Carton rouge pour l’Occident
Les règles de « l’ordre fondé sur des règles » sont jetées à la poubelle dès qu’elles ne garantissent plus un avantage pour les architectes du système.
Par Hua Bin
Je ne suis pas un fervent fan de football. Je suis néanmoins
la Coupe du monde. Comme elle se joue tous les quatre ans, cela rend la chose
relativement facile.
Pour l’un des sports les plus regardés au monde, la Coupe du
monde a son lot de scandales. Certains diraient « bien plus que son lot ».
Il y a eu le « FIFAgate » de 2015 qui a exposé des décennies
de corruption systémique et de blanchiment d’argent à hauteur de plus de 150
millions de dollars.
Cela a débouché sur une spectaculaire descente de la police
suisse dans un hôtel de luxe et sur l’arrestation de dizaines de responsables
de la FIFA. Le président de la FIFA a démissionné dans la disgrâce.
Pour ceux qui ne le savent pas, FIFA signifie Fédération Internationale de Football Association. Officieusement, FIFA en est venu à signifier FIFA Is Fraudulent Again, un acronyme satirique utilisé par de nombreux fans.
La Coupe du monde n’est jamais à court de controverses sur
le terrain et de tricheries.
La plus célèbre est la « main de Dieu » de Maradona en quart
de finale de 1986 entre l’Argentine et l’Angleterre, lorsque Diego Maradona a
frappé le ballon de la main pour le pousser au fond des filets.
Maradona a ensuite déclaré nonchalamment que le but avait
été marqué « un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu ».
Je ne sais pas si l’Angleterre est d’accord.
Le héros national argentin s’est révélé récidiviste. Lors du
tournoi de 1994, Maradona a été renvoyé chez lui après avoir été contrôlé
positif à l’éphédrine. Un « mauvais garçon » du football, c’est dans l’ordre
des choses.
Un autre scandale, de mes jeunes années où j’avais plus de
passion pour ce sport, fut la demi-finale de 1982, quand le gardien ouest‑allemand
Harald Schumacher a brutalement percuté le Français Patrick Battiston.
Ce choc a laissé le joueur français inconscient, avec trois
dents en moins et des côtes fêlées.
À la stupéfaction générale, l’arbitre n’a même pas signalé
de faute, et Schumacher est allé ensuite gagner le match pour son équipe lors
de la séance de tirs au but.
Cela a un peu gâché le football pour moi.
Mais 2026 a vu le football mondial et la FIFA atteindre un
nouveau plancher.
Le 1ᵉʳ juillet 2026, lors d’un match des 32ᵉ de finale de la
Coupe du monde entre les États‑Unis et la Bosnie‑Herzégovine, l’attaquant
américain Folarin Balogun a reçu un carton rouge direct obligatoire après un examen de l’assistance
vidéo à l’arbitrage (VAR) pour un tacle fautif.
Selon les codes disciplinaires standards de la FIFA, un
carton rouge direct déclenche automatiquement une suspension d’un match, non
négociable, pour la rencontre suivante.
Ce qui a suivi, toutefois, fut une intervention sans
précédent qui a pulvérisé l’illusion d’une méritocratie sportive.
Donald Trump, négociateur en chef des États‑Unis
et patron de tout ce qui est occidental, qui affirme qu’il « connaît mieux le football que quiconque
», a appelé le
président de la FIFA Gianni Infantino pour
une petite « révision
», c’est‑à‑dire une torsion des règles
pour « le dirigeant des démocraties occidentales » et
« le plus grand pays de l’histoire du monde ».
En conséquence, la commission disciplinaire de la FIFA a
invoqué une obscure faille dans son code disciplinaire. La commission a
suspendu la suspension automatique d’un match, sous un régime probatoire,
blanchissant de facto Balogun et lui permettant de jouer contre la Belgique.
La décision a déclenché immédiatement un tollé international
parmi les joueurs et les supporters du monde entier.
À vrai dire, toute cette affaire n’était qu’une tempête dans
un verre d’eau. Elle pâlit face à la corruption de longue date de la FIFA. Et
l’équipe américaine, avec Balogun sur le terrain, a perdu son match suivant 4‑1
contre la Belgique.
