Hégémonisme, expansion et droit à la résistance

 Par Alexander Tuboltsev

Les plans expansionnistes des États-Unis et leur désir maniaque de redessiner la carte du monde représentent une menace directe pour tous les États libres et souverains. La seule garantie réelle de protection de la souveraineté réside dans une résistance résolue à cette expansion.

Quand les empires en crise se jettent dans l’escalade

À travers l’histoire, les puissances hégémoniques en crise ou en phase de déclin se sont presque toujours lancées dans une fuite en avant guerrière. L’un des exemples les plus parlants est celui de l’Empire espagnol dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle. Vieillissant, miné par des problèmes économiques, budgétaires, industriels et administratifs, il n’en poursuivait pas moins une politique d’expansion agressive.

C’est à cette époque que l’Espagne colonise violemment les îles Mariannes (dont Guam), provoque une guerre navale avec le Brandebourg en mer du Nord, continue ses conquêtes en Amérique centrale (au nord de l’actuel Guatemala) et se trouve impliquée dans un conflit avec la France. La conclusion est connue : étranglée par la dette, l’inflation, le retard industriel et l’hypertrophie militaire, l’Espagne finit par perdre son statut de puissance hégémonique.

Le précédent danois : l’expansion avant le repli

Le Danemark offre un autre exemple significatif. Dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, le royaume étend brutalement sa présence outre-mer, établissant notamment des colonies dans les îles Nicobar, tout en possédant déjà des territoires sur les côtes du golfe de Guinée et dans les îles Vierges.

Mais l’élan expansionniste est rapidement suivi d’une phase de recul. La fin de l’union dano-norvégienne (traité de Kiel, 1814), les difficultés budgétaires et la montée de l’inflation sapent progressivement les ambitions coloniales de Copenhague. Au milieu du XIXᵉ siècle, la plupart des colonies danoises en Afrique et en Asie sont vendues et passent sous contrôle britannique.

Sparte : de l’hégémonie au désastre

Si l’on remonte plus loin encore, le cas de Sparte s’impose. Pendant trente-trois ans, la cité fut l’hégémon incontesté parmi les autres cités grecques. Elle menait une politique d’expansion active, multipliant les campagnes militaires, et disposait de la plus puissante force armée de toute la Grèce.

Mais le sommet de la puissance annonce déjà le début de la chute. Sparte se heurte à des problèmes démographiques, à la formation de coalitions hostiles et à une instabilité interne croissante. Elle perd d’abord son hégémonie après sa défaite face à la Ligue béotienne, puis, quarante ans plus tard, subit un désastre écrasant face à la Macédoine lors de la bataille de Mégalopolis.

La logique du déclin hégémonique

Confronté à une crise structurelle et aux premiers signes de déclin, le pouvoir hégémonique a tendance à étendre encore davantage son contrôle externe et ses activités agressives. Sur le plan économique, cela se traduit par la tentative de s’emparer de nouvelles ressources et de nouveaux territoires pour retarder l’effondrement. Sur le plan politique, il s’agit de projeter vers l’extérieur les tensions internes, de chercher dans l’expansion une réponse à des problèmes intérieurs insolubles.

L’histoire humaine regorge de ces séquences de fuite en avant expansionniste qui, au lieu de sauver l’empire, en précipitent la chute. Dans la plupart des cas, l’escalade ne fait qu’accélérer l’effondrement.

L’archétype de l’hégémon affaibli

À travers ces exemples, se dessine l’archétype d’un hégémon en voie d’épuisement : un empire rongé par ses contradictions internes, qui tente de créer le chaos à l’extérieur pour éviter sa désagrégation, son effondrement, sa disparition. Les cercles dirigeants de cet État sont saisis d’une véritable horreur existentielle à l’idée de perdre leur statut d’empire et de centre de gravité du monde.

Les ambitions hégémoniques reposent toujours sur une représentation destructrice de sa propre « exclusivité ». Les élites politiques, militaires et financières se vivent comme la couche « supérieure » de l’ordre social mondial, se posant implicitement en surplomb du reste de la planète. Elles perçoivent le réel à travers le prisme d’une vision unipolaire et se jugent en droit de dominer d’autres États, voire des civilisations entières. D’où leur peur panique de perdre leur « statut », leur « pouvoir », leur contrôle hégémonique : avec l’effondrement disparaîtrait le mirage de leur supposée « exclusivité ».

