Mensonges par omission et nouveaux crimes de guerre US à l’horizon
Par Nate Bear
Les États-Unis ont déployé la plus importante présence
militaire dans la région depuis l’invasion de l’Irak il y a près de 23 ans, et
s’apprêtent une fois de plus à commettre des meurtres de masse et à perpétrer
d’innombrables crimes de guerre.
Hier, un nombre considérable d’avions, des avions de chasse
aux avions ravitailleurs en vol en passant par les avions de commandement et de
contrôle, ont quitté les États-Unis à destination de la région. Ils ont fait
escale dans des bases militaires américaines en Angleterre et en Allemagne, car
les crimes de guerre coloniaux ne sont jamais complets sans la participation de
l’Europe.
Une attaque américaine contre l’Iran, en violation flagrante
du droit international si tant est qu’il vaille encore la peine d’être
mentionné, semble imminente.
Pourquoi ? Pour Israël, pour le pétrole, pour la projection
de puissance, pour l’héritage de Trump. Parce que la logique du complexe
militaro-industriel exige que les 1 000 milliards de dollars dépensés chaque
année et l’impressionnant arsenal de machines à tuer ne tombent pas dans
l’oubli.
C’est ainsi que se comportent les empires.
Car les États-Unis sont synonymes de violence.
Et quoi de plus éloquent qu’une bonne grosse guerre pour
illustrer la violence américaine ?
Depuis 1776, les États-Unis ont été en guerre offensivependant 222 des 239 années de leur existence constitutionnelle. Le pays n’est
pas près de s’arrêter, surtout avec l’alignement des astres en faveur d’un
projet que l’axe américano-israélo-sioniste cherche désespérément à concrétiser
depuis près de 50 ans.
Bien qu’une nation en guerre quasi permanente s’apprête à
attaquer un pays qui n’a pas déclenché de guerre depuis près de 300 ans, les
États-Unis et Israël vont encore se poser en sauveurs et en pacificateurs.
Les dirigeants de ces pays se feront passer comme tels,
tandis que les médias occidentaux soumettront leurs lecteurs et téléspectateurs
à un déluge de propagande pour justifier les meurtres et blanchir les crimes.
Les prémisses
Mais la propagande ne débute pas le jour de l’attaque.
En réalité, la situation actuelle est le fruit du traitement
médiatique de la question iranienne au fil des ans.
Nous ne serions pas au bord d’une nouvelle guerre majeure
menée par les États-Unis sans les mensonges par omission, souvent insidieux,
qui caractérisent depuis des décennies la couverture médiatique occidentale de
l’Iran, notamment ces derniers mois.
Penchons-nous sur certains d’entre eux.
Changement de ton
Tout d’abord, et ce point est essentiel, la prémisse de
l’attaque.
En juin dernier, Trump a déclaré que les États-Unis auraient
“anéanti” les sites nucléaires iraniens.
Or, aujourd’hui, huit mois plus tard, les États-Unis
semblent avoir besoin d’une guerre d’une ampleur sans précédent pour venir à
bout du programme nucléaire iranien.
Personne ne posera la question qui s’impose.
Le prétexte, à savoir que le programme nucléaire iranien
serait une menace, perdurera dans l’esprit des consommateurs de médias
occidentaux à qui l’on a pourtant assuré, il y a seulement huit mois, que tous
les sites nucléaires avaient été détruits.
Des termes lourds de sens
“Programme nucléaire iranien”.
Ces termes sont porteurs d’une intention rarement analysée
ou explicitée.
Jamais assortis d’un quelconque contexte, ils sont
délibérément conçus pour faire taire toute pensée critique, comme je l’ai déjà écrit dans un précédent article.
Les médias occidentaux n’expliquent jamais que l’Iran est
l’un des plus grands producteurs mondiaux de produits radiopharmaceutiques
permettant de diagnostiquer et de traiter le cancer. Or, pour diagnostiquer et
traiter le cancer, des isotopes médicaux sont indispensables. Et on ne peut
produire d’isotopes médicaux sans enrichir l’uranium. L’Iran figure parmi les
cinq premiers exportateurs mondiaux de médicaments radioactifs et fournit des
traitements nucléaires à quinze pays, dont certains en Europe — même si les
sanctions contre l’Iran interdisent l’importation de produits
radiopharmaceutiques.
