L’anticommunisme est un discours destiné aux idiots

Par Elvin Calcaño

Les gens sont aujourd’hui aussi abrutis que précarisés. Les droites hypernéolibérales construisent leur discours sur l’anticommunisme et agissent en conséquence : elles nous font combattre des fantômes qui n’existent pas. Pendant ce temps, ce qui existe réellement nous pourrit la vie, nous précarise et, au passage, détruit la planète.

Le capitalisme qui précarise les existences

C’est le capitalisme, dans sa forme techno-financière actuelle, qui précarise la vie des gens. Il transforme la promesse de la propriété privée — avoir une maison, une voiture et des économies — en une illusion que les majorités ne peuvent apercevoir que dans les films ou les vidéos sur les réseaux sociaux.

Il engendre ainsi des sociétés composées de majorités de perdants et de minorités — toujours plus réduites et arrogantes — de gagnants. L’économie des services, constitutive de ce que Varoufakis définit comme le « technoféodalisme », produit avant tout des emplois précaires : des emplois où les individus ne disposent ni de stabilité professionnelle, ni de garanties de droits, ni de liens substantiels avec les activités qu’ils exercent.

Tout est transactionnel et éphémère. Les liens affectifs se brisent, et la solidarité de classe qu’avait engendrée le monde du travail du capitalisme productif du XXᵉ siècle devient impossible.

Fabriquer la haine pour protéger les gagnants

Les rares gagnants de ce capitalisme savent parfaitement qu’il leur faut coopter l’esprit des perdants afin que ceux-ci ne prennent pas conscience de la logique extractive qui structure le système. Voilà pourquoi ils s’emploient à nous abrutir et à nous remplir de haine par l’intermédiaire de leurs médias et de leurs plateformes numériques.

Et quelle meilleure manière d’atteindre ces objectifs — à une époque où le capitalisme n’a plus de rival et où le communisme n’existe plus qu’en Chine — que de diffuser le fantôme communiste ? C’est un grand classique du capitalisme en crise qui, en recourant à la fascisation sociale comme solution de dernier ressort pour se sauver lui-même, encourage un antigauchisme radical parmi les masses appauvries et/ou précarisées.

C’est ainsi qu’on voit une figure d’extrême droite comme Isabel Díaz Ayuso, dans une Espagne gouvernée par des sociaux-démocrates modérés, affirmer que le combat oppose le communisme à la liberté.

Ou un Trump qui, dans un pays où le communisme n’est même pas une possibilité théorique — et où les masses précarisées qui l’idolâtrent sont en colère parce que le capitalisme néolibéral, depuis Reagan, leur a précisément pourri la vie — agite le spectre socialiste.

Ou encore en Amérique latine, où les économies périphériques ont toujours été régies par un capitalisme patrimonial — celui des familles et des proches du pouvoir d’État —, et où il n’existe aujourd’hui aucune possibilité de quoi que ce soit ressemblant au communisme.

Le cynisme des apôtres du marché

Pourtant, les droites hypernéolibérales continuent de construire leur discours sur l’anticommunisme. On en arrive à des situations qui, si elles n’étaient pas si graves, seraient franchement risibles ; comme celle du magnat mexicain Ricardo Salinas Pliego, brutal fraudeur fiscal.

Voilà un oligarque qui s’est enrichi en faisant des affaires avec l’État, mais qui porte désormais au Mexique l’étendard du récit anti-État. Parler de cynisme serait encore lui faire un compliment.

Les ultra-riches savent — parce qu’ils disposent de médias et d’énormément de temps libre pour tout connaître — que le citoyen contemporain est de plus en plus manipulable. Ils savent donc que l’anticommunisme, auprès de gens broyés par le capitalisme techno-financier, lequel est la seule chose qui existe réellement aujourd’hui, fait mouche.

D’où la prétendue « bataille culturelle » promue par des personnages tels que le célèbre propagandiste de l’ultradroite argentine Agustín Laje. Un individu d’une faible envergure intellectuelle qui, autrefois, aurait été un antisocial parmi tant d’autres, mais qui, aujourd’hui, à une époque où l’on combat les effets de l’hypercapitalisme avec de l’anticommunisme, a beaucoup de choses à dire. C’est même devenu un intellectuel à part entière, qui publie des livres — sic.

Une époque grotesque

Nous vivons une époque véritablement grotesque. Un capitalisme sauvage et sans contrôle — celui qui prévaut depuis la fin des années 1990 — a dérivé vers un technoféodalisme extractif, dont le modèle paradigmatique est une économie de services fondée sur l’emploi précaire.

C’est cela qui condamne les gens à des vies de merde, entre précarité professionnelle, absence de certitudes, toxicomanie, cartes de crédit explosées et antipolitique.

Dans un contexte où le communisme ne peut même pas être théorisé, encore moins mis en œuvre dans les faits. Car la politique n’est, au fond, qu’un rapport de forces et une lutte d’idées. Or, aujourd’hui, il n’existe aucune force réelle, ni aucun groupe social considérable, qui propose un au-delà du capitalisme. Le communisme est donc impossible, à l’heure actuelle.

C’est pourquoi personne ne le propose sérieusement. Pourtant, les secteurs qui parviennent le mieux à atteindre les gens — parce que les algorithmes de ces réseaux récompensent leurs messages — nous répètent que le combat central est celui contre le communisme. Ils savent que les gens sont aujourd’hui aussi abrutis que précarisés, et ils agissent en conséquence.

Ils nous font combattre des fantômes inexistants. Pendant ce temps, ce qui existe réellement nous pourrit la vie, nous précarise et détruit la planète. Et l’on ne peut même pas critiquer ce merdier sans être accusé de… communisme.

Nous sommes au moment le plus stupide de l’histoire humaine. Je n’en ai aucun doute.

Traduction Bernard Tornare

Source en espagnol

Traduction réalisée pour diffusion et compréhension du texte original. Les propos et positions exprimés sont ceux de l’auteur initial. 

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