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Quand le capital se déguise en peuple et que la « gauche » perd la rue

 Le « nouvel ordre autoritaire » a le visage d'un supporter et le cœur d'un banquier Pendant que des millions de personnes font face à la précarité, l'extrême droite gagne du terrain avec des discours patriotiques, de faux ennemis et des promesses d'ordre. Mais derrière le maquillage émotionnel se cache toujours la même chose : les intérêts du capital. Or, devant ce phénomène, quelles sont les raisons pour lesquelles, paradoxalement, la « gauche » recule à une vitesse accélérée ? Par Carlos Serna Il y a quelque chose qui flotte dans l'air. On le voit dans les titres des journaux, dans les groupes WhatsApp, dans les conversations familiales et sur les affiches qui ornent les villes en période électorale. Parfois il apparaît déguisé en bon sens, d'autres fois en rébellion, et d'autres encore comme une promesse d'ordre face au chaos. Mais si on y prête attention, elle est toujours là : l'avancée de l'extrême droite. Il ne s'agit pas d...

La Grande Machine de Guerre

Par Alejandro Marcó del Pont ​ Comment les élites globales transforment les conflits éternels en moteur de profits privés (El Tábano Economista) ​L’année 2025 restera inscrite dans les annales de la géopolitique non comme un tournant vers la paix, mais comme la consécration définitive d’une nouvelle et terrifiante normalité : l’ère des guerres éternelles. Ce que l’on observe n’est pas une collection de conflits isolés, fruits de tensions locales non résolues, mais la manifestation violente d’un mécanisme économique mondial perfectionné, un système que l’on peut appeler la Grande Machine de Guerre. ​Ce mécanisme transforme la destruction systématique en gain privé structurel, et fonctionne avec l’efficacité froide d’une chaîne de montage où la matière première est l’instabilité et le produit final le profit concentré entre les mains d’une élite transnationale. Les événements de ces dernières années – la guerre d’usure en Ukraine, la résurgence du conflit au Moyen-Orient et la guer...

Ce qu’un crevard doit faire pour grimper au sommet

Par Juan Manuel Olarieta Le président de la Commission européenne entre 2004 et 2014, le Portugais José Manuel Durão Barroso, vient d’être recruté par la banque américaine Goldman Sachs. On appelle parfois cela les « portes tournantes », parce que les politiciens gardent un pied dans la fonction publique et l’autre dans le privé. Mais aussi parce qu’avec ce genre de personnages, on ne sait jamais très bien qui ils servent au juste, bien que la plupart du temps, ce soit eux-mêmes. Durão Barroso est le prototype du lèche-bottes qui a commencé dans le maoïsme avant d’atteindre les plus hauts sommets. En 2003, il participa avec Aznar et Blair, alors qu’il était Premier ministre du Portugal, à la réunion des Açores qui bénit les plans de Bush pour envahir l’Irak. Cela lui ouvrit grandes les portes de Bruxelles. Goldman Sachs est une banque experte dans l’art de pêcher les laquais européens. Elle l’a déjà fait avec Mario Draghi qui, après son passage par la banque, accéda à la présiden...

Pourquoi le socialisme revient toujours

Par Tom Bramble Le socialisme est à nouveau sur le devant de la scène. Partout en Occident, les sondages montrent un regain d’intérêt pour cette idée, notamment chez les jeunes, rebutés par ce que le capitalisme leur offre. Ce n’était pas censé se produire. Dans les années 1980 et 1990, tout professeur d’université respectable, tout rédacteur en chef, tout haut fonctionnaire et tout politicien occidental expliquait que le socialisme était fini. Les attaques contre le socialisme provenaient de tous horizons. La droite, bien sûr, lui est traditionnellement hostile. La Première ministre britannique Margaret Thatcher affirmait dans les années 1980 qu’« il n’existe pas d’alternative » au capitalisme débridé, et elle s’efforça d’en faire une réalité. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 déclencha un déluge de propagande de droite proclamant la mort du socialisme, appuyé par des libéraux comme le professeur américain Francis Fukuyama. Mais ce n’étaient pas uniquement la droite d...

Les États-Unis sortent les griffes : une « nouvelle stratégie » pour dominer le monde

Jusqu’où les États-Unis sont-ils prêts à aller pour contrer l’ascension de la Chine ? Quelle est la véritable signification du document sur la Nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale publié par Washington ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère de guerres économiques et militaires ? Quelles conséquences cette stratégie aura-t-elle sur les droits sociaux et les démocraties ? Peut-on freiner la montée de l’autoritarisme global ? Cet article examine la situation actuelle avec un regard critique et engagé. Par Martín Álvarez Ces dernières années, les États-Unis ont intensifié une politique étrangère de plus en plus agressive, désormais sans le moindre masque. Cette orientation a été formulée de manière explicite dans un document rendu public au début du mois de décembre : la Nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis (ESN). Ce texte expose clairement les priorités que ce pays se fixe désormais dans sa course désespérée pour maintenir sa domination mondiale...