Sans son “programme nucléaire” délibérément dépeint de
manière mensongère, l’Iran aurait du mal, voire serait incapable, de
diagnostiquer et de traiter les personnes atteintes de cancer et d’autres
maladies.
L’accord sur le nucléaire
Les médias ne mentionnent jamais ces faits et ne parlent pas
non plus du contexte des menaces américaines vis-à-vis de l’Iran sur ce
programme. En plein déferlement médiatique autour des négociations et des
accords possibles, les médias occidentaux ne mentionnent jamais que Trump a lui-même a rejeté un accord signé en 2016
qui fonctionnait parfaitement.
Cet accord, ratifié par le Conseil de sécurité des Nations
unies, garantissait des inspections régulières des sites et autorisait l’Iran à
produire des matières nucléaires à des fins médicales et énergétiques. Les
médias ne nous diront jamais que la dernière inspection de l’Agence
internationale de l’énergie atomique a conclu que l’Iran se conformait pleinement à ses obligations.
On ne nous rappelle jamais que Trump, sous la pression de
ses soutiens sionistes déterminés à déclencher une crise qui pourrait conduire
les États-Unis et Israël à la guerre, a délibérément créé de toutes pièces un
faux problème à résoudre pour faire oublier l’un des rares succès d’Obama.
Et, comme nous le découvrirons bientôt, il n’a jamais eu la
moindre intention de le résoudre pacifiquement.
Mais les médias continueront à prétendre qu’il s’agit de
négociations de bonne foi entravées par les exigences de l’Iran. Ils ne nous
diront pas non plus que ces exigences portent sur la possibilité de
diagnostiquer et de traiter le cancer.
Unilatéralisme
Les médias omettent d’ailleurs volontairement de rappeler
que les États-Unis se sont retirés unilatéralement de l’accord précédent.
En effet, rappeler aux lecteurs que la crise a été
déclenchée par les États-Unis pourrait faire passer ces derniers, et non
l’Iran, pour un État voyou.
L’unilatéralisme américain est souvent occulté par les
médias occidentaux. C’est pourquoi nous n’avons pas beaucoup entendu parler des
66 organisations et traités internationaux dont les États-Unis ont annoncé enjanvier leur retrait. Et si vous croyez que cet unilatéralisme n’est imputable
qu’à Trump, sachez que l’administration Biden s’est retirée du traité sur les
forces nucléaires à portée intermédiaire et du traité Open Skies, deux éléments
clés du cadre international de prévention de la guerre nucléaire.
Les États-Unis, État voyou, agissent au grand jour, et se
démènent pour le dissimuler. Car si le vrai visage des États-Unis venait à
transparaître, les gens pourraient se demander si leur violence permanente
s’apparente à un combat pour la liberté ou la paix, ou à celle commise par un
vulgaire voyou.
Ils pourraient être amenés à se demander qui sont vraiment
les méchants.
Les armes nucléaires d’Israël
À propos d’États voyous, les médias se gardent bien de
passer au crible le postulat fondamental qui sous-tend toute la question de la
capacité nucléaire iranienne.
Ils ne se demandent jamais pourquoi Israël se réserve le
droit de posséder l’arme nucléaire, mais pas l’Iran. Ils évitent de poser la
question de savoir pourquoi l’agresseur par excellence de la région, auteur de
génocide et violateur constant des lois et des normes, est celui à qui l’on
confie l’arme la plus destructrice de l’histoire de l’humanité.
S’ils le reconnaissaient, ils devraient alors qualifier
Israël d’agresseur.
Ils devraient alors expliquer les mécanismes d’un empire.
Ils devraient se pencher sur le deux poids, deux mesures et
les hypocrisies flagrantes, et encourager une pensée critique pour éviter tout
soutien inconditionnel à l’empire.
Mais une telle approche est tout à fait hors de propos.
