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Une guerre imaginaire ?

La guerre imaginaire : le plan allemand contre la Russie et l’économie de guerre européenne Par Mario Sommella Lorsque j’ai lu l’exclusivité du Wall Street Journal sur le plan de guerre de l’Allemagne contre la Russie, j’ai eu l’impression de remonter le temps. Non pas jusqu’à la Guerre froide, mais à une époque encore plus inquiétante : celle d’une Europe qui, malgré une profonde crise industrielle et sociale, retrouve dans les menaces extérieures la force unificatrice nécessaire pour exiger des sacrifices sans fin à ses citoyens et offrir des profits illimités au complexe militaro-industriel. Selon le WSJ et plusieurs autres médias, Berlin aurait élaboré un plan de 1 200 pages, baptisé « Plan d’opération Allemagne » (OPLAN DEU), détaillant le déploiement éventuel de quelque 800 000 soldats allemands, américains et d’autres pays de l’OTAN vers l’Est, à travers les ports, les fleuves, les chemins de fer et les routes d’Allemagne, en cas d’attaque russe contre l’Alliance. Le docum...

Les Européens doivent-ils se réhabituer à mourir à la guerre ?

Pour l’impérialisme (ou l’« Occident collectif »), un État russe autonome et fort est un adversaire qu’il faut éliminer ou affaiblir stratégiquement. Par Domenico Moro, sociologue et économiste italien Les récentes déclarations publiques du général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, ont provoqué en France un grand émoi. Selon Mandon, il faut renouer avec « l’acceptation de la perte de ses enfants. Ce qui nous manque, c’est la force morale d’accepter de souffrir pour protéger ce que nous sommes. Si notre pays vacille parce qu’il refuse d’accepter la perte de ses enfants, parce qu’il faut le dire, de souffrir économiquement — puisque les priorités devront être consacrées à la production pour la défense — alors nous sommes en danger » [I] . Il faudrait donc se réhabituer non seulement à sacrifier notre niveau de vie pour financer une augmentation des dépenses militaires, mais surtout à mourir à la guerre, en France et, semble-t-il, dans toute l’Europe. Il y ...

La violence et la guerre comme boussole politique des dictatures

  Par Alternativas Noviolentas   Les préparatifs de guerre de Trump contre le Venezuela Les préparatifs de guerre de Donald Trump autour du Venezuela devraient alerter toutes les consciences sur ce qui est intolérable. Nous nous opposons catégoriquement à toute intervention des États-Unis, non parce que nous considérons le gouvernement vénézuélien comme exemplaire, mais parce que Trump n’a aucun droit d’intervenir militairement. Nous avons plus qu’assez d’expérience pour savoir ce qui se passe lorsque les différents gouvernements américains s’ingèrent à l’étranger : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye… autant de pays laissés dans un chaos de destruction, de réfugiés, de blessés et de morts. Le monde en est devenu plus hostile, et la qualité de vie dans les pays attaqués s’en est profondément détériorée. Peu importe que la guerre se pare d’habillages humanitaires ou qu’elle soit justifiée par la lutte contre le communisme, le terrorisme, un tyran, par la défense de la liber...

Développement humain et guerre de classe

Par Stephen Sefton La crise de 2008 et le renforcement du néolibéralisme La crise financière internationale de 2008-2009 a intensifié des tendances déjà naissantes, aujourd’hui pleinement visibles tant au niveau national dans les pays occidentaux qu’à l’échelle internationale, avec la formation d’un nouvel ordre mondial. Pour résoudre à court terme cette crise extrême, les élites dirigeantes occidentales ont sauvé leurs secteurs financiers délinquants et, de la manière la plus ouvertement fasciste, ont transféré les colossaux coûts du sauvetage sur leurs propres populations. Parallèlement à cette répression économique intérieure, ces élites ont durci leur politique étrangère agressive habituelle, espérant freiner le délitement de leur contrôle néocolonial sur le reste du monde. Une guerre de classe à double échelle Aujourd’hui, face à leur défaite politico-militaire en Ukraine face à la Russie et à leur impuissance devant la puissance économique dynamique de la Chine, entre...

La stratégie de sécurité de Trump, une intention résolument fasciste

La T47NSS incite Washington à abandonner toute prétention égalitariste et multipolaire pour se consacrer sans vergogne aux seuls profits financiers dans ses relations avec les autres nations. Par Paul Street Le jeudi 4 décembre, la Maison Blanche a publié une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un document qui expose les intentions du régime Trump en matière d’ordre mondial, sous le slogan “America First”. Parmi les nombreux aspects notables de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis (T47NSS) du régime Trump, dont on n’entend pas beaucoup parler dans les médias et les commentaires grand public, on peut d’abord retenir qu’il s’agit d’un document résolument fasciste. Reprenant la “théorie du grand remplacement” raciste d’extrême droite et la notion de “génocide blanc” rampant, la T47NSS affirme que l’Europe est confrontée à un “effacement civilisationnel” en raison de politiques d’immigration laxistes. Elle engage les États-Unis à “promouvoir la grandeur ...

