Des droits pour les maîtres, des devoirs pour les esclaves

 Par Jorge Majfud

Tout au long de l’histoire de l’impérialisme, il a toujours existé un accord tacite : seuls les maîtres et les puissants avaient le droit d’user de la force. Si les esclaves ou les colonisés se rebellaient, on les criminalisait comme des sauvages dangereux ou des terroristes.

Vers le milieu du XIXᵉ siècle, les théories pseudo-scientifiques — un mélange de darwinisme et de dogmes chrétiens (le « Destin manifeste », entre autres), étaient parvenues à justifier le racisme, le colonialisme et l’impérialisme européen au nom d’une prétendue supériorité raciale. Une supériorité qui, curieusement, n’incluait pas la compassion envers les « races inférieures », mais bien plutôt une haine névrotique et l’exploitation d’autres êtres humains considérées comme une nécessité commode.

Le droit fondé sur l’égalité des nations et des peuples n’a jamais réellement existé, sinon dans les belles déclarations de l’ONU. Comme pour les lois civiles de chaque pays, nous sommes tous égaux devant la loi, mais non devant la justice.

Tout au long de l’histoire de l’impérialisme, il a toujours été entendu — sans qu’il soit besoin de le dire — que seuls les maîtres et les puissants avaient le droit d’user de la force, même s’ils inondaient le monde de centaines de millions de morts, ce qu’ils ont effectivement fait.

Chaque fois que l’esclave ou le colonisé se soulevaient, prenaient les armes ou menaçaient de le faire, ils étaient criminalisés comme des sauvages dangereux ou des terroristes : tels furent les cas des peuples autochtones d’Amérique, des esclaves haïtiens, des Africains et des indépendantistes latino-américains, des Vietnamiens, des Palestiniens ou des Cubains — ceux qui vivent à Cuba, ces Palestiniens d’Amérique.

Tout au long de l’histoire de l’impérialisme, la règle n’a pas changé : seuls les maîtres et les puissants pouvaient se permettre la violence, même si cela semait la mort par dizaines de millions. Chaque fois que les esclaves ou les colonisés se rebellaient, prenaient les armes ou en menaçaient, on les accusait d’être des sauvages ou des terroristes — que ce soient les peuples autochtones, les révolutionnaires haïtiens, les Africains, les Latino-Américains, les Vietnamiens ou, plus récemment, les Palestiniens.

La haine n’est jamais souhaitable. Cependant, il est d’une hypocrisie absolue de mettre sur le même plan la haine du maître et celle de l’esclave. Le maître propriétaire hait ses esclaves pour ce qu’ils sont ; l’esclave révolté hait ses maîtres pour ce qu’ils font.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.

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