dont la solidarité n’a jamais faibli ; et de l’Iran, demeuré
ferme face à l’arrogance israélienne. Elle se souviendra de l’Irlande et de
l’Espagne, qui ne détournèrent pas le regard quand les Arabes le firent,
prouvant que la véritable solidarité transcende les frontières, les croyances
et le sang — qu’elle repose sur la seule humanité partagée.
Elle se souviendra des héros des flottilles qui défièrent
les vagues de haine et de siège pour porter un message de compassion ; des
volontaires anonymes qui quittèrent le confort de leurs pays pour soigner les
blessés et nourrir les affamés ; des étudiants américains transformant leurs
campus en camps de résistance ; des artistes, acteurs et musiciens risquant
leur carrière pour la justice ; des employés licenciés pour avoir dénoncé la
complicité de Google, Microsoft et d’autres géants technologiques dans les
crimes d’Israël.
Gaza n’oubliera pas ceux qui l’ont trahie
La Palestine sera éternellement reconnaissante à ceux qui
ont osé dire la vérité quand c’était dangereux, marcher quand c’était interdit,
pleurer quand ce n’était pas permis.
La Palestine se souviendra. L’histoire se souviendra. La
justice se souviendra.
Le martyre et la mémoire
Depuis près de deux ans, Gaza endure un génocide d’une
brutalité telle qu’aucun mot ne saurait le décrire. La machine de guerre
israélienne a transformé les hôpitaux en morgues, les écoles de l’ONU en fosses
communes, les camps de réfugiés en cratères. Pourtant, Gaza refuse de mourir.
Chaque fois qu’elle est bombardée et rejetée à l’âge de
pierre, elle se relève, tel un phénix, pour reconstruire non seulement ses
bâtiments, mais aussi sa volonté indomptable. Dans ce défi réside la plus
grande peur de l’occupant : la mémoire.
Israël peut détruire les pierres, mais il ne peut effacer la
mémoire. Le siège peut affamer Gaza, mais il nourrit l’âme collective de la
Palestine.
Les enfants de Gaza grandiront porteurs de souvenirs
qu’aucun enfant ne devrait connaître. Mais ils hériteront aussi d’un bien
indestructible : la dignité. Dans chaque maison détruite, dans chaque famille
brisée, vit une histoire qui refuse d’être ensevelie.
La mémoire de Gaza ne s’effacera pas. Car l’esprit, à la
différence de la pierre, ne peut être occupé. Il est l’archive éternelle de la
résilience d’un peuple, transmise de génération en génération, tissant la trame
indélébile de la Palestine d’aujourd’hui.
Les ruines de Gaza ne témoignent pas seulement du génocide
israélien, mais aussi de l’effondrement moral de ceux qui l’ont permis.
Gaza se relèvera à nouveau, brique après brique.
Mais ce qui ne ressuscitera jamais, c’est le mensonge
israélien qui, depuis huit décennies, a dissimulé le projet sioniste sous le
masque de la victimisation, occupant les récits occidentaux et fabriquant le
consentement.
Gaza se relèvera… et le mythe israélien sera enterré à
jamais sous ses décombres.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
Commentaires
Enregistrer un commentaire