Avec l’essor de l’extrême droite, nous entrons dans un nouveau cycle de haine et de mort

Par Elvin Calcaño

Les forces d’extrême droite et les grandes élites qui tirent profit de ces discours opposant l’avant-dernier au dernier ont déjà désigné l’Autre que l’on peut éliminer. Il ne manque plus que quelques conditions supplémentaires pour que nous entrions pleinement dans la dynamique des grands crimes. L’Histoire est très claire à ce sujet.

Les conditions de la déshumanisation

Il suffit d’étudier les processus ayant conduit aux grands massacres et aux exterminations du XXᵉ siècle pour comprendre que nous entrons dans une période extrêmement dangereuse, avec la prolifération et la normalisation actuelles des discours de haine. Nous pouvons affirmer que se créent les conditions subjectives permettant de justifier l’élimination de l’Autre.

Cet Autre est placé en dessous du seuil de l’humain, comme le dirait Fanon. C’est un Autre intérieur auquel, parce qu’on le considère dépourvu d’humanité et différent de nous, on peut donner la mort. Ou dont l’élimination devient un devoir.

Les discours ultradroitiers fondés sur la haine, la xénophobie et le mépris des pauvres, combinés à la logique algorithmique des réseaux sociaux — qui encouragent les préjugés et déforment la vérité — préparent nos sociétés à la logique de mort qui a toujours précédé les grands crimes. Les ultradroitiers et les grandes élites bénéficiaires de ces discours, qui dressent l’avant-dernier contre le dernier, ont déjà désigné l’Autre que l’on peut éliminer. Il ne manque plus que quelques conditions pour que nous basculions pleinement dans la dynamique des grands crimes. L’Histoire est très claire à ce sujet.

Le mythe d’une nation « pure »

Avant tout crime de cette nature, la première étape consiste à installer la déshumanisation d’un Autre qui menacerait un Nous essentiel et pur. Une menace latente qui voudrait nous voler notre terre, déformer notre identité et qui aurait toujours cherché à nous détruire.

Ensuite, on raconte l’histoire d’une patrie parfaite et harmonieuse, rendue telle par sa pureté. À cette époque-là, dit-on, chaque chose était à sa place. Les autres dehors, nous dedans. L’ordre naturel des choses fonctionnait.

En Europe, cette vision fait apparaître un passé où chacun portait des noms de famille semblables et où seuls des voisins blancs circulaient dans les rues. Aux États-Unis, elle suppose de tourner le regard vers un XIXᵉ siècle où les lois Jim Crow maintenaient les Noirs, toujours considérés comme inférieurs et suspects, séparés de la race blanche prétendument supérieure. Pour de nombreuses nations d’Amérique latine, aujourd’hui marquées par une conception machiste et raciste, ce récit rejoint un passé dans lequel les autochtones et les Noirs n’avaient aucun droit, et où les femmes pouvaient à peine prendre la parole à l’intérieur de leur foyer.

L’invention de l’ennemi et du sauveur

L’opération se poursuit avec la description d’une prétendue élite — ainsi, dans l’abstrait, c’est-à-dire sans jamais préciser exactement laquelle — qui aurait ouvert les portes aux Autres. Elle leur aurait livré la nation ; par amour de l’argent et du pouvoir, elle aurait tout vendu.

C’est ici que le discours ultradroitier bascule dans le domaine de la schizophrénie, quand ce n’est pas directement dans celui de la folie. Car rien ne garantit et ne normalise davantage la domination des élites réellement existantes que la vision de droite et conservatrice.

Dans ce contexte surgit alors un dirigeant fort, prétendu sauveur, qui promet de restaurer l’ordre. De remettre chaque chose à sa place, comme au temps des années glorieuses. De faire renaître la patrie et la race pure du Nous. C’est dans ce cadre qu’apparaissent les Trump, Bolsonaro, Milei, Bukele et Kast : des mâles blancs, réactionnaires, ouvertement hostiles aux pauvres et racistes, qui, abrités derrière des pseudo-théories « libertariennes », prétendent avoir toutes les solutions et savoir comment créer la richesse.

Quand l’élimination devient pensable

À partir de là, lorsqu’il devient normal de déshumaniser l’Autre, de le définir comme un ennemi, de l’animaliser, de le réduire à moins qu’une ordure, il ne reste plus qu’à le tuer.

Il suffit alors de l’un de ces moments d’hystérie collective pour passer à l’extermination, pour appliquer le « nettoyage ». Les masses sont exaltées et réclament le rétablissement d’une grandeur et d’une pureté imaginaires. C’est ce qu’a fait Hitler, comme tous ceux qui, au XXᵉ siècle, ont dirigé des processus d’extermination.

Il n’a manqué qu’une crise pour faire tomber les certitudes qui, jusque-là, structuraient les sens communs dominants. Alors, au cœur de l’incertitude, face à un avenir qui semblait pire encore que le mal déjà présent, les populations ont appelé le dirigeant fort à imposer l’ordre et à nettoyer la maison.

Ce sont les moments où le politique, obéissant à sa propre logique, impose des limites à la rationalité. Lorsque les majorités applaudissent les discours les plus monstrueux. C’est ainsi que les pires avancent. La patrie existentielle s’impose à la patrie constitutionnelle. Le politique supplante la politique de la pire manière.

Le silence face à la politique de mort

Le problème, comme au XXᵉ siècle, est que les voix appelant à arrêter la folie ne sont pas entendues. Les messages de raison émanant des milieux libéraux ou centristes restent stériles.

Pire encore, ces secteurs libéraux contribuent souvent, dans le même mouvement, à normaliser la politique de mort, en affirmant qu’il existerait également des extrêmes de l’autre côté. Ou bien ils refusent de voir ce qui s’annonce et s’acharnent à désactiver les garde-fous démocratiques et idéologiques qui pourraient freiner les porte-parole de cette politique de mort. Car, disent-ils, les bloquer ne serait pas démocratique.

Tout cela se produit dans une opinion publique spécifiquement structurée pour barrer la route aux gauches. Parce que ce sont les maudits « communistes » ! Et, une fois encore comme au XXᵉ siècle, après la tragédie, lorsque la destruction aura eu lieu, une personnalité importante finira par dire : « Regardez, les gauches avaient raison, elles nous avaient prévenus. »

Viendront alors des années et des décennies de lamentations et d’hommages. Les sociétés capitalistes reviendront à une forme de consensus dans laquelle certaines idées de gauche ou progressistes trouveront une place. Le capital « s’humanisera » et il deviendra normal d’affirmer qu’il faut imposer certaines limites aux marchés. Et que l’égalité est importante.

Autrement dit, les gauches retrouveront un certain espace et pourront produire ce que Foucault appelait de la « véridiction ». Jusqu’à ce que le temps passe, qu’une autre crise survienne et qu’il redevienne populaire de rejeter la faute sur un Autre.

Alors, les gens cesseront de penser, et le politique imposera à nouveau des limites à la rationalité, de la pire des manières. Se droitiser et haïr redeviendra la solution la plus facile. Et nous reviendrons ainsi au cycle de la déshumanisation, de la haine et de la mort.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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