Une victoire électorale ne suffit pas à vaincre le fascisme
Un regard radical noir sur les victoires démocrates aux
élections de mi-mandat
Par Ajamu Baraka
Les victoires démocrates constituent un revers pour Trump et
le Parti républicain. Mais elles ne signifient pas la défaite des forces qui
alimentent le fascisme.
Au-delà de Trump, une crise du système
Les victoires du Parti démocrate aux élections du 3 novembre
représentent un revers pour Donald Trump et le Parti républicain. Il serait
pourtant dangereux de les confondre avec une défaite des forces politiques qui
œuvrent à la consolidation du fascisme, aux États-Unis comme dans le reste du
monde.
Ces forces ne se limitent pas à un seul parti. Elles ne sont
pas davantage le simple produit des ambitions personnelles de Trump. Elles
s’enracinent dans la crise structurelle profonde du système colonial et
capitaliste mondial, dans la capacité déclinante des États-Unis à maintenir
leur domination planétaire, ainsi que dans la concentration croissante des
richesses et du pouvoir politique — et dans la défense de cette concentration.
Elles prennent aussi appui sur les structures historiques de domination raciale
et coloniale sur lesquelles s’est construite l’économie politique des
États-Unis.
Les cadres du Parti démocrate et leurs soutiens s’efforcent
depuis longtemps de présenter la crise actuelle comme étant avant tout le fait
de Trump et des républicains. Cette lecture impose un oubli délibéré : pendant
la majeure partie du XXIᵉ siècle, l’extension du pouvoir exécutif, le
militarisme, la surveillance et la répression intérieure ont été portés par les
deux grands partis.
Obama : le langage du progrès, la pratique de l’empire
Arrivée au pouvoir sous la bannière de l’espoir, du
changement et d’un engagement renouvelé en faveur de la coopération
internationale, l’administration Obama a finalement incarné la présidence
impériale la plus agressive de l’après-guerre.
Elle a soutenu des coups d’État contre des gouvernements
démocratiquement élus au Honduras et en Égypte. Avec l’OTAN, elle a engagé la
guerre destinée à renverser le gouvernement libyen. Elle a appuyé des forces
d’opposition armées en Syrie et fourni une assistance militaire et logistique à
la guerre menée par l’Arabie saoudite contre le Yémen.
Sur le territoire des États-Unis, Obama a présidé à un
nombre record d’expulsions de personnes immigrées. Il a également renforcé les
capacités de l’appareil de sécurité nationale à surveiller, poursuivre et punir
la dissidence politique.
Son administration a poursuivi des lanceurs d’alerte au
titre de l’Espionage Act, la loi sur l’espionnage, à un rythme
sans précédent dans l’histoire contemporaine des États-Unis. Elle a aussi
institutionnalisé les assassinats ciblés par drones, notamment les exécutions
extrajudiciaires d’au moins trois citoyens états-uniens au Yémen en 2011 :
Anwar al-Awlaki, Samir Khan et Abdulrahman al-Awlaki, âgé de 16 ans.
Il ne s’agissait pas d’écarts occasionnels de la part d’une
administration par ailleurs progressiste. Ces actes montraient comment une
direction politique libérale pouvait étendre les pouvoirs coercitifs de l’État
tout en continuant à parler de démocratie, de droits humains et d’inclusion.
Elle devenait ainsi ce que le regretté Glen Ford avait qualifié de « mal le
plus efficace ».
Biden : la continuité impériale, de l’Ukraine à Gaza
L’administration Biden a poursuivi cette trajectoire. Son
soutien à la militarisation de la confrontation avec la Russie, notamment par
des dizaines de milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine, a renforcé
l’engagement des deux grands partis en faveur de la suprématie militaire
mondiale des États-Unis.
Plus dévastateur encore, l’administration Biden a continué
de fournir des armes et une protection diplomatique à Israël pendant que
celui-ci menait son offensive génocidaire contre Gaza.
Cette politique a révélé le vide des engagements affichés en
faveur du droit international et des droits humains dès lors que ces principes
entraient en conflit avec les intérêts stratégiques des États-Unis. Les
administrations Obama et Biden fournissent d’amples preuves de cette réalité.
Ignorer cette histoire, c’est renoncer à la mémoire
politique. C’est aussi enfermer la lutte contre le fascisme dans un
affrontement partisan, alors que les deux partis s’emploient à défendre les
intérêts du capital monopoliste sous direction états-unienne et sont prêts à
recourir au fascisme pour les préserver.
Ne pas réduire l’antifascisme au retour des démocrates
Pour les peuples africains et noirs, comme pour les autres
peuples et forces anticolonialistes aux États-Unis et dans le monde, les
conséquences sont claires : nous ne pouvons pas laisser réduire la lutte contre
le fascisme à une campagne pour le rétablissement d’un gouvernement démocrate
libéral.
Notre responsabilité est de contribuer à construire un
mouvement populaire indépendant et internationaliste, capable de s’attaquer aux
fondements matériels et idéologiques de la domination — quel que soit le parti
qui occupe la Maison-Blanche ou contrôle le Congrès.
Construire le pouvoir populaire pour vaincre le fascisme
L’enjeu ne consiste pas simplement à défendre les
institutions de l’ordre politique existant. Il s’agit de créer les conditions
d’une société et d’un monde véritablement démocratiques, où la souveraineté, la
dignité, les conditions matérielles d’existence et l’autodétermination des
peuples et des nations passent avant les intérêts du capital et de l’empire.
Dans un monde soumis à la domination néolibérale, une
victoire électorale peut ralentir la consolidation du fascisme. Mais, en
définitive, seule la lutte populaire organisée peut vaincre les forces sociales
et les intérêts matériels qui le soutiennent.
Traduction Moulouwa T.
Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte
original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial.
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