L’Occident est une déméritocratie
Ce n’est pas une faute de frappe pour « démocratie ». C’est le contraire d’une méritocratie.
Par Hua Bin
Je reste perplexe face à l’état des choses en Occident. Ce
qui me déroute le plus, c’est de savoir pourquoi des gens intelligents croient
et font des choses manifestement stupides.
Je ne parle pas de Trump. Il n’est pas une personne
intelligente. Il est l’exact opposé du « génie stable » qu’il prétend être.
Mais beaucoup de bureaucrates à Washington et dans d’autres capitales
occidentales sortent des meilleures universités, affichent des CV impeccables
et semblent dotés d’un QI supérieur à la moyenne.
Pourquoi ces gens adhèrent-ils à des récits et des
idéologies manifestement absurdes ? Pourquoi des esprits a priori brillants
croient-ils à des fables telles que : « l’invasion russe non provoquée », les
Israéliens seraient « les gentils » et leur génocide justifié, les États-Unis
pourraient gagner une guerre contre la Chine à Taïwan, l’Occident pourrait
dominer le monde comme au XIXᵉ siècle, le réchauffement climatique n’existerait
pas, et la course à l’abîme nucléaire n’aurait aucune conséquence ?
Qu’on cherche à fabriquer le consentement pour tromper la population et lui faire soutenir des politiques insensées, passe encore. La « démo » est de toute façon peu informée, déboussolée, malgré les chaînes d’info en continu. Mais que l’élite elle-même finisse par croire à sa propre propagande, voilà qui dépasse l’entendement.
Est-ce parce que ces élites sont si idéologiquement
dogmatiques et rigides qu’elles ne parviennent plus à voir la folie de leurs
propres narratifs et croyances ? J’en doute fort. Si ces individus sont arrivés
là où ils sont, c’est précisément parce qu’ils sont immoraux, sans éthique ni
principes. On imagine mal des gens aussi corrompus avoir la moindre chose
sacrée. Ils n’hésiteraient pas à vendre leur mère pour un billet ou une
promotion. Si vous pensez qu’ils conservent des qualités humaines ordinaires, vous
projetez vos propres valeurs sur eux.
Est-ce parce qu’ils rejettent par défaut toute pensée
rationnelle pour flatter les instincts les plus bas du public à coups de
pseudo-populisme ? Peut-être un peu. Mais la plupart des « récits » viennent
d’eux et sont administrés à la population à la cuillère. N’ont-ils pas peur du
ridicule quand ils répètent des absurdités comme « il n’y a pas de
réchauffement climatique », ou « s’il y en a un, c’est que Dieu serre les
Américains plus fort dans ses bras » ?
Croient-ils vraiment que tout le monde goberait l’histoire
d’un Arabe d’1,65 m et 60 kg, incapable de piloter un Cessna, mais qui aurait
maîtrisé un Boeing 767 comme un as de Top Gun pour percuter un immeuble au ras
du sol sans effleurer la pelouse ? Et c’est justement dans l’aile du Pentagone
ainsi frappée qu’on enquêtait, la veille, sur 2,3 billions de dollars de fonds
« égarés »…
Mon hypothèse est la suivante : l’Occident est désormais
pris dans une spirale de mort de déméritocratie. Une déméritocratie, c’est ce
qui advient d’un système lorsque des gens pourtant intelligents en viennent à
penser, dire et faire des choses manifestement irrationnelles, simplement pour
s’intégrer et progresser.
Par exemple, pour travailler aujourd’hui dans le domaine de
la sécurité nationale en Occident, il faut croire et affirmer que la Russie et
la Chine représentent une menace pour l’Europe et les États-Unis,
indépendamment des faits. Il faut défendre l’idée que ces pays sont les
agresseurs, alors même que ce sont les États-Unis et l’Occident qui les
encerclent de bases militaires, de flottes navales, d’avions espions et de
rampes de missiles. Peu importe que vous cherchiez un poste dans un ministère,
un think tank, une université ou un média lié de près ou de loin à la sécurité
nationale : vous devez réciter le narratif officiel.
Il en va de même dans le domaine économique : vous devez
répéter que la croissance chinoise est terminée, que la Russie va s’effondrer
sous les sanctions, et que l’inflation américaine est à 3%. Ces dogmes doivent
être crus malgré des données contraires et des preuves abondantes. Autrement,
adieu le plateau télé, la subvention de l’USAID, le poste au FMI, etc. Vous
risquez même l’ostracisme social, voire d’être privé de services bancaires pour
diffusion de désinformation et « agent de Poutine ou de Xi ».
Pour entrer dans le club de l’élite, il faut adopter les
croyances les plus délirantes du club. Pire encore : il faut être plus fou que
le voisin pour gravir les échelons. Ce n’est plus « suivre le courant pour
avancer », c’est une véritable course vers le fond.
Quand l’irrationalité domine et qu’on ne peut progresser
qu’en devenant toujours plus déraisonnable et stupide, on atteint l’état béat
de déméritocratie. Et l’on devient ainsi un membre fier d’un club fermé, occupé
à se passer la brosse à reluire.
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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