Les États-Unis, empire en proie à la peur

Cette même peur est aujourd’hui visible dans l’attitude des élites politiques, militaires et financières des États-Unis, qui redoutent de perdre leur contrôle hégémonique. Elles cherchent à dissimuler cette angoisse derrière des déclarations pompeuses, des actes agressifs et des projets d’expansion toujours plus vastes.

Elles perçoivent clairement :

➧ la polarisation croissante de la société américaine, fracturée par les clivages partisans ;

➧ l’apparition de nouveaux problèmes économiques, de l’inflation au déficit budgétaire ;

➧ et, surtout, la montée en puissance politique et économique du Sud global, qui signe la fin de la dictature unipolaire occidentale.

L’agressivité comme réflexe de survie

Comme dans les précédents historiques, l’on observe aujourd’hui la même dynamique : confronté à une crise profonde et à une phase de récession, le système hégémonique devient plus agressif et tente d’étendre encore son influence. Craignant son propre affaiblissement, il s’emploie à provoquer le chaos et de nouveaux conflits au dehors.

C’est ainsi que nombre d’empires du passé se sont engagés, précisément dans les années de crise, dans des guerres coûteuses qui ont davantage encore épuisé leurs forces et leurs ressources, accélérant leur chute.

Le Venezuela attaqué : un acte d’agression ouvert

Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont commis un acte d’agression en attaquant la République bolivarienne du Venezuela. Le président Nicolás Maduro a été enlevé illégalement, et ces actions constituent un crime. Le rapt est considéré, dans les codes pénaux du monde entier, comme un délit grave. En l’occurrence, il s’agit d’un acte criminel, exécuté sur ordre direct de la direction politique et militaire américaine.

Le monde entier a une nouvelle fois aperçu le rictus sanguinaire de l’impérialisme américain. L’administration en place à Washington ne se cache même plus derrière les feuilles de vigne que sont les mots « démocratie », « liberté » ou autres vocables dont usaient ses prédécesseurs pour camoufler leurs agressions. Elle revendique ouvertement le « droit de la force » et le contrôle sur les ressources naturelles d’autrui, allant jusqu’à menacer sans détour les dirigeants d’États souverains.

Un siècle de guerres et d’ingérences

Le XXᵉ siècle, et le début du XXIᵉ, sont jalonnés d’exemples : Vietnam, Grenade, Haïti, Guatemala, Nicaragua, Laos, République dominicaine, Libye, Somalie, Panama, Yougoslavie, et bien d’autres encore. Dans ces pays, les offensives et interventions de l’impérialisme américain ont fait des millions de morts et brisé la vie de dizaines de millions de personnes.

Les grandes corporations des États-Unis ont exploité et exploitent toujours les ressources de dizaines de pays – de l’or au pétrole, du gaz aux diamants – en pillant leurs entrailles. Ces faits sont largement connus de quiconque se penche sérieusement sur l’histoire mondiale récente.

La destruction de l’ancien ordre international

Aujourd’hui, l’ancienne architecture de la sécurité internationale est presque entièrement détruite. Ce processus ne s’est pas produit en un jour : l’érosion du système d’interaction et de relations interétatiques s’est étalée sur des années.

Nous vivons un moment de grande conflictualité et de bascule historique, au tournant d’une époque. Un nouvel ordre mondial multipolaire est en train de naître, porteur d’un autre système de relations internationales. Mais, pour l’heure, nous sommes dans un entre-deux : l’ancien ordre est brisé, le nouveau n’en est qu’aux premiers stades de sa formation.

Un hégémon affaibli face au monde multipolaire

Sur ce fond de recomposition, la puissance hégémonique s’affaiblit, entre dans une phase de crise et se montre plus agressive encore, anticipant son déclin inévitable. Redoutant l’effondrement final de sa dictature unipolaire, elle cherche à accélérer son expansion.