Après tout, il est bien plus commode de rallier l’opinion à
la guerre si une grande partie de la population croit que vous êtes ceux qui
œuvrent pour la liberté et la paix.
Encore des prétextes
Si vous suivez l’actualité, vous savez peut-être que les
dernières négociations dépassent le cadre du programme nucléaire et
introduisent de nouveaux prétextes pour la guerre, dont le programme de
missiles balistiques de l’Iran.
Israël, encore sous le choc de la capacité de l’Iran à
frapper son territoire en juin dernier, souhaite que le nouvel accord comprenne
l’élimination de tous les missiles longue portée del’Iran.
Lorsque les États-Unis et Israël attaqueront, on nous dira
que l’Iran en est responsable. On nous dira ensuite qu’il est absurde de
vouloir conserver une capacité défensive face à un ennemi expansionniste et
génocidaire qui affirme ouvertement son intention de détruire l’Iran.
Le Guardian, entre autres, a déjà commencé à promouvoir le message.
En revanche, on ne nous demandera pas de nous interroger sur
les raisons pour lesquelles Israël peut posséder toutes les armes qu’il
souhaite.
On ne nous demandera pas non plus de nous poser des
questions sur l’intervention des États-Unis pour empêcher un pays de se
défendre contre Israël.
Cela sera simplement considéré comme l’ordre naturel des
choses.
La violence américaine
La prochaine guerre contre l’Iran sera totalement illégale :
une agression non provoquée commise par les États-Unis contre un pays situé à 7
200 km de chez eux et qui ne représente aucune menace.
Pourtant, je doute qu’un seul soldat américain s’y oppose.
Parce que les crimes de guerre massifs sont une tradition
américaine.
Parce que les États-Unis sont synonymes de violence.
Les États-Unis finiront-ils par rendre des comptes sur la
nature fondamentalement violente et impérialiste de leur société ?
À en juger par les alternatives politiques actuellement
proposées, cette hypothèse semble peu probable.
Alexandria Ocasio-Cortez, considérée par beaucoup comme la
figure de proue de l’aile gauche du Parti démocrate et une candidate
présidentielle crédible, s’est rendue à la conférence sur la sécurité de Munich
pour faire valoir sa crédibilité impérialiste. Lors d’une session parrainée par
Palantir, elle a refusé de condamner cette
escalade militaire tout en diffusant une propagande anti-iranienne en faveur
d’un changement de régime. Elle a également tenté de se démarquer de Trump,
allant même jusqu’à affirmer qu’il aurait dû
soutenir un changement de régime au Venezuela et renverser l’ensemble du
gouvernement.
Avec ce genre d’amis pacifistes de gauche, qui a encore
besoin d’ennemis bellicistes comme Trump ?
Liberté
La guerre va éclater et les bombes vont pleuvoir. Les
politiciens et les médias vont alors répandre unepropagande mensongère sur les atrocités commises sur le nombre de morts lors
des récentes manifestations, tentant ainsi de nous convaincre que la violence
que nous voyons à l’écran est celle du libérateur.
Nous entendrons parler des “mollahs”, des ayatollahs et de
l’autoritarisme.
Le consommateur moyen de médias occidental sera alors
convaincu que les Iraniens vivent dans une société dépourvue de diversité,
dirigée par des fanatiques religieux qui lapideraient régulièrement des femmes
à mort, alors qu’une simple recherche sur YouTube montre
une réalité très différente. Des scènes de rues et de centrescommerciaux à Téhéran, qui auraient pu être filmées dans n’importe
quelle ville occidentale, sont accessibles en un clic, mais les consommateurs
de médias ne découvriront jamais ces sources.
Tout ce à quoi nous aurons droit, ce sera l’argument de la
violence impériale légitime.
Nous entendrons dire que l’Iran n’a pas réussi à conclure
d’accord, sans jamais entendre parler du contexte.
Nous entendrons encore parler des Américains comme de
libérateurs des Iraniens de la tyrannie, au nom du bien de l’humanité, alors
que l’unique voie vers la paix consiste à libérer les Américains de la tyrannie
de leur propre empire.
Commentaires
Enregistrer un commentaire