L’épisode a davantage transformé la perception de
l’intégrité et de l’équité des institutions dirigées par l’Occident, telles que
la FIFA, que le déroulement même de la Coupe du monde.
Ce n’est nullement le seul exemple de la FIFA pliant ses
propres règles pour accommoder le « leader de l’Occident ».
L’incident Balogun n’était que le point culminant d’un
schéma plus large de doubles standards institutionnels qui a plombé le tournoi
2026 dès son lancement.
Historiquement, la FIFA impose des directives strictes, non
négociables, aux pays hôtes, en exigeant une entrée garantie et non
discriminatoire pour tous les athlètes qualifiés, les officiels de match et les
supporters internationaux munis de billets.
Lorsque des pays en développement accueillent des événements
mondiaux, tout manquement à ces exigences de base en matière d’infrastructures
ou d’immigration entraîne de lourdes sanctions institutionnelles ou la menace
de déplacer le tournoi.
Le Qatar, qui a accueilli la dernière Coupe du monde en
2022, a été sévèrement admonesté par la FIFA et les médias occidentaux pour son
traitement des travailleurs immigrés ayant construit les stades et autres
installations.
Pourtant, lorsque les États‑Unis ont adopté des protocoles migratoires hautement restrictifs pour la
Coupe du monde 2026, violant directement l’esprit
d’un tournoi mondial ouvert, la FIFA a
choisi de modifier sa propre position plutôt
que de tenir la superpuissance pour responsable.
Le gouvernement américain a étendu ses restrictions de visas
à 39 pays, créant des obstacles administratifs insurmontables pour les
supporters venant de pays comme Haïti, l’Iran, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.
Plus choquant encore, les autorités frontalières américaines
ont refusé l’entrée à l’arbitre somalien Omar Artan — le premier Somalien
jamais sélectionné pour officier à une Coupe du monde — bien qu’il soit muni
d’un visa valide.
Plus d’une douzaine de responsables de l’équipe iranienne se
sont vu refuser l’entrée, obligeant leur sélection nationale à établir sa base
d’entraînement à Tijuana, au Mexique, et à franchir la frontière uniquement les
jours de match.
L’attaquant Aymen Hussein, de l’Irak, a été soumis à un
interrogatoire épuisant de sept heures dans un aéroport de Chicago.
Face à ces violations flagrantes des attentes envers le pays
hôte, la direction de la FIFA a renoncé à son traditionnel pouvoir de
régulation.
Au lieu de publier des rappels à l’ordre, la FIFA a
publiquement rejeté toute responsabilité, déclarant que l’organisation est
entièrement détachée des processus migratoires du pays hôte et que les
gouvernements souverains conservent une domination absolue sur leurs
frontières.
Je suppose qu’ils ont oublié ces « règles coutumières »
lorsqu’ils dénonçaient le Qatar ou la Russie, qui ont accueilli la Coupe en
2018.
Le président de la FIFA, Infantino — le lâche que Trump a
appelé pour lui ordonner de se coucher — est allé plus loin, en protégeant
activement Washington du moindre examen critique en arguant que la FIFA ne peut
dicter sa politique frontalière à une « superpuissance ».
Il sait assurément où est sa place : à genoux devant «
l’empereur de l’Occident ».
La servilité de la FIFA a été aggravée par le déploiement
d’agents de l’ICE dans les stades de la Coupe du monde, poussant l’organisation
de défense des droits civiques ACLU à publier des avis avertissant les
visiteurs internationaux de risques de profilage racial et de harcèlement
injustifié.
Le message était sans équivoque : les règles régissant
l’accueil international sont absolues pour les faibles, entièrement négociables
pour les puissants.
En outrepassant le protocole standard pour complaire à
Trump, la FIFA, basée à Zurich, signale que ses règlements sont « flexibles »
lorsqu’ils se heurtent à un poids géopolitique suffisant ou à la perspective
d’insultes venimeuses de l’enfant‑roi qui occupe la Maison‑Blanche.
Un tel comportement obséquieux et déshonorant n’est
nullement propre à la FIFA ou à M. Infantino.
