Nous savons tous que cette civilisation est condamnée, mais ils continuent de nous dire que tout est normal

Par Caitlin Johnstone

Vivre dans les années 2020 s’accompagne d’une telle dissonance, d’une telle dysphorie, parce que tout le monde sait que cette civilisation est condamnée. Mais aucune de nos institutions dominantes ne veut le reconnaître.

Nous voyons tous, en temps réel et sous nos yeux, que tout empire de jour en jour. Pourtant, nos responsables politiques n’en parlent pas. Nos grands médias ne le rapportent pas. Nos systèmes éducatifs ne l’admettent pas. Il y a, en permanence, un éléphant gigantesque au milieu de la pièce et les gens ordinaires en ont une conscience aiguë, mais les experts de plateau continuent de parler comme si tout allait poursuivre son cours normal dans un avenir prévisible.

Nous voyons tous les étés devenir plus brûlants.

Nous voyons tous qu’il y a moins d’insectes, moins d’animaux sauvages autour de nous que lorsque nous étions enfants.

Nous voyons tous que l’empire occidental vit à crédit, suspendu au temps qui lui reste.

Nous voyons tous que les jeunes générations ont infiniment plus de mal que leurs parents et grands-parents à se loger et à assumer les dépenses de la vie courante.

Nous voyons tous que la technologie stagne, à mesure que le modèle capitaliste de l’innovation à but lucratif atteint les limites de ce qu’il peut encore apporter à notre espèce.

Nous voyons tous les applications, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les services technologiques se dégrader, année après année, devenant toujours plus médiocres, plus envahissants, plus inutiles.

Nous voyons tous l’intelligence artificielle aggraver les choses, transformer chacun en nourrisson cognitif incapable d’agir par lui-même, tout en échouant sans relâche à tenir les promesses que ses promoteurs brandissent à grands renforts de slogans.

Nous voyons tous les personnes qui nous entourent devenir plus ignorantes, plus instables, plus malheureuses, tandis que nous sommes poussés dans des conditions dystopiques où chacun s’aliène toujours davantage et doit payer un abonnement mensuel pour avoir l’illusion d’être connecté aux autres.

Nous voyons tous l’autoritarisme d’État se durcir à mesure que grandit la colère publique contre l’ordre établi.

Nous savons tous que nous vivons dans une situation totalement insoutenable. Nous savons tous que nous roulons dans un bus dont les roues se désintègrent à pleine vitesse.

Mais personne, au sommet, ne le reconnaît. Les journaux télévisés continuent de s’attarder sur les derniers ragots de célébrités et sur la question de savoir si la petite flèche de l’économie monte ou descend. Les films et les séries continuent de mettre en scène des personnages fantasques et spirituels pour lesquels le capitalisme fonctionne à merveille. Les responsables politiques continuent de parler des guerres culturelles et du Dictateur Maléfique du Jour.

On tient pour acquis que nos petits-enfants vivront dans un monde plus ou moins semblable au nôtre, alors que nous savons tous que cela est impossible.

Les roues du bus se détachent, mesdames et messieurs. Le trajet touche à sa fin.

Je ne dis pas que nous allons tous mourir. Je dis simplement que cette civilisation, dans sa forme actuelle, ne peut absolument pas durer. Des changements d’une ampleur vertigineuse nous attendent au prochain virage, que cela nous plaise ou non : soit par une transformation volontaire, soit à la faveur d’un événement cataclysmique qui s’imposera à nous contre notre volonté.

La vie dans les années 2020 produit une dissonance spirituelle si profonde parce que nous savons tous que c’est la réalité, mais toutes les sources auxquelles on nous a appris à nous fier pour comprendre le monde font comme si tout allait parfaitement bien. Elles recouvrent le réel d’une peinture joyeuse, tandis que chaque personne lucide fixe les immenses fissures noires qui ne cessent de crever la surface.

Cela dit tout ce qu’il faut savoir sur la compétence de ceux qui tiennent le volant. Ceux qui dirigent continueront de précipiter cet engin vers le sol jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à sauver. S’il doit y avoir une révolution capable de sauver le monde, elle viendra des gens ordinaires qui acceptent de regarder la réalité en face et non des oligarques et des gestionnaires d’empire qui pilotent aujourd’hui la machine, aveuglés par leur quête du profit et du pouvoir.

Soit nous trouvons le moyen de leur arracher les mains du volant et de reprendre le contrôle, soit nous nous retrouverons face aux horreurs à venir qu’ils nous ont dissuadés d’imaginer, pendant qu’ils continuent de nous conduire, implacablement, vers notre perte.

Traduction Moulouwa T.

Source en anglais

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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