Ce qu’un crevard doit faire pour grimper au sommet
Par Juan Manuel Olarieta
Le président de la Commission européenne entre 2004 et 2014,
le Portugais José Manuel Durão Barroso, vient d’être recruté par la banque
américaine Goldman Sachs. On appelle parfois cela les « portes tournantes »,
parce que les politiciens gardent un pied dans la fonction publique et l’autre
dans le privé. Mais aussi parce qu’avec ce genre de personnages, on ne sait
jamais très bien qui ils servent au juste, bien que la plupart du temps, ce
soit eux-mêmes.
Durão Barroso est le
prototype du lèche-bottes qui a commencé dans le maoïsme avant d’atteindre les
plus hauts sommets. En 2003, il participa avec Aznar et Blair, alors qu’il
était Premier ministre du Portugal, à la réunion des Açores qui bénit les plans
de Bush pour envahir l’Irak. Cela lui ouvrit grandes les portes de Bruxelles.
Goldman Sachs est une banque experte dans l’art de pêcher
les laquais européens. Elle l’a déjà fait avec Mario Draghi qui, après son
passage par la banque, accéda à la présidence de la Banque d’Italie puis à
celle de la Banque centrale européenne.
Les banques sont comme Dieu : elles savent récompenser
généreusement leurs fidèles avec la « vie éternelle ». Les pots-de-vin et les
enveloppes ont fait leur temps, tout comme le trafic d’influence. Un politicien
ou un haut fonctionnaire sait parfaitement ce qu’il doit faire pour plaire à
ses maîtres, gravir les échelons et « faire carrière ».
Seuls les pays miteux, comme l’Espagne, continuent à
bricoler avec des combines et des sacs d’argent noir cachés dans les sièges des
partis politiques. Le capital financier, lui, récompense la loyauté avec des
fonds de pension qui, en quelques années à peine, permettent de gagner plus que
toute une vie passée dans une institution publique.
Presque plus personne n’organise de chasses aujourd’hui. Les
pistons ne sont plus assez raffinés. Il y a désormais des entreprises et des
groupes de pression spécialisés dans « la création de réseaux » et les
relations publiques professionnelles : croisières, colloques ou conférences à
un prix dérisoire pour les banques et les grandes firmes. C’est flatteur de
sentir qu’un fonds vautour, même s’il n’est pas aussi puissant que BlackRock,
réclame vos services. À un crevard comme Durão Barroso, on fait la révérence
comme s’il était un sultan. Dans un marché du travail de plus en plus instable,
ils peuvent vous assurer la belle vie pour toujours.
À Bruxelles, les bureaux ne sont guère plus que des décors,
bien que la ville abrite l’OTAN, l’Union européenne et soit la capitale de la
Belgique. La plupart des immeubles sont vides, faute d’assez de parasites pour
remplir les bureaux. Ils contrastent avec les mendiants qui encombrent les
rues, les places et les gares — pour eux, il n’y a décidément pas de place en
ville.
En revanche, les restaurants du centre sont pleins à
craquer. Impossible d’y trouver une table libre. Les commerciaux des groupes de
pression les réservent chaque jour, car leur agenda est saturé de rendez-vous
avec toutes sortes de fonctionnaires, qui ne dépensent pas un centime pour
déjeuner. C’est la carte de crédit du conseil ou du département qui règle,
juste pour parler, passer un moment, s’informer, présenter de nouveaux visages…
Dans le capitalisme, les sicaires du type Durão Barroso sont
aussi indispensables que les capitalistes eux-mêmes. Les universitaires
appellent cela la « mobilité sociale » : cette idée que les serfs peuvent un
jour siéger dans les conseils d’administration des grandes banques
internationales. Les opportunistes font la queue, multiplient les marques de
soumission, cherchent les raccourcis et se vendent au plus offrant.
On ne choisit pas son origine de classe, mais on choisit son
chemin de classe. C’est pourquoi les débrouillards sont condamnés à renier ce
qu’ils sont. Il n’y a pas d’autre manière de passer de Valpaços, une région
pauvre du nord du Portugal, à la Cinquième Avenue.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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