2026 : les guerres qui viennent

Par Fabrizio Casari Une nouvelle Doctrine de Sécurité Nationale Le récent document américain définissant les lignes stratégiques de la nouvelle Doctrine de Sécurité Nationale inaugure un changement majeur dans l’aventure impériale mondiale des États-Unis. Il marque une rupture profonde avec les orientations suivies sous les administrations Obama et Biden : nouvelles priorités, redéfinition des alliés, partenaires et ennemis, et réajustement tactique global. Le tournant du “sauvetage occidental” Un point en particulier représente une cassure nette avec la période précédente. Jusqu’ici, l’Occident collectif — États-Unis, Union européenne, Canada, Australie, Japon, Corée du Sud, Israël et consorts — participait conjointement au pillage du Sud et de l’Est globaux. Dans cette version plus agressive, et aussi plus désespérée, même cet Occident collectif doit désormais contribuer directement au “sauvetage” de la richesse mondiale au profit de l’économie américaine. Ainsi s’expliqu...

La reddition de l’Europe

Par Stalin Vladímir Centeno La photo qui dit tout L’Europe s’est rendue, et la photo du 14 août 2025 à la Maison-Blanche en dit long, sans besoin de mots supplémentaires. Une délégation européenne de tout premier plan a traversé l’Atlantique pour s’asseoir face à Donald Trump dans le Bureau ovale — avec un Trump donnant la cadence et des Européens acceptant une feuille de route dictée par les États-Unis. Le dossier ukrainien et la facture de la guerre La réunion s’est articulée autour de deux axes étroitement liés : la poursuite du soutien au corrompu Zelensky dans sa guerre contre la sœur Fédération de Russie, et la répartition du coût de ce conflit, l’OTAN servant de caisse d’ajustement et l’Europe comme principal payeur. La présence ce jour-là des présidents et premiers ministres européens aux côtés du chef de l’OTAN s’explique mieux à la lumière des jours précédents : avant même cette rencontre, l’Europe s’était déjà inclinée en signant un accord commercial dans des con...

Un porte-avions de trop, ou la « puissance » comme impasse politique et stratégique

Par Alain Refalo En justifiant la construction d’un nouveau porte-avions au nom de la puissance, Emmanuel Macron n’a pas seulement annoncé un programme militaire, il a réaffirmé une vision du monde selon laquelle la place d’un pays dans l’ordre international se mesure à son arsenal militaire et sa puissance de destruction. Cette conception mérite d’être nommée pour ce qu’elle est : une idéologie de la puissance militarisée, profondément enracinée dans l’histoire des États guerriers, mais de plus en plus inadaptée aux réalités contemporaines. Le porte-avions est l’objet fétiche de cette idéologie. Il ne sert ni à défendre un territoire, ni à protéger des populations. Il est conçu pour frapper loin, intervenir vite, peser par la menace ou l’usage de la violence armée. Il matérialise une doxa politique ancienne, fondée sur la dissuasion par le chantage à la destruction. L’invoquer comme gage de crédibilité internationale revient à admettre que la guerre demeure l’horizon ultime de l...

Un Occident kafkaïen

Par Biljana Vankovska De l’État de droit à l’ère des non-personnes. Un passage du roman La Servante écarlate de Margaret Atwood ne cesse de me trotter dans la tête : C’est à ce moment-là qu’ils ont suspendu la Constitution. Ils disaient que ce serait temporaire. Il n’y a même pas eu d’émeutes dans la rue. Les gens restaient chez eux le soir, à regarder la télévision, à chercher à s’orienter. Il n’y avait même pas un ennemi sur lequel mettre le doigt. Aujourd’hui, la liste des ennemis est longue : la Russie, la Chine, l’Iran, le Hamas, etc. L’embarras du choix ! Nos écrans ont évolué, mais pas notre passivité. Nous ne regardons plus la télévision, mais nous faisons défiler les images, distraits et apathiques, tandis que les libertés s’érodent en silence. Cette passivité a vidé la société de sa substance et il ne reste plus que des masses zombifiées, soumises et interchangeables. Cette réflexion fait suite à une récente décision de l’UE d’adopter des “ mesures restrictives ”, déf...