« Emmenez-les chez vous » : la misère morale déguisée en argument

Par André Abeledo Fernández

Camarades,

Il y a une phrase devenue le saint signe de reconnaissance du fanatique d’extrême droite à la pensée limitée, cette sous-espèce qui confond la haine avec la pensée et le ressentiment avec l’argument : « si tu aimes les immigrés, emmène-les chez toi ». Ils la répètent avec le même automatisme que d’autres répètent un slogan publicitaire, sans s’arrêter une seule seconde pour penser que, en réalité, ils avouent quelque chose de bien plus grave que ce qu’ils croient dénoncer : leur propre incapacité à ressentir de l’empathie et leur absence totale d’habitude d’utiliser les quelques neurones que la génétique leur a prêtés.

Allons-y point par point, car il convient d’expliquer cela lentement à ces spécimens.

Moi, j’aime les enfants. Cela ne veut pas dire que je vais emmener tous les enfants du monde chez moi, parce que ce n’est pas cela que signifie défendre un droit. Défendre le droit de n’importe quel enfant à avoir une enfance n’exige pas de transformer mon salon en orphelinat : cela exige de réclamer qu’il existe des écoles, des soins de santé, une protection et un avenir pour tous les enfants, d’où qu’ils viennent. De la même manière, défendre le droit de toute personne migrante à la dignité ne signifie pas la faire vivre chez moi. Cela signifie défendre son droit à avoir des papiers, un travail digne, un logement et les mêmes droits que n’importe quel voisin de ce quartier. Cela signifie défendre l’humanité que ces spécimens, nés et élevés dans la haine et l’ignorance, ont complètement perdue.

Car voilà la clé qui leur échappe, camarades : emmener quelqu’un chez soi n’a jamais été la solution à quoi que ce soit. La solution, c’est une société qui n’abandonne personne, qui répartit les richesses qu’une poignée de gens accumulent aujourd’hui, qui ne met pas le travailleur autochtone face au travailleur migrant pendant que le patron se frotte les mains en les regardant se battre pour des miettes. Aider celles et ceux qui en ont besoin — qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs — n’appauvrit pas la société : cela l’enrichit. C’est la logique la plus élémentaire de la solidarité de classe, celle que le fascisme tente d’effacer depuis un siècle à coups de mensonges et de peur.

Et voici ma conclusion, sans nuances ni complexes : je préférerais mille fois avoir pour voisin un immigré qui traverse la moitié du monde à la recherche d’une vie meilleure pour sa famille plutôt que n’importe lequel de ces fachos pauvres qui passent leur journée à cracher leur venin depuis le canapé d’un appartement qui ne leur appartient pas, défendant bec et ongles les intérêts d’une classe dominante qui ne les invitera jamais à sa table. Car l’immigré qui arrive en cherchant du travail apporte de l’effort, de la dignité et l’envie de vivre. Le facho pauvre, lui, n’apporte que de la haine, des complexes et la honte qu’on ressent en voyant quelqu’un défendre avec passion les privilèges de ceux qui le méprisent.

Ils ne nous voleront ni la rue, ni le quartier, ni la parole. Face à leur absence de neurones, camarades, la seule réponse possible est l’organisation, la mémoire et la classe.

Le racisme est un complexe d’infériorité avec un drapeau.

Je l’ai toujours pensé et chaque jour le confirme davantage : le racisme est l’affaire de gens qui souffrent d’un profond complexe d’infériorité. Car enfin, quel degré de médiocrité faut-il atteindre pour avoir besoin de s’accrocher à la couleur de peau ou au lieu de naissance — une loterie, rien de plus, quelque chose que personne ne choisit — afin de se sentir meilleur qu’un autre être humain ? Quel type de vide intérieur faut-il avoir pour devoir se sentir supérieur à quelqu’un simplement afin de se sentir bien avec soi-même ? Cela me dépasse, je l’avoue. Mais je sais parfaitement pourquoi cela arrive.

Cela arrive parce qu’il existe un semis de haine, évident et délibéré, qui profite de l’ignorance, de la frustration et de la peur d’une société épuisée jusqu’à la moelle. C’est la vieille tactique de toujours, celle qu’emploie l’extrême droite — et qui, au fond, sert le même capitalisme qu’elle prétend combattre — : chercher un bouc émissaire faible afin de détourner le regard des véritables coupables, qui ne sont autres que les milliardaires de toujours, ceux qui imposent des loyers impossibles, ceux qui signent des contrats de misère, ceux qui décident qui mange et qui ne mange pas.

Et ce semis prend racine : il y a des gens convaincus que leur problème, ce sont d’autres personnes exploitées comme eux, maltraitées comme eux, à la recherche d’une vie meilleure comme eux. Des personnes qui n’accaparent pas les richesses, qui n’augmentent pas les loyers, qui ne signent pas les contrats poubelles. Des personnes qui fuient précisément les conséquences provoquées par ceux-là mêmes qui nous appauvrissent tous ici. Ne pas être capables de voir qu’ils sont dans le même bateau que nous, que l’ennemi commun est en haut et non à nos côtés, voilà la plus grande victoire que puisse obtenir l’extrême droite, et ceux qui tirent ses ficelles.

Et il y a une limite qu’on ne peut franchir sans devenir un monstre : lorsqu’on appelle un enfant « mena », lorsqu’on appelle un enfant un envahisseur, lorsqu’on appelle un enfant un ennemi. Comment peut-on appeler ainsi quelqu’un qui a été, avant toute chose, un enfant ? Quelle sorte d’être sans empathie, quelle sorte de monstre, est capable de déshumaniser ainsi l’enfance ? Sincèrement, camarades, je ne peux même pas le comprendre. Et je n’ai pas l’intention de le normaliser.

Jusqu’à la victoire, toujours !

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial. 

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