Tout juste en juin dernier, Mark Rutte, secrétaire général
de l’OTAN et ancien Premier ministre néerlandais de longue date, a qualifié
Trump de « papa » devant la presse lors du sommet de l’OTAN.
Rutte entretient une relation particulière avec Trump qui a
déjà suscité des gros titres par le passé.
Le Néerlandais sans vergogne a ensuite rédigé une série de
serviles lettres d’écolière énamourée à Trump : « Félicitations et merci pour
votre action décisive en Iran, c’était vraiment extraordinaire et quelque chose
que personne d’autre n’osait faire. Cela nous rend plus sûrs. »
Certains commentateurs, plus indulgents, soutiennent qu’il
s’agit d’un moyen de gagner la faveur de Trump et d’améliorer la sécurité
européenne.
Mais mettre du rouge à lèvres sur un cochon ne peut aller
que jusqu’à un certain point. Trump n’a jamais hésité un instant à rabaisser et
humilier les Européens, ordonnant aux chefs d’État des pays de l’OTAN et de
l’UE de s’asseoir en demi‑cercle face à lui dans le Bureau ovale, comme des élèves de CP en visite chez le directeur.
Son équipe de campagne s’est empressée de lancer des
produits dérivés — mugs et T‑shirts —
mettant en avant la citation de courtisan «
daddy ».
JD Vance et Marco Rubio, ainsi que d’autres membres du
cabinet de Trump, ont à plusieurs reprises cité la prosternation des Européens
pour illustrer la « grandeur » de Trump.
Je suppose que cela explique, au moins en partie, le niveau
de faveur pour les États‑Unis au plus bas chez les Néerlandais au niveau mondial.
Sans surprise, Israël est le pays qui a la vision la plus
favorable des États‑Unis. On se demande pourquoi (indice : certains maîtres aiment bien leurs serviteurs).
Les actes honteux de Rutte et d’Infantino ne se limitent pas
aux Blancs européens.
D’autres « alliés » des États‑Unis offrent des gestes tout aussi
spectaculaires de servilité et de
subordination, souvent au prix de l’humiliation
de leurs propres citoyens et de l’amusement
du reste du monde.
Chaque fois que Takaichi rencontre Trump, la Première
ministre japonaise affiche son sourire de geisha et regarde son seigneur et
maître comme la vieille fille transie d’amour qu’elle est.
Mais cette prostitution de sa dignité a été accueillie par
Trump avec un rappel froid de l’attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon,
alors qu’elle était assise juste à côté de lui — muette, figée comme un morceau
de bois. Le chien de salon méprisable reçoit un bon coup de pied de son maître.
Lors du sommet de l’OTAN la semaine dernière, Trump a
raconté avec excitation comment il avait bombardé « la République islamique du
Japon ». Peut‑être un lapsus freudien ?
Prostituer sa dignité personnelle et l’honneur national ne
paie pas — c’est la meilleure leçon gratuite que Trump dispense. Il devrait
peut‑être l’imprimer sur la brochure
marketing de Trump University 2.0.
Takaichi a aussi été surprise en train de danser et de se
trémousser avec une excitation débridée lors d’un dîner d’État avec Trump.
J’imagine qu’un niveau « approprié » d’enthousiasme est requis quand on dîne
avec son maître — mais c’est indécent.
Ses mouvements de danse étranges ont trouvé leur pendant
chez Yoon Suk Yeol, dernier président de la Corée du Sud.
Yoon s’est rendu à la Maison‑Blanche et a interprété une version très émotive, excessivement
enthousiaste, de la chanson « American
Pie » pour son maître
Sleepy Joe, lui valant le surnom de « honte
nationale » par des millions de Coréens.
L’effort n’a pas suffi à émouvoir Biden, atteint de
sénilité, pour qu’il atténue l’impact de l’Inflation Reduction Act et du
Chip Act sur les entreprises coréennes.
La tentative de coup d’État de Yoon contre lui‑même fut peut‑être
un courageux effort pour sauver sa réputation.
Cela n’a pas vraiment fonctionné, n’est‑ce pas ?
Il a récemment été condamné à la prison à vie par son propre
gouvernement.