La fin de l’empire occidental : entre émancipation mondiale et restauration autoritaire

L’année 2025 s’achève sur un panorama mondial dévasté. Le génocide à Gaza, le réarmement de la triade coloniale États-Unis – Europe – Japon, les sanctions économiques généralisées, l’explosion des inégalités, les nouvelles menaces de guerre néocoloniale au Venezuela ou en Afrique… Par Tito, rédacteur de la revue Investig’Action Sous la propagande « humanitaire » se dissimule un système de rentes épuisées qui cherche à préserver ses privilèges. Financières, médiatiques, militaires et technologiques, ces rentes constituent la colonne vertébrale d’un ordre mondial fondé sur la prédation. Mais cette architecture vacille. La domination occidentale s’érode, tandis que le Sud global s’émancipe. La triade coloniale ne produit plus : elle punit Pendant des décennies, les États-Unis, l’Europe et le Japon ont contrôlé le commerce mondial, les matières premières et les flux de capitaux. Mais la machine se désagrège. L’Union européenne, qui exportait plus de 20% de la production mondial...

La cruauté comme outil politique

Par Marcelo Trivelli La cruauté commence à être validée par certains dirigeants politiques et rencontrée avec bienveillance par des secteurs de la population qui y voient une forme d’ordre émotionnel. Ce qui autrefois aurait été jugé inacceptable est aujourd’hui célébré, partagé, viral. La cruauté est devenue un instrument politique. Le message d’un candidat à la présidence adressé aux migrants en situation irrégulière : « Ils partent volontairement ou nous les expulsons », accompagné d’un compte à rebours vers une éventuelle présidence, en constitue un exemple clair. Il ne cherche pas à résoudre la crise migratoire ; il cherche à susciter la peur. Et cette peur retombe sur des personnes bien réelles : des familles fuyant la violence, des travailleurs ayant tout quitté, des enfants arrivés sans comprendre ni les frontières ni les procédures. Dans le même temps, le discours vise à obtenir le soutien de ceux qui ont besoin d’un coupable pour apaiser leurs propres peurs, frustrati...

La dérive de l’Europe

Par Enrico Tomaselli Il existe plusieurs aspects de la course aux armements actuelle — menée par l’Allemagne — et de la militarisation croissante de la société qui méritent d’être examinés, et surtout replacés dans un cadre d’analyse plus global. Cette volonté de construire une « économie de guerre » — qui ne se limite pas aux armements, mais englobe aussi les investissements dans les infrastructures — repose, entre autres, sur un calcul économique : certains pensent qu’elle pourrait relancer la machine continentale. À mes yeux, il s’agit d’un pari risqué : le résultat est tout sauf assuré, même s’il est probable qu’à court terme, ce modèle déclenchera des mécanismes capables de freiner, au moins temporairement, le processus d’appauvrissement. Mais, faute de ressources suffisantes — l’Europe s’étant déjà vidée de son sang dans son soutien à l’Ukraine —, une telle orientation exigera une profonde réorganisation des dépenses publiques : les budgets sociaux seront en partie détourné...

Europe, fille de l’Empire romain et pilleuse des peuples

  Par Stalin Vladímir Centeno Avant Rome : un territoire sans unité Bien avant le Ier siècle de notre ère, ce territoire que l’on présente aujourd’hui comme la grande Europe n’avait ni forme ni direction. C’était un espace éclaté, peuplé de tribus, de villages et de petits royaumes vivant d’une agriculture rudimentaire. On chassait, on gardait les troupeaux, on troquait entre voisins. Ces communautés vivaient dans la sauvagerie, se disputant violemment les routes, les récoltes, les sources d’eau et les zones de domination. Aucune autorité centrale n’existait : celui qui pouvait s’imposer régnait, chaque groupe dictait sa loi avec des armes courtes et des armées dérisoires. Tel était ce monde morcelé avant qu’il ne devienne le centre du pouvoir impérial, bien avant même d’être baptisé “Europe”. L’ordre romain et la naissance de l’idée d’Europe Entre le Ier siècle avant J.-C. et le Ve siècle après J.-C., l’Empire romain change radicalement la face de cette mosaïque. Ses légio...