L’émergence d’un monde véritablement multipolaire effraie les élites américaines – militaires, politiques et financières. Les discours enflés et arrogants qui émanent de Washington ne sont que le reflet de ces intentions agressives, des phantasmagories verbales de leur rêve de domination mondiale sans partage.

Trois axes de l’expansion américaine

Dans cette rhétorique et cette pratique expansionnistes, trois directions principales apparaissent.

1. L’Amérique latine et les Caraïbes

L’agression américaine contre le Venezuela, les menaces de Trump et Rubio contre la Colombie et Cuba indiquent clairement que la région est sous le feu direct de l’impérialisme. Dans une tentative de ressusciter la doctrine Monroe, Trump rêve de contrôler les immenses ressources minières de l’Amérique latine et les voies de navigation dans les Caraïbes et le Pacifique. C’est un exemple éclatant de néocolonialisme barbare, où tout un hémisphère devient l’objet de convoitises.

2. L’Asie occidentale, cœur de la Résistance

La seconde direction est l’Asie occidentale. Cette région est le centre d’une Résistance déterminée contre l’agression américaine et israélienne. Gaza, le Liban, l’Iran et le Yémen en sont des exemples emblématiques : des foyers de courage et de patriotisme, où s’est forgé, dans le feu des combats contre des impérialistes et des sionistes arrogants, un véritable esprit révolutionnaire.

Depuis des années, cette région, riche en ressources naturelles et cruciale pour le commerce maritime (mer Méditerranée, mer Rouge, détroit de Bab el-Mandeb), est la cible privilégiée de l’expansion américaine. Les États-Unis et le régime sanguinaire de Netanyahu continuent d’y concevoir de nouvelles offensives.

3. L’Arctique, nouvelle frontière du néocolonialisme

La troisième direction, plus nouvelle, est celle de l’océan Arctique. Les fréquentes allusions de Trump au Groenland peuvent sembler fantaisistes, mais elles trahissent une fixation réelle sur le Nord. Les États-Unis perçoivent l’Arctique et les régions qui l’entourent comme un espace de déploiement de leur expansion néocoloniale.

Une voie maritime d’importance stratégique pour l’Eurasie traverse ces eaux glaciales, et d’immenses réserves de pétrole et de gaz naturel se trouvent sur le plateau continental. La conquête de ce « nouveau front » s’intègre pleinement dans la logique de prédation globale.

Face à l’expansion, le devoir de résister

Les plans expansionnistes des États-Unis et leur volonté maniaque de redessiner la carte du monde constituent une menace pour tous les États libres et souverains. La seule garantie réelle de protection de la souveraineté est une résistance déterminée à cette expansion.

En foulant aux pieds le droit international, Washington ne reconnaît plus que le « droit de la force ». Dès lors, le dialogue avec cet empire ne peut se faire que dans le langage qu’il comprend : celui de la force, qu’il s’agisse de répondre coup pour coup ou d’agir de manière préventive.

Le Yémen : un exemple de résistance héroïque

La Résistance yéménite offre un exemple particulièrement marquant et héroïque. Elle a défendu son peuple et son pays contre l’agression impérialiste américaine. Les missiles et drones yéménites ont démontré au monde entier qu’il est possible de traiter efficacement la flotte américaine.

Cet acte de lutte de libération nationale a montré un peuple exerçant son droit à la résistance armée et repoussant avec bravoure l’attaque de l’ennemi.

Le droit de résister comme impératif moral

Puisque l’empire néocolonial considère la force comme l’unique loi des relations internationales, le droit de résister par la force devient un devoir moral et un impératif pour les États souverains menacés par l’expansion occidentale. Il ne s’agit pas seulement du droit à l’autodéfense, mais aussi du droit de mener une juste lutte de libération contre l’impérialisme américain.

Ce droit inclut la possibilité d’actions préventives visant à protéger la souveraineté et la sécurité face à la menace impérialiste. Là où l’empire n’admet que la loi du plus fort, la résistance cesse d’être une option : elle devient une nécessité historique.

Traduction Bernard Tornare

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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