De manière similaire, d’autres institutions dirigées par
l’Occident, telles que la Banque mondiale, le FMI, la Banque des règlements
internationaux (BRI), SWIFT, l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA) et l’OCDE, sont depuis longtemps des outils de l’Occident pour contrôler
le monde, appliquant les « règles » aux faibles et les ployant pour les
puissants.
Le « double standard » de l’ordre international fondé sur
des règles
Depuis des décennies, l’architecture de la gouvernance
occidentale — tant intérieure qu’internationale — est présentée publiquement
sous la bannière d’un « ordre international fondé sur des règles ».
Ce système prétend défendre l’application universelle du
droit, la sacralité de la souveraineté nationale et l’impératif moral
d’intégrité des institutions.
Pourtant, derrière cette rhétorique grandiloquente se cache
une réalité bien plus cynique et asymétrique.
Beaucoup ont justement fait remarquer qu’en réalité, il
s’agit d’un système où « nous (c’est‑à‑dire
l’Occident) faisons les règles et donnons aux autres les ordres ».
Lorsque les mécanismes d’autorité globale sont mis à
l’épreuve par le levier brut d’un super‑pouvoir dominant et brutal, le
vernis d’une gouvernance de principe se dissout
rapidement.
La Coupe du monde 2026 a mis en lumière la soumission
structurelle ancrée au sein des instances internationales.
Je ne considère pas vraiment l’épisode comme une mise en
accusation des agissements tyranniques de Trump.
C’est acquis, largement documenté et désormais accepté. Ce
qu’il a fait était parfaitement conforme à son caractère, aussi abject soit‑il.
Ce qui est révélateur, c’est que l’épisode met à nu la
capitulation morale et la faillite des institutions, des responsables et des
politiciens occidentaux.
Il montre l’abaissement et l’humiliation de ce groupe
hypocrite d’élites dirigeantes occidentales qui parlent en géants moraux et
agissent en nains sans colonne vertébrale.
L’interaction du pouvoir dur, de la dépendance économique et
politique et de l’hypocrisie systémique a vidé les institutions occidentales de
toute autorité morale.
Elle a transformé des chefs d’État « indépendants » en
vassaux politiques dociles et catalysé un effondrement historique de la
confiance publique à travers le monde occidental.
L’Occident désigne la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée
du Nord comme ses « adversaires », qui refusent de suivre son « ordre fondé sur
des règles ».
Je soupçonne qu’il sous‑estime largement combien d’autres États souverains du monde en développement méprisent et
résistent à
cette hypocrisie.
Beaucoup de gens ordinaires vivant en Occident rejettent de
même la légitimité de ce prétendu « ordre ».
Ils n’ont peut‑être
pas le pouvoir dur pour repousser le système
néocolonial international ni l’ordre intérieur
ploutocratique de rente mis en place par les élites
occidentales, mais ils ne croient guère à la rhétorique ni à l’équité de
cet « ordre ».
La vassalisation des « alliés » : une soumission ostentatoire
sous les yeux du monde
Ce schéma de capitulation institutionnelle ne se limite pas
au sport international ; il reflète la toile de fond géopolitique plus large de
l’alignement occidental.
Le comportement des dirigeants de la FIFA reflète
étroitement celui des chefs d’État souverains au sein des principales alliances
occidentales comme l’OTAN, ainsi que des dépendants asiatiques tels que le
Japon et la Corée du Sud.
La relation entre Washington et ses « alliés » est de plus
en plus caractérisée par une dynamique de soumission feinte, où des dirigeants
étrangers adoptent une posture déférente pour gérer le leadership américain,
volatile et purement transactionnel.
Le monde a vu, encore et encore, des chefs d’État
occidentaux contourner les canaux diplomatiques traditionnels au profit de
flatteries directes et de soumissions publiques.
Qu’il s’agisse d’un Premier ministre européen adoptant un
langage hautement déférent à l’adresse d’un président américain ou de chefs
d’État de l’OTAN rassemblés à Washington comme des élèves attendant les
consignes, l’image renvoie à une hiérarchie brutale.
