Le roi éclipsé du Nord
Par Alfredo Carquez Saavedra
Dans la vie des empires, il émerge toujours des personnages
qui sortent du cadre du comportement humain moyen. Par coïncidence, l’empire
américain a récemment vu défiler deux figures qui ont brisé le moule – mais le
moule du pire et de la malveillance. Au quasi-zombie Joe Biden a succédé Donald
Trump. Deux faces du même billet vert.
Mettons de côté l’artisan de la guerre en Ukraine et de
l’intensification du génocide en Palestine, pour nous concentrer sur le
petit-fils de migrants qui hait les migrants. Nombreux sont ceux qui
considèrent que le président yankee évolue souvent dans le monde brumeux de la
démence. Personnellement, je pense qu’il est malheureusement tellement lucide
qu’il ne fait jamais un geste sans y réfléchir. Et c’est justement ce trait qui
le rend extrêmement dangereux, même si parfois il se contredit : fonçant à toute
vitesse sur l’autoroute de la politique de façade, il change de direction sans
jamais activer les clignotants. Cela semble être sa stratégie préférée pour
tenter de troubler ses victimes : c’est-à-dire, tout ce qui n’est pas
Américain, blanc, anglo-saxon et protestant.
Ses opposants accusent Trump de vouloir se coiffer d’une
couronne, tant son style est absolutiste. Et assurément, dans sa superbe, ce
type se prend pour un Louis XIV du XXIe siècle. Pourtant, il faut reconnaître
que face à l’empereur français connu comme le Roi-Soleil, ce dernier avait un
éclat propre et une cour peuplée de personnages tels que Mazarin, Colbert,
Racine ou Molière ; à l’inverse, le président-homme d’affaires, rustre dans ses
manières et, de surcroît, dépourvu de culture, ne peut exhiber dans les
couloirs de la Maison-Blanche que des troglodytes comme son secrétaire d’État,
Marco Rubio, ou sa secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, qui ne
sont pas exactement des lumières.
L’empereur ne tourne pas autour du pot. Il n’est pas fou. Il
sait parfaitement comment gagner de l’argent et comment faire prospérer les
dividendes de ceux qui ont financé sa campagne. En témoignent les affaires
lucratives de sociétés telles que GEO Group et CoreCivic, spécialisées dans le
secteur carcéral (privatisé) des États-Unis et tout particulièrement orientées
vers le marché du trafic de migrants.
Traduction Bernard Tornare
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