Comme Trump l’a dit en entrant au sommet du G7 cette année :
« Le patron est là. »
En Asie de l’Est, cette dynamique est encore plus
humiliante, étant donné que les Asiatiques sont réputés pour leur souci de « préserver
la face », c’est‑à‑dire d’un
minimum de dignité. Mais le «
patron » se moque bien des sentiments de ses
serviteurs.
Les démonstrations de servilité publique sont fréquemment
condamnées par les opinions intérieures comme des génuflexions humiliantes et
dépourvues de principe, qui amoindrissent la dignité nationale.
Mais malheureusement, les mendiants ne peuvent pas faire les
difficiles. Ces pays dépendent des États‑Unis pour la technologie, la
protection militaire et le soutien politique ;
vassaux au mieux, colonies au pire.
Ces démonstrations fournissent une preuve claire que les «
alliés » des États‑Unis ne sont pas de simples partenaires juniors mais
des laquais dotés de très
peu de pouvoir d’action.
Une nation ne peut revendiquer une véritable souveraineté si
elle ne peut fixer seule ses politiques commerciales, sécuriser ses frontières
ou gérer son armée sans demander validation à Washington, une capitale
étrangère.
Par exemple, le Japon, la Corée du Sud et les Pays‑Bas
ont tous été systématiquement poussés par les États‑Unis à
restreindre leurs exportations lucratives de semi‑conducteurs vers la Chine, portant
directement atteinte à leurs propres secteurs
technologiques pour se plier aux exigences de Washington.
Lorsqu’une superpuissance peut contraindre des nations «
souveraines » à agir contre leurs propres intérêts économiques, le terme «
partenariat stratégique » devient un euphémisme destiné à masquer la réalité
inconfortable d’une subordination géopolitique.
Mettre du rouge à lèvres sur un cochon ne sauvera pas la
mise
Certains défenseurs de ces alliances soutiennent que
qualifier ces actions de « servitude abjecte » méconnaît la logique brutale des
relations internationales.
Du point de vue du réalisme froid, ces démonstrations
diplomatiques ne sont pas guidées par la faiblesse ou un manque de fierté
nationale, mais par une stratégie de survie très calculée.
En externalisant une part substantielle de leurs
infrastructures de défense sous le parapluie militaire américain, ces nations
ont économisé des milliers de milliards de dollars.
Ce « pacte de défense » leur permet de réallouer des
ressources à des bénéfices internes.
Vient ensuite la réalité de la codépendance
économique. Le système
financier mondial reste arrimé au dollar
américain et à l’accès au marché
des consommateurs américains.
Une seule taxe hostile, sanction commerciale ou restriction
financière venant de Washington peut déstabiliser du jour au lendemain une
économie étrangère, y compris celle de ses soi‑disant «
alliés ».
Troisièmement, il y a l’utilité de la flatterie en tant
qu’atout à faible coût. Dans un cadre politique transactionnel, les protocoles
diplomatiques traditionnels sont souvent inefficaces.
Les politiciens calculent que les louanges publiques, la
déférence symbolique et l’alignement performatif sont hautement valorisés par
les dirigeants américains, spécialement par un nul vaniteux et insécurisé comme
Trump.
Pour un Premier ministre étranger ou un dirigeant sportif,
encaisser un coup superficiel et temporaire à son orgueil personnel est un prix
incroyablement dérisoire s’il permet de garantir des engagements de sécurité,
d’éviter des guerres commerciales catastrophiques ou de préserver des
investissements de plusieurs milliards.
Ainsi, ce qui ressemble à l’écran à une reddition humiliante
est défendu par ses auteurs comme une « gestion sophistiquée des dommages ».
Je comprends pourquoi cette ligne d’argument est utilisée
par les politiciens occidentaux serviles et leurs populations pour rendre le
face‑à‑face avec le miroir un peu moins douloureux.
Après tout, on ne devient pas un politicien de haut rang
sans une peau épaisse. Et l’honneur vaut indéfiniment moins que les « bénéfices
» perçus.
Mais mettre du rouge à lèvres sur un cochon ne peut
dissimuler la dépendance et la subordination structurelles de ces États envers
l’hégémon. Et les États‑Unis ne sont pas aveugles au fait
que leurs dépendants s’accrochent
à leurs basques et vivent à leurs crochets.
Plus important encore, ce type de rationalisation ne les
sauvera pas lorsque l’hégémon décidera que ces vassaux ont épuisé leur utilité
avant de les jeter.
Pire, ces vassaux qui ont intériorisé leur position servile
seront d’autant plus facilement transformés en « chair à canon » ou en « champs
de bataille de première ligne » lorsque des hostilités éclateront avec les
adversaires de l’hégémon.
L’histoire nous enseigne que le destin des esclaves ne
connaît jamais de fin heureuse.
Décadence structurelle et disparition du leadership
Il n’en a pas toujours été ainsi. L’Europe a produit de
solides dirigeants de l’après‑guerre : de Gaulle, Konrad
Adenauer, Helmut Kohl, Olof Palme.
Le contraste entre ces hommes d’État farouchement
indépendants — à l’image de De Gaulle, qui a retiré la France du commandement
militaire intégré de l’OTAN en 1966 — et les politiciens dociles d’aujourd’hui
met en lumière un profond basculement structurel dans la nature du leadership
occidental.
Les politiciens d’aujourd’hui sont largement incapables de
rééditer la défiance de De Gaulle, non pas seulement à cause d’un déficit de
courage personnel, mais parce que l’empire a consolidé son contrôle au point
que l’indépendance véritable des vassaux est simplement impossible.
Pendant la guerre froide, les dirigeants disposaient d’un
levier stratégique significatif. Ils pouvaient exploiter la rivalité
géopolitique entre les États‑Unis et l’Union
soviétique, jouant une superpuissance contre l’autre pour maximiser leur autonomie nationale.
De plus, les États du XXᵉ siècle maintenaient un contrôle
strict sur leurs économies nationales.
Aujourd’hui, cette latitude structurelle a disparu. Les
économies occidentales contemporaines sont inextricablement tissées dans une
grille financière hyper-connectée dominée par Wall Street, le dollar et le système
de paiements SWIFT.
Toute tentative soudaine de défiance risque de déclencher
une fuite instantanée des capitaux, une liquidation des marchés boursiers et
une panique économique artificielle orchestrée par des intérêts corporatifs
sous contrôle de l’hégémon.
L’archétype du leader politique a lui aussi changé. Des
figures comme De Gaulle étaient forgées dans le creuset existentiel de la
guerre et des luttes pour l’indépendance nationale ; elles se voyaient comme
des acteurs de l’Histoire, chargés de sauvegarder le destin national.
Les politiciens occidentaux modernes, à l’inverse, sont pour
l’essentiel des technocrates de carrière, des gestionnaires de médias et des
avocats. Ce ne sont pas des hommes d’État ; ce sont des « managers » ou même
des « cuisiniers de fast‑food ».
Le jeu de chaises musicales autour du poste de Premier ministre britannique en
est un parfait exemple.
Imprégnés de pensée de groupe et de relations publiques à
court terme, ils opèrent dans des cycles médiatiques de 24 heures et des
horizons électoraux étroits.
Pour un politicien‑manager contemporain, se dresser
sur des principes de souveraineté absolue
représente un risque politique inacceptable
sans retour immédiat.
Cette contrainte est renforcée par la domination
technologique et de renseignement inégalée de Washington, qui surveille les
flux d’information mondiaux et dispose d’un levier massif sur les
établissements politiques étrangers.
Souvenez‑vous des révélations de Snowden sur la surveillance omniprésente des États‑Unis
à l’égard
de leurs « alliés », y compris l’écoute du téléphone portable personnel d’Angela Merkel.
Enfin, des machines d’influence américaines comme l'USAID ou
le NED, sans parler d’organisations plus opaques comme la CIA ou la NSA,
veillent à ce que seuls des compradores dûment alignés puissent accéder aux
plus hauts postes dans les pays « alliés ».
La décomposition : effondrement de la confiance publique
Ce fossé persistant entre une rhétorique démocratique élevée
et une pratique transactionnelle et soumise a conduit à ce que beaucoup
considèrent comme une atrophie morale, éthique et systémique profonde à travers
l’Occident.
À ce stade, l’hypocrisie occidentale paraît presque désuète
et inoffensive.
En appliquant le droit international avec rigueur aux
nations en développement tout en le traitant comme facultatif pour lui‑même, l’Occident a sapé toute autorité morale.
Cette hypocrisie institutionnelle n’a pas échappé aux
citoyens du reste du monde. Elle est également douloureusement ressentie par
les populations occidentales elles‑mêmes,
culminant dans un effondrement historique de la confiance publique.
Les données de grandes organisations indépendantes de suivi
— dont le Pew Research Center, l'Edelman Trust Barometer et l’Eurobaromètre —
quantifient cette décomposition interne profonde.
Le fossé mondial de la confiance révèle une polarisation
nette entre sociétés développées et en développement. Les nations en
développement affichent une confiance plus élevée envers leurs institutions que
les populations des pays développés.
L’indice moyen de confiance dans les pays développés stagne
à un niveau de défiance de 49 %, contre un robuste 66 % d’optimisme dans les pays
en développement.
Cette défiance est fortement stratifiée par classe ; l’écart
de confiance institutionnelle entre les élites à hauts revenus et les citoyens
à faibles revenus a plus que doublé en Occident, reflétant une perception
largement répandue que le système ne fonctionne que pour les riches.
Les données de long terme du Pew Research Center montrent
que la confiance du public dans le gouvernement fédéral américain a connu une
chute dévastatrice sur plusieurs décennies, passant d’environ 75 % en 1958 à un
maigre 30 % en 2026.
65 % des Américains pensent que les politiciens se présentent
aux élections uniquement pour servir leurs intérêts personnels.
À l’extérieur, une majorité de pays ont désormais une
opinion défavorable des États‑Unis, y compris parmi nombre de
ses soi‑disant
« alliés
et partenaires » en Europe et en Asie.
En Europe occidentale, l’Eurobaromètre de juin 2026 révèle
que 71 % des citoyens européens estiment que la corruption est rampante dans
leur pays.
69 % sont expressément convaincus que les affaires de
corruption de haut niveau sont systématiquement ignorées ou insuffisamment
poursuivies.
Enfin, cette désillusion systémique a entraîné un
effondrement de la crédibilité médiatique.
Les données Edelman 2026 indiquent qu’une écrasante majorité
de 70 % des individus en Occident sont désormais réticents ou complètement peu
enclins à s’engager avec ou à faire confiance aux « médias mainstream ».
Moins de 30 % des citoyens des « démocraties occidentales »
pensent encore que la prochaine génération bénéficiera d’un avenir financier ou
social meilleur que celui de leurs parents.
Où nous en sommes aujourd’hui
L’incident du carton rouge impliquant Folarin Balogun et les
scandales migratoires de la Coupe du monde 2026 ne sont pas de simples erreurs
administratives isolées.
Ce sont des symptômes hautement visibles d’une réalité
systémique plus vaste : un ordre politique occidental qui a privilégié un
pragmatisme brut, l’intérêt financier et l’apaisement de la superpuissance au
détriment des règles et des valeurs morales qu’il prétend défendre.
Que l’on considère cet état de choses comme une
dégénérescence récente et tragique de l’éthique occidentale ou comme le
dévoilement d’une realpolitik historique et durable, les conséquences restent identiques.
En transformant le droit international en un outil qui lie
les faibles tout en exemptant les puissants, les institutions occidentales ont
détruit leur propre crédibilité, tant à l’étranger qu’à domicile.
Le politicien moderne, qui agit comme un manager réticent au
risque au sein d’une hiérarchie globale centralisée, peut bien réussir à éviter
des crises économiques ou sécuritaires de court terme via une soumission
performative à Washington.
Cependant, le coût à long terme de cette stratégie se paie
par une érosion progressive et mesurable de la dignité personnelle, de la
souveraineté nationale, de la légitimité institutionnelle et de la confiance
fondamentale des citoyens qu’il gouverne.
Il est temps que le monde dise aux institutions et
politiciens occidentaux hypocrites : « Carton rouge, vous êtes expulsés. »
Traduction Bernard